Honey Smith « J’ai peur en ski freestyle, mais je ne le montre pas, je fonce ! »

Honey Smith : « J’ai peur en ski freestyle, mais je ne le montre pas, je fonce ! »
Anglaise d’origine, elle est, à 17 ans, la pépite du ski freestyle français chez les filles. Blondeur peroxydée, cool attitude, style travaillé jusqu’au bout des skis et des tricks, Honey Smith, classée dans le Top 5 français, a décoiffé aux Jeux Olympiques de la Jeunesse 2024 en slopestyle. Son rêve ? Se faire un nom dans la discipline et inspirer les filles à skier dans ses traces.

Par Claire Bonnot

Publié le 26 novembre 2024 à 13h56

Tu as participé, l’hiver dernier, aux Jeux Olympiques de la Jeunesse d’hiver en Corée du Sud à Gangwon pour la toute première fois, à seulement 16 ans. Comment tu as vécu la nouvelle ?

En fait, j’ai reçu un mail de la Fédération pour me dire que j’étais sélectionnée. Je ne me serais jamais attendue à une chose pareille. C’était la première fois que j’accédais à une compétition d’une telle envergure ! Je ne m’imaginais pas du tout être prête pour une telle occasion. Bref, ça a été incroyable !

J’ai quand même été un peu anxieuse à l’approche des JOJ 2024 donc j’ai fait de la prépa mentale. Je fais souvent des sessions, ça aide pour le sport et pour tout finalement. Après, j’ai été relax. Je pensais beaucoup au fait de faire ce grand voyage. C’était fou de partir en Corée du Sud, je n’étais jamais sortie de l’Europe.

Tu termines à la 11e place en slopestyle et tu te blesses malheureusement avant l’épreuve du Big Air

Côté slopestyle, oui, ça a été la surprise. Je ne m’attendais pas à aussi bien réussir. J’ai juste raté la finale à une place. Bon, en vrai, je suis un peu déçue parce que j’ai vraiment l’impression que si j’y retournais maintenant, je ferais bien mieux ! Pour le Big Air, ça a été dur parce que c’était ma seule chance de concourir aux Jeux Olympiques de la Jeunesse. C’était une fois dans ma vie. En fait, je me suis blessée à l’entraînement, en tombant juste après un saut tout bête. Je me suis fait mal à la cheville, une petite fracture. Avec la douleur, j’ai préféré ne pas continuer.

©️Honey Smith

Si on revient à la genèse, quand et pourquoi as-tu débuté le ski freestyle ?

Moi, je suis anglaise, mais mes parents ont déménagé dans les Alpes françaises quand j’étais toute petite. Depuis, on vit à Bourg-d’Oisans. J’ai débuté le ski à l’âge de 3-4 ans, en glissant sur les pistes avec mes parents puis en prenant des cours dans des petits clubs. J’ai pratiqué le ski alpin jusqu’à mes 11 ans mais ça ne me plaisait pas. Alors, j’ai appris toute seule, sur un bord de piste, à faire un 360. Une petite fille qui fait une telle figure, ça se remarque ! Du coup, on m’a prise au ski club de l’Alpe d’Huez. J’ai débuté en freestyle au moment où j’entrais en sixième.

Qu’est-ce qui ne te plaisait pas en ski alpin ?

Je crois surtout que c’est parce que je n’étais pas assez forte par rapport aux autres. Alors, quand j’ai vu que je pouvais faire des 360 et que ça m’ouvrait les portes d’un autre type de ski, j’ai tout de suite dit oui. J’étais un peu folle, casse-cou. Je n’ai pas peur, en fait, j’essaye toujours surtout !

Comment décrirais-tu le ski freestyle, toi qui es spécialisée en Slopestyle et Big Air…

Au slopestyle, il y a trois bosses et environ trois rails en métal sur la piste et il faut tout enchaîner. Si on atterrit d’un saut en arrière, on continue comme ça et idem si on atterrit en avant. Le Big Air, c’est une grosse bosse avec une grande réception. Il faut essayer de sauter le plus loin possible en faisant les meilleur tricks, soit les meilleurs sauts, les meilleures figures. Comment ? En essayant d’attraper les skis, par exemple. Il faut que ce soit beau ! Après, l’adrénaline est différente quand on fait du slopestyle, je trouve.

©Nils Moignard

Comment tu te sens quand tu es en piste pour ces deux types de freestyle ?

En Big Air, je dirais qu’il faut juste savoir à quelle vitesse il faut prendre la bosse et savoir où on va atterrir. À ce moment-là, on détermine si on doit tourner vite ou doucement en l’air. Ça me stressait au début parce que tu as une seule chance pour bien atterrir. Alors qu’en slopestyle, si tu rates ta première bosse, tu peux continuer et tenter sur les autres obstacles du parcours. Je m’amuse plus sur ce type d’épreuves mais j’ai fait plus de compétitions en Big Air.

Quels sont tes atouts sur ces deux disciplines ?

C’est que je fonce ! Ce que je dis tout le temps, c’est que j’ai peur, mais que j’y vais. Par contre, je ne montre pas que j’ai peur. Je sais que je peux réussir avec tout l’entraînement que j’ai derrière moi. Je me concentre énormément sur ce que j’ai à faire avant de partir sur la piste. Et puis, ça aide aussi d’avoir un coach qui te dit : « Je sais que tu peux réussir ».

C’est quoi ton trick préféré ?

Moi, ce que je fais tout le temps, c’est un 720 tail. C’est mon préféré parce que j’y arrive super bien ! Je fais deux tours sur moi-même et j’attrape mon ski au bout, à l’arrière, pour qu’ils se croisent à l’avant. Et ça fait une croix en l’air !

©️Honey Smith

À quoi tu penses quand tu es en l’air, en pleine figure, ou entre deux obstacles de slopestyle ?

La plupart du temps, je mets de la musique dans mes oreilles pour essayer de me distraire, pour ne pas trop réfléchir sur ce que jai à faire justement. Même en compét’, j’ai le droit. Et je chante ! L’ambiance, c’est : rap US. Dans tous les cas, je suis concentrée sur ma figure. Mais maintenant, je sais que je sais faire donc je suis bien. Le seul truc, c’est que j’ai envie que ce soit stylé. Moi, je suis du genre à avoir besoin que tout soit parfait.

Ça veut dire quoi un saut stylé ?

C’est quand c’est beau à regarder et quand c’est fluide. Le look aussi a son importance. Moi, je porte beaucoup de vêtements larges.

Comment tu te formes à réaliser ces figures ?

On fait du trampoline pour apprendre les figures et sinon, on fait du airbag – un coussin d’air géant. On va en Suisse pour faire cet entraînement. 

©️Honey Smith

Côté entraînement, ça se passe comment ?

J’ai mon entraîneur de ski freestyle, au club. Et au lycée, j’ai mon entraîneur de prépa physique. Ça, c’est tous les soirs, deux heures : isolation, aérobie, proprioception, etc… Pour la prépa mentale, je demande quand j’en ai besoin. On travaille beaucoup sur la respiration. Maintenant, je sais me calmer en compétition. Ou sinon, j’ai appris à me mettre dans ma bulle. Et je me dis que je vais réussir. Et ça marche !

Malgré ta jeune carrière, est-ce que tu as vécu un tournant dans ta pratique, un moment difficile qui, finalement, t’a fait progresser ?

Pour moi, ça a été les Jeux Olympiques de la Jeunesse. Je pensais que je m’étais assez préparée mais quand j’ai vu les autres filles… Là-bas, j’ai acquis du « métier » et de l’expérience. Juste après, j’ai fait les Mondiaux Juniors, en Italie, à Livigno. Là, j’avais le switch, le ski en arrière. Ça m’a rapporté́ plus de points. J’ai fini septième au slopestyle. Je dirais que c’est ma deuxième compétition la plus importante : le niveau y était très élevé. Ça m’a vraiment poussée vers le haut.

©Nils Moignard

Et qu’est-ce qui t’aide à rester motiver pour ton sport ?

Les gens qui sont autour de moi pendant les compétitions, les autres athlètes ou le public. Ils m’aident tellement ! On rencontre plein de gens dans ces événements. Je connais des filles qui viennent d’Australie ou de Nouvelle-Zélande maintenant ! Je trouve ça incroyable.

Il semble y avoir de plus en plus de filles dans ce sport. Tu as été bien accueillie dans ton club ?

Quand j’ai commencé le freestyle, il n’y avait pas beaucoup de filles, c’est vrai. J’étais la seule dans mon club, par exemple, et je le suis toujours d’ailleurs. Lors de mes premières compétitions, on était deux ! Ça ne me dérange pas du tout, au contraire. C’est génial, ça me motive à fond pour aller plus haut, plus loin et avoir du style !

©️Honey Smith

Aujourd’hui, tu es au lycée, en section skieuse de haut niveau. Comment tu fais pour gérer les deux, ton statut de championne et celui d’élève ?

L‘hiver, je suis pas mal libérée pour pouvoir skier le plus possible. Et j’ai un suivi scolaire à distance, sur mon ordinateur. Et je crois que je préfère ça, travailler toute seule plutôt que d’aller en cours. Donc, c’est parfait.

Tu aimerais, plus tard, vivre du sport ?

Si je n’arrive pas à me faire un nom en ski freestyle et à me faire de l’argent en gagnant de grosses compétitions, j’ai un plan B. Je suis en Bac pro commerce.

©️Honey Smith

Est-ce que d’avoir vu des filles faire de la compétition et performer dans ton domaine, ça t’a permis de rêver à ça ?

Ah oui, en France, il y a Tess Ledeux, par exemple. Je l’ai déjà vue plusieurs fois. Et elle réussit tout ! Rencontrer d’autres skieuses freestyle dans le monde, ça me booste aussi. Même si on est en concurrence en compétitions, on se parle sans problème, on se soutient. Moi, je suis super sociable, j’ai tellement envie de de rencontrer des filles qui font le même sport que moi, qui sont comme moi !

Est-ce que tu sens que tu deviens une figure d’influence, un rôle-modèle au féminin dans le ski freestyle ?

En France, je connais déjà toutes les « petites » du milieu. Je leur parle beaucoup. Parce que moi j’aurais tellement aimé qu’une « grande » fasse ça. Je me dis « Je n’ai pas eu ça, j’ai envie de leur donner ! ». Il y a une fille que je connais au lycée, par exemple, je la motive à fond. J’ai envie qu’elle devienne forte.

  • Pour suivre à la trace une future grande du ski freestyle, on se connecte ici : honey_summer_smith 
  • Palmarès express 2024 : 11e au slopestyle au JOJ en Corée-du-Sud / 7e au Slopestyle au Championnat du Monde à Livigno, en Italie / 5e à la Coupe d’Europe de Big Air à Font Romeu / Championne de France Cadette Slopestyle (U18) / Championne de France Cadette Big Air (U18) / Vice-Championne de France Slopestyle / Vice-Championne de France Big Air 

 

Ouverture ©Maya Pialot/Saskia Blakeley

Vous aimerez aussi…

Khadjou Sambe

Khadjou Sambe, le surf comme planche de salut

Première surfeuse pro du Sénégal devenue symbole d’émancipation, elle glisse sur l’eau pour mieux noyer les préjugés. Changer les mentalités est son crédo dans un pays où certains sports ne se conjuguent pas au féminin. Khadjou Sambe s’entraîne dur pour se qualifier aux prochains JO de Tokyo et ça va tanguer !

Lire plus »
Pierre Le Roux et Yannick Jacob : « On nous a dit que la natation artistique n’était pas un truc de mecs. On a voulu prendre le contre-pied. »

Pierre Le Roux et Yannick Jacob : « On nous a dit que la natation artistique n’était pas un truc de mecs. On a voulu prendre le contre-pied. »

Ils font partie de ces rares hommes à pratiquer la natation artistique. Pour Pierre, Yannick, Fabrice et Mathieu (rejoints par Julien, le petit nouveau), l’histoire a commencé comme un défi puis ces « homards étincelants » sont devenus, à l’été 2024, les premiers champions de France master de l’histoire de la discipline, catégorie qui, jusqu’alors, n’existait pas. Rencontre avec des poissons qui nagent en eaux troubles.

Lire plus »
Léa Labrousse : « J’ai envie de marquer mon nom dans l'histoire du trampoline français. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une championne du rebond (Léa Labrousse sur notre photo), une traileuse qui a écrit l’histoire, une torpille tricolore, une nouvelle chronique de notre marathonienne ÀBLOCK! et un festival sportif sur grand écran, c’est le meilleur de la semaine. Enjoy !

Lire plus »
La question qui tue : J’ai le cœur qui flanche, je peux faire du sport ou pas ?

J’ai le cœur qui flanche, je peux faire du sport ou pas ?

C’est vrai, on aurait plutôt tendance à penser que si on a le cœur fragile, mieux vaut pas trop le bousculer. Alors, faire du sport, franchement… Détrompe-toi, si tu pratiques comme il faut, c’est tout benef’. ÀBLOCK ! prend les choses à cœur et t’explique comment t’occuper de ton myocarde.

Lire plus »
Pilates, stretching, yoga, c’est quoi la différence ? La question qui tue

Pilates, stretching, yoga, c’est quoi la différence ?

Il parait que Pilates, yoga et stretching est le mix parfait pour se détendre. Moins de stress dans nos vies ? Ici, on dit oui ! Mais c’est quoi exactement ces pratiques qui ont l’air perchées ? Allez, on quitte un instant notre chien tête en bas pour t’en dire plus sur ces sports dans lesquels corps et esprit travaillent en harmonie.

Lire plus »
Manaé Feleu : « Quand t'es une fille et que tu dis que tu joues au rugby, on te répond que c’est un sport de brutes . »

Manae Feleu : « Quand je dis que je joue au rugby, on me répond que c’est un sport de brutes . »

Elle mène de front études de médecine et sport de haut niveau. Manae Feleu, 22 ans, a fait ses premières passes au ballon ovale à Futuna avant de tenter l’aventure sur le continent. La deuxième ligne des Amazones de Grenoble, cinq sélections en équipe de France A, n’a qu’un souhait : continuer à tout mener de front et être championne du monde de rugby en 2025. Rencontre.

Lire plus »
Svana Bjarnason : « Sans le sport, l’endométriose m’aurait fait sombrer dans la dépression. »

Svana Bjarnason : « Sans le sport, l’endométriose m’aurait fait sombrer dans la dépression. »

Elle est Franco-Islandaise et grimpeuse semi-pro. Svana Bjarnason, tout juste 34 ans, souffre d’endométriose depuis presque vingt ans. Une maladie qui ne lui a été diagnostiquée que très récemment, après des années d’errance médicale. Depuis, l’ancienne membre de l’équipe de France est entrée en lutte : contre la maladie et contre le silence qui l’entoure. Rencontre avec une fille qui a décidé de faire du bruit.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner