Elsa Ravinet « En escalade, avec ma petite taille, j'ai eu du mal à me sentir légitime. »

Elsa Ravinet : « En escalade, avec ma petite taille, j'ai eu du mal à me sentir légitime. »
Elle se construit à travers son sport, mais aussi dans la vie en combattant jour après jour sa plus grande ennemie : elle-même. Car si son petit 1,54m l’a embarrassée un temps, aujourd'hui, la championne d’escalade Elsa Ravinet a dépassé ce qui n'est plus un obstacle. Et c’est ce qu’elle nous raconte à l’occasion de notre partenariat avec le podcast 1m60max.

Par Marion Griesemann

Publié le 29 mai 2024 à 17h27, mis à jour le 30 décembre 2024 à 10h00

Pourquoi as-tu accepté d’offrir ton témoignage à 1m60max et ÀBLOCK ? 

Une interview, c’est toujours intéressant à faire et ce sujet-là touche beaucoup de femmes. Pour ma part, on me définit souvent dans les médias comme “petite” mais c’est surtout parce que je suis dans une petite catégorie. 

Mais toi, tu ne t’es jamais définie comme telle ? 

Avant, si. Ma taille me bloquait, je me sentais gênée dans certains mouvements, pour attraper certaines prises un peu hautes. Mais en fait, il fallait juste travailler, forcer un peu plus pour pousser plus haut. Et puis, à l’inverse, comme je suis petite, je peux monter mes pieds plus haut, mon centre de gravité ne me fait pas reculer.

Il ne faut vraiment pas le voir comme un désavantage, c’est juste une “description de soi”. Dans ma catégorie, il y a des exemples qui le montrent bien comme Ai Mori, une Japonaise qui a fait troisième aux championnats du monde. Elle fait 1,54m. Zélia Avezou aussi, une Française qui prépare les JO. Elle doit faire 1,55m, 1,56m. D’ailleurs c’est une amie de longue date et on a souvent parlé au début de nos carrières du fait qu’on était les plus petites des catégories jeunes. 

©Elsa Ravinet/YouTube

Tu nous présentes ton parcours sportif ? 

J’ai commencé l’escalade à 8 ans. Je suis complètement tombée dedans ! Mes parents n’étaient pas des grimpeurs, ce qui est rare dans le milieu, j’ai juste fait un stage multi-activités un été et j’ai adoré l’escalade, donc je me suis directement inscrite à la rentrée.

À 10 ans, je faisais mes premières compétitions départementales et régionales, à 14 ans mes premiers championnats de France, à 15 ans mon premier podium… Là, je suis rentrée en équipe de France où j’ai fait quatre ans en pôle Espoir à Toulouse.

J’ai fait mes premières coupes d’Europe en “bloc” et en “difficulté”, dans les deux disciplines, même si je suis plus à l’aise en bloc. Et, il y a deux ans, j’ai quitté le pôle pour faire mes études de kiné à Bordeaux mais j’ai toujours des horaires aménagés pour m’entraîner. 

©Block Out Toulouse

Tu préfères l’escalade de bloc ou la difficulté (avec la corde) ? 

Quand j’étais petite, je faisais surtout de la Diff, c’est normal pour les enfants, puis c’est vrai que ces dernières années le Bloc s’est beaucoup démocratisé. Il y a beaucoup de salles. Et moi je préfère parce que je prends plus de plaisir.

Certains disent que je suis meilleure en Diff mais je trouve qu’il y a plus de pression dans les compétitions de Diff, car une fois que tu es tombée, c’est terminé. Et ça m’est beaucoup arrivée. J’ai du mal à gérer la pression, c’est beaucoup de mental. En bloc, il y a plusieurs essais. 

©Elsa Ravinet/LinkedIn

Tu pratiques aussi l’escalade en extérieur ? 

Oui, aussi. Je commence à m’y mettre un peu plus car c’est très important, c’est la base de l’escalade, la falaise. Mais ce n’est pas du tout le même sport, il y a plusieurs écoles, plusieurs styles. Je le tente, en essayant de tirer parti de ma taille, parfois c’est pratique pour attraper certaines petites lames fines. Alors, bon, oui c’est sûr que ce serait un avantage d’être géant quand même !

Est-ce qu’il y a des standards physiques en escalade ? 

En Diff non. Il y a une Française qui fait 1,48m et elle a participé à beaucoup de finales de Coupe du Monde. Ce sont moins des mouvements “new school”, moins de gainage, moins de serrage. En Bloc, en Coupe du Monde, je dirais qu’il y a un standard autour d’1,65m mais ça ne fait pas tout. C’est juste une indication. 

©Elsa Ravinet/Instagram

Tu dis que tu as eu du mal à gérer ta petite taille en tant que grimpeuse au départ, pourquoi ? 

En fait, je pense que je me mettais des barrières toute seule, je ne me sentais pas légitime. Je me trouvais trop petite, je me disais que ça allait m’empêcher de réussir. Mais j’ai été bien entourée : on m’a dit qu’on avait ultra confiance en moi, ça m’a donné de la force et ça m’a aidée à grandir mentalement.

Aujourd’hui, il n’y a plus du tout de problème de taille dans l’escalade. C’est un sport complet, ludique. C’est possible de prendre du muscle facilement, de devenir plus souple… Ça aide à progresser mentalement, à aller toujours plus loin. 

©Julien PetitPierre

Est-ce que ça été facile de se faire une place dans la communauté des grimpeurs ? 

Je suis arrivée très jeune donc j’ai toujours eu ma place. Même en tant que grande timide. Je dirais que j’ai davantage dû me battre contre moi-même. Par exemple, si je galère sur un bloc, je vais le refaire jusqu’à ce que je réussisse.

L’important c’est de ne pas lâcher même si tu en as marre. Il faut continuer, continuer. L’escalade c’est progresser. Physiquement et mentalement, malgré les échecs. 

Comment tu fais pour y arriver ? 

C’est la préparation mentale qui m’aide. Elle m’a permis de continuer à me battre dans les moments où j’avais l’impression de ne plus progresser, en tout cas pas autant que les autres.

Il faut réussir à se dire que ce n’est pas grave si tu n’as pas progressé aussi vite, tu vas progresser plus tard ou sur d’autres styles. Ça a été mon cas et ça m’a permis de montrer aux gens de la Fédération que je suis quand même dans le haut du classement malgré le fait qu’il y ait de plus en plus de grimpeurs et, qu’à Bordeaux, il y ait moins de structures pour que je m’entraîne. Heureusement, mon club paie tous mes déplacements. 

©Elsa Ravinet/LinkedIn

Comment se passe la préparation mentale ? 

J’ai un préparateur mental à distance que je vois toutes les trois semaines environ. Il me prépare à affronter des situations dans l’escalade comme dans la vie. Je suis quelqu’un de très stressé et on travaille beaucoup sur ma respiration, sur la confiance.

Au début, je ne voulais pas faire cette préparation mais ma mère m’a un peu forcée, j’en ai beaucoup discuté autour de moi et finalement je ne regrette pas car ça m’aide pour un tas de choses. Pour mes examens de médecine, par exemple. 

Est-ce que ta taille est un sujet dans la vie de tous les jours ? 

Ça aurait pu ! Par exemple pour attraper des trucs hauts, mais je fais de l’escalade donc pas de problème, je monte sur les meubles ! Sinon, oui, pour faire certaines attractions, parfois j’ai tricher. J’ai toujours été la petite, en primaire, au collège… On m’a toujours chariée mais, bon, ils n’étaient pas immenses non plus. J’en croise des gens plus petits ! Ma mère est plus petite, ma sœur aussi. 

©Climb Up Paris

Et dans ton métier de kiné ? 

Les tables sont réglables, dans pas de souci. Je ne me suis jamais vraiment posée la question et puis ça ne m’aurait jamais arrêtée. J’ai toujours voulu faire ce métier. Depuis mon stage de troisième. J’ai juste dû aménager mon temps avec la fac pour continuer à pratiquer mon sport. 

Tu as eu des modèles dans ta vie ? 

Ma mère. Elle est têtue comme moi, elle fonce. Elle est sportive, elle fait de la randonnée, du yoga trois fois par semaine. Si elle a envie de faire un truc, elle le fait ! 

©Elsa Ravinet/Instagram

Tu aimerais être un exemple pour d’autres jeunes femmes ? 

Ce serait vraiment beau. Mais certaines me l’ont déjà dit en fait. Il y a une petite de mon Club qui m’a vue en championnat de France, quand j’allais en Europe, et qui venait me féliciter, me dire qu’elle voulait être comme moi.

Et, cet été, j’ai donné des cours à une petite qui était aussi un peu “fan” et j’ai adoré l’aider à progresser. Elle se faisait plaisir à grimper avec elle moi.

Donc, oui, si quelqu’un veut venir me voir, me parler, moi je suis là. Même si je suis réservée, il faut juste venir me parler. Je ne suis pas fermée.

Je sais que pour certains je peux faire peur. Quand je suis concentrée sur un truc, je n’ai pas toujours envie de parler aux gens mais c’est plus parce que je me dis que je peux déranger. 

Une dernière chose à dire à toutes celles qui vont te lire ? 

Fonce, va réaliser ta passion. Et le plus important : fais-toi plaisir ! 

*Écoutez le podcast 1m60max, un partenariat ÀBLOCK!, avec Elsa Ravinet

©Elsa Ravinet/LinkedIn

Vous aimerez aussi…

Charlotte Hym et Madeleine Larcheron

Charlotte Hym et Madeleine Larcheron, les rideuses françaises entrent en… Skate

Elles seront deux. Deux Françaises à porter fièrement les couleurs de l’équipe de France lors des épreuves de skateboard qui auront lieu le 25 juillet (street) et le 4 août (park) aux JO de Tokyo. Charlotte Hym et Madeleine Larcheron auront l’occasion de marquer l’Histoire des Jeux Olympiques en s’invitant sur le premier podium consacré à la discipline. Faisons les présentations.

Lire plus »
Gail Falkenberg

Gail Falkenberg, la super-granny du tennis

Elle en a sous le coude. Après une éclipse de plusieurs années, la joueuse de tennis américaine de 74 ans (oui, oui !), Gail Falkenberg, a rejoint les courts et disputé un match de premier tour sur le circuit pro. Rarissime. Ce qui fait la joie du milieu tennistique !

Lire plus »
Florence Arthaud Cette insatiable louve des mers

Florence Arthaud, cette insatiable louve des mers

Le 9 mars 2015, il y a tout juste six ans, l’aventurière perdait la vie dans un crash d’hélico. Avec elle, le mot marin s’était conjugué au féminin. À 33 ans, en 1990, l’intrépide à la crinière bouclée et au teint halé devenait la première femme à remporter la mythique Route du Rhum. Une entrée fracassante au sein du milieu testostéroné des « vieux » loups de mer. Une grande dame qui tracera la voie pour les autres navigatrices. Portrait-hommage d’une fille qui avait tant besoin de prendre le large…

Lire plus »
Isabelle : « Continuer le sport fait partie de ma lutte contre le cancer du sein. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une étude sur les corps féminins musclés à l’extrême, une crossfiteuse qui combat la maladie par le sport (Isabelle sur notre photo), une nouvelle chronique philo signée Marie Robert, un récap’ de la dernière compet de ballon ovale, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! Bonne (re)découverte !

Lire plus »
Iga Swiatek

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Notre dossier spécial Roland-Garros avec la victoire d’Iga Swiatek (sur notre photo), un podcast avec un mec ÀBLOCK!, un retour sur un événement tragique du tennis, un zoom sur les basketteuses tricolores pour leur Euro, une footeuse pionnière… On dévore le meilleur d’ÀBLOCK!

Lire plus »
Clelia Liget-Latus : « Quand je suis sur la glace, j'oublie tout. »

Clelia Liget-Latus : « Quand je suis sur la glace, j’oublie tout. »

La grâce d’une danseuse, le mental d’une bosseuse, Clelia Liget-Latus, 15 ans, est une patineuse artistique aussi fraîche que déterminée. Double championne de France en individuel et championne de France en couple, elle trace son sillon sur la glace avec une grande maturité et un entourage béton. Une pépite sur patins à suivre et l’un des espoirs du patinage artistique français en couple.

Lire plus »
Benjamin Ferré : « Dans l’univers assez masculin de la course au large, travailler avec des femmes me nourrit. »

Benjamin Ferré : « Dans l’univers assez masculin de la course au large, travailler avec des femmes me nourrit. »

Ce sera un cadeau d’anniversaire qu’il n’oubliera probablement jamais. Dix jours après avoir fêté ses 34 ans, Benjamin Ferré s’élancera à l’assaut du départ du Vendée Globe. Ce projet, né il y a environ trois ans, ce grand rêveur l’a mené à bien avec une équipe composée pour moitié de femmes. Rencontre avec un marin d’eau douce devenu loup de mer.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner