Ton actualité, c’est la Coupe du Monde des clubs en France de la nage avec palmes, du 24 au 26 avril à Aix-en-Provence. Qu’est-ce que tu attends de cet événement ?
J’ai appris à nager à Aix-en-Provence, et dans la piscine où l’on va concourir, il me semble. C’est une étape de Coupe du monde de la nage avec palmes, la deuxième. La première s’est déroulée en Italie au mois de mars et je n’ai pas forcément fait les résultats que j’attendais même si je me suis classée deuxième sur le 200m bi-palmes. Il n’y avait eu aucune compétition avant et donc aucune confrontation internationale, c’était particulier. Mon objectif pour cette deuxième étape de Coupe du monde, c’est de réaliser les minimas pour être sélectionnable pour les championnats du monde qui se dérouleront en Corée en juin 2026. Mais aussi de refaire une médaille au 200 mètres bi-palmes et, pourquoi pas, de gagner l’épreuve sans oublier le 50, le 100 et le 400m bi-palmes pour lesquels j’aimerais aussi décrocher des médailles.
J’ai lu que tu étais surnommée « Aquawoman » à Marseille…
C’est mon entraîneur de nage avec palmes qui m’a donné ce surnom parce qu’il trouve que je performe dans toutes les disciplines aquatiques. Je fais de la natation course, du sauvetage, de la nage avec palmes et même du kitesurf. Peu importe ce que je fais dans l’eau, c’est mon élément.
Tu es née dans le sud de la France donc l’eau, c’était ton « truc », enfant ?
Ça m’est venu de mes parents. Ils ont toujours fait beaucoup de sports nautiques. Ils ont donc voulu que je sache nager très vite. Mon grand-frère faisait déjà de la natation. Et moi, ça m’a plu tout de suite. J’ai même fait mes premières compétitions à 6 ans. J’étais la plus jeune ! Pendant les vacances, le programme en famille, c’était bodyboard ou kitesurf, que j’ai pratiqué dès l’âge de 8 ans.
Qu’est-ce qui t’a plu, tout de suite, dans la natation ?
Je pense que j’aimais vraiment bien être dans l’eau, déjà. Et, très vite, j’ai adoré la compétition. Mais pas les entraînements ! Ça, c’est venu plus tard.
Comment tu te sentais quand tu nageais, quand tu étais à l’eau ?
Je pense que je me suis toujours sentie davantage dans mon élément dans l’eau que hors de l’eau. À l’école, je n’étais pas trop à l’aise dans les sports collectifs, avec ballons. Je passais mon temps, enfant, à regarder La Petite Sirène. J’avais le rêve de vivre dans l’eau, moi aussi…
Le sauvetage sportif et la nage avec palmes, sports que tu pratiques en pro, sont finalement assez peu connus. Toi, comment tu les as rencontrés ?
Quand je suis allée au lycée, à Marseille, je suis rentrée au Cercle des nageurs, au Pôle Espoir de natation, de mes 15 à mes 18 ans. Ensuite, pour poursuivre mes études, je suis repartie à Aix, là où j’ai grandi. J’y ai passé mon diplôme de STAPS. Puis je suis partie à Montpellier, là où je suis née, pour continuer à nager et c’est là-bas que j’ai découvert le sauvetage. Ils ont un Pôle France de sauvetage sportif et il s’avère que je m’entraînais juste à côté. Au bout d’un an de natation là-bas, je commençais à en avoir un peu marre et j’ai voulu essayer le sauvetage. C’est le côté ludique de l’activité et le fait qu’il y ait un sens qui m’a donné envie. Ça a vraiment été un second souffle dans mon parcours de sportive de haut niveau. C’est ce qui m’a permis de continuer sur ma lancée.
J’ai démarré en 2019 en intégrant le Pôle France de sauvetage sportif, mais il y a eu le confinement juste après donc je n’ai pas pu faire de compétitions avant mars 2021. J’ai quand même pu continuer à nager dans ma piscine, chez moi, et puis, lors du deuxième confinement, j’étais chez mes parents à La Ciotat et je savais qu’il y avait des créneaux ouverts pour les sportifs de haut niveau là-bas, au club de nage avec palmes. C’est comme ça que j’ai rencontré mon entraîneur actuel, Éric. Et je me suis mise à la nage avec palmes parce qu’il y avait beaucoup d’épreuves de sauvetage où on utilisait des palmes et que cet entraîneur m’apportait en technicité. J’ai tenté une première compétition dans cette nouvelle discipline et j’ai fait des temps qui se rapprochaient des temps de sélection pour le championnat du monde de 2022. Donc, j’ai sauté dans le grand bain de la nage avec palmes !
Si tu devais me décrire ces deux sports, la nage avec palmes et le sauvetage sportif…
Alors, en nage avec palmes que je pratique en bi-palmes, mon épreuve de prédilection, c’est le 100 et le 200 mètres bi-palmes. C’est juste un 100 mètres et un 200 mètres crawl mais avec palmes et tuba. En sauvetage, qui est un sport assez particulier, il y a deux grandes parties. Une épreuve en piscine et une épreuve en côtier, donc sable et mer. Moi, je suis spécialiste des épreuves de piscine puisque j’ai fait beaucoup de natation. On a six épreuves individuelles en sauvetage, elles comportent toutes des parties techniques ou des équipements. Moi, mon épreuve principale, c’est le 200 mètres super sauveteur.
En fait, on part sans rien comme en natation. On fait un 75 mètres crawl. Au 75 mètres, il y a un mannequin qui est immergé au fond de l’eau. On va le récupérer. On fait 25 mètres de remorquage sans palmes. On tient le mannequin d’une main et on a les jambes et un bras pour nager. Quand on arrive au 100 mètres, on a dû préparer nos palmes et la bouée tube, celle qui est jaune. Le but, c’est de mettre ses palmes le plus vite possible en prenant la bouée. Là, on fait 50 mètres avec nos palmes et la bouée qui traîne derrière nous. Et quand on arrive à 150 mètres, on vient clipser un mannequin dans la bouée tube. Ce mannequin qui est à moitié rempli fait à peu près 20-25 kilos. Et en fait, sur cette dernière partie, on le remorque jusqu’à la fin du 200 mètres, le dernier 50 mètres. On a nos palmes et le mannequin accroché derrière nous dans la bouée qu’on doit tracter et ramener. C’est l’épreuve reine du sauvetage parce qu’il y a toutes les techniques qui sont un peu mélangées : sans palmes, avec palmes, le mannequin et la manipulation de la bouée tube.
Il y a aussi les épreuves de sauvetage en mer, ça rappelle un peu la série des années 90 « Alerte à Malibu »…
Oui, en mer, le sauvetage côtier, il y a des épreuves sur sable, donc il y a du sprint sur sable : du sprint de 90 mètres ou des épreuves à l’Australienne sur 10 mètres où on est allongé à plat ventre, où on doit se retourner et venir chercher un bâton, ça s’appelle du flag. Après, dans l’eau, il y a des épreuves de kayak, c’est du surfski, c’est un kayak avec des pédales et une double pagaie ; du paddle board à savoir une planche de paddle qui ressemble aux planches avec lesquelles on fait du secourisme mais qui sont en résine epoxy comme les planches de surf, de manière à aller beaucoup plus vite. On peut ramer à genoux ou à plat ventre. Après, il y a des épreuves de nage en mer comme des épreuves d’eau libre, mais c’est assez court, les distances font à peu près 400 mètres. Et il y a une épreuve, l’épreuve reine côté côtier, qui est l’Ocean Man et l’Ocean Woman. C’est ce qui sera peut-être aux Jeux Olympiques si le sauvetage est aux JO de Brisbane. C’est un mélange de ces trois épreuves où il y a nage, planche et kayak. L’ordre est tiré au sort à chaque compétition et toutes les transitions entre les supports se font en course à pied sur le sable. C’est assez impressionnant et les épreuves durent à peu près un quart d’heure. En Australie, il y a un circuit pro, parce que c’est le pays phare du sauvetage. Il y a une ampleur assez impressionnante avec de grosses sommes d’argent en jeu. Enfin, il y a plein d’épreuves de relais par équipe. C’est vraiment rigolo de faire une activité sportive qui a du sens parce qu’on s’entraîne à sortir des gens le plus vite possible, en fait.
Quelles victoires ont été particulièrement importantes dans ton parcours et pourquoi ?
Déjà, dans ma carrière de natation, les championnats de France universitaire. C’est un événement qui est assez cool où on est plus là pour s’amuser avec nos amis. Mais j’y ai réalisé tous mes meilleurs temps et j’ai fait deux titres de championne de France universitaire. Ce jour-là, ça m’a éclairée sur moi-même et sur la vision que je devais avoir de mes compétitions : finalement, quand je n’avais ni pression ni attente, ça fonctionnait plutôt pas mal. Ensuite, je ne peux pas passer à côté des World Games de cet été, la compétition ultime pour nous. C’est l’équivalent des JO car nos sports sont olympiques mais ne figurent pas encore au programme des JO. Ça a été un moment unique parce que j’ai vraiment eu une saison très compliquée. Je pense que j’ai eu la médaille que j’attendais le moins – le Bronze sur le 200 SLS (Super Life Saver, l’épreuve reine du sauvetage, Ndlr), même si quand on plonge, on espère toujours.
Un autre événement marquant, ça a été les championnats du monde de sauvetage en Australie en 2024. Je n’ai pas fait les résultats attendus, mais ça restera une de mes meilleures expériences de compétition. Car les sélections de sauvetage sont de vrais moments passés avec les autres nations. C’est là où j’ai le plus de souvenirs heureux. Et puis, il y a aussi ma troisième place aux championnats du monde de nage avec palmes en 2024. On était en Serbie, dans des conditions épouvantables, il faisait 39 degrés à l’extérieur et plus de 30 à l’intérieur. Mais j’ai cette capacité, quand quelque chose ne se passe pas bien, de me dire que, de toute façon, c’est pour tout le monde pareil et que c’est à celui qui gérera le mieux. J’ai vraiment mis tout ça de côté pour que ça me perturbe le moins possible et j’ai juste fait ce que je savais faire. Au final, j’ai fait ma première médaille mondiale individuelle – que ce soit en sauvetage ou en nage avec palmes – et mon meilleur temps. Pour autant, la plupart du temps, je me dis toujours que j’aurais pu faire mieux.
Tu poursuis des études en parallèle de cette activité de sportive de haut niveau. Comment gères-tu ce « flux-tendu » ?
Oui, après avoir passé mon diplôme de STAPS à Aix, j’ai pu intégrer une école de Kiné à Montpellier grâce au sauvetage et à mon statut de sportive de haut niveau, justement. Pendant toute cette période, ça a été assez compliqué de m’entraîner quotidiennement comme j’en avais l’habitude depuis plusieurs années. Je suis repassée à un entraînement par jour. C’est en 2024 que j’ai été diplômée et, l’année dernière, en 2025, j’ai rejoint mon club de nage avec palmes à La Ciotat. L’année a été difficile suite à des soucis personnels, j’ai donc eu besoin d’alléger en termes d’entraînements après un rythme très soutenu pendant quatre ans. Je me suis un peu absentée du bord du bassin. Mais j’ai quand même ramené cette médaille de bronze des World Games. Suite à tout ça, j’ai décidé de rester sur La Ciotat. On avait planifié toute l’année avec mon entraîneur. L’objectif ? Les championnats du monde en juin. Après l’année où j’avais un peu déserté les bassins, j’avais perdu beaucoup de force. Donc il m’a surtout fait travailler physiquement pendant quatre mois. Je suis moins allée à l’eau. J’ai vraiment travaillé dur, j’ai même commencé les Hyrox. Mais quand on a voulu reprendre l’entraînement en bassin, il y a eu un accident dans notre piscine à La Ciotat, elle a été fermée pour un temps. Suite à cet incident, mes plans ont été chamboulés. Depuis, je fais des séjours en Normandie avec un autre entraîneur. J’ai repris les entraînements biquotidiens depuis janvier. Mon rythme, c’est 8 entraînements dans l’eau et 3 séances de musculation.
Tu as évoqué une année difficile en 2025, est-ce que ça a été une remise en question sur ton sport ? Et est-ce que tu es revenue plus forte dans les bassins suite à cette prise de recul ?
L’an dernier, je n’avais plus la tête à m’entraîner pour des raisons personnelles. Mais je savais que j’étais qualifiée aux World Games. Même si sur le moment, je n’arrivais plus à aller m’entraîner, c’est ce qui m’a permis de sortir la tête de l’eau, je crois. Si je n’avais pas eu une compétition de cette envergure en ligne de mire, peut-être que j’aurais arrêté, effectivement. À un moment où je ne savais plus où j’en étais, la perspective des World Games a été comme une bouée de sauvetage. Quand je me suis retrouvée à cette compétition, ça a quand même été dur car je n’avais pas forcément les armes pour me battre dans l’eau. Mais je me suis dit : « Crois-y jusqu’au bout et on verra ce qui se passe ». Ça a été une course très particulière sur ce plan-là et aussi parce qu’on a eu des bouées qui n’étaient pas comme d’habitude. Les favorites de la course n’ont pas réussi à faire le dernier élément technique. Et je pense que mon état d’esprit a fait la différence ce jour-là même si j’étais loin au départ. Je me suis dit : « Tant que tu n’as pas touché le mur, tu ne sais pas ce qu’il peut se passer ».
Ton expérience montre à quel point il faut un dévouement total quand on est sportif de haut niveau : entre la gestion des entraînements, la pression des compétitions à venir, les imprévus, le travail… La charge mentale est énorme pour pouvoir assurer dans les bassins. Est-ce que tu as eu besoin de prendre en charge ta santé mentale justement ?
J’ai toujours eu un prépa mental, depuis que je suis jeune. Enfin, au départ, c’était plutôt quelqu’un qui faisait de la sophologie, parce que j’étais assez anxieuse. C’est vraiment cette année que j’ai pris un préparateur mental pour m’aider à gérer la pression. Et l’an dernier, comme mon année a été compliquée personnellement, j’ai pris une psychologue. Je différencie pas mal le perso et le sport. Pour moi, ce n’est pas pareil. On doit gérer les deux différemment. C’est important d’avoir un équilibre, d’avoir quelqu’un qui m’aide à mieux gérer mes émotions, mon quotidien, etc.
Tu es différente dans la vie et dans les bassins ?
Je pense que je suis quelqu’un de stressée dans la vie. Et, côté compét’, plus je prends en maturité, plus j’apprend à canaliser mes énergies pour essayer de les transmettre au bon moment, au moment où je suis dans l’eau. Je suis beaucoup moins stressée qu’auparavant dans les bassins. Mais ne pas avoir de stress, ce n’est pas bon non plus. Parce que c’est un moteur en compétition, d’une certaine façon. C’est un stress qui m’aide aujourd’hui, en fait. Même si, comme tout sportif, j‘ai des moments de doute, des moments où ça va moins bien. Mais je sens que j’ai acquis l’expérience de toutes ces années. J’arrive à donner le maximum de ce que je peux donner.
À quoi tu penses, d’ailleurs, quand tu nages ?
Moi, je sais que j’ai besoin de me concentrer sur ce que je fais. Mon cerveau a une forte activité quand je nage alors qu’on pourrait penser qu’il part un peu n’importe où. J’ai tendance à me focaliser sur ce que je fais, sur mes gestes. J’ai tendance à essayer de me concentrer sur ma qualité de mouvement. Et je marche aussi beaucoup aux sensations dans l’eau même si, parfois, il ne faut pas trop les écouter.
Comment tu t’entraînes dans et hors de l’eau ?
J’ai toujours fait un peu de musculation avec mes entraîneurs de natation. Quand je nageais au Cercle, on était un peu initiés au renforcement, à la musculation. Et quand je suis rentrée au Pôle France de sauvetage sportif, j’ai pris une préparatrice physique. C’est une ancienne nageuse de haut niveau. Elle m’apporte beaucoup. Je bosse avec elle depuis 2022. J’ai beaucoup évolué physiquement depuis. Je fais cette prépa physique deux à trois fois par semaine.
Quelle est la « signature Camille Julien » sous l’eau, ce qui fait qu’on se rappelle de toi ?
Je pense qu’on dit que je glisse énormément sur l’eau et que ça a l’air facile, alors que ce n’est pas le cas.
Est-ce que tu as un petit rituel avant d’entrer dans l’eau pour une compétition ou, peut-être, une tenue particulière qui est importante pour toi ?
Je porte mon sponsor mais sinon je porte toujours les mêmes chaussettes avant d’aller à l’eau. C’est une amie qui me les a ramenées d’Irlande. Elles sont violettes et il y a un mouton porte-bonheur dessus. Et puis sinon, avant de plonger, je remets exactement quinze fois mes lunettes en place. Depuis que je suis petite, c’est ma plus grande peur de perdre mes lunettes. Mais ça ne m’est encore jamais arrivé. Mais voilà, c’est un tic. J’aime aussi arriver avec de la musique dans les oreilles pour pouvoir rester dans ma bulle. Maintenant, je le fais moins, parce que je suis plutôt sur ma fin de carrière et que j’ai envie de profiter de chaque moment que je vis, d’entendre tout ce qui se passe autour de moi et de garder le plus de souvenirs possible.
Financièrement, comment t’en sors-tu, j’ai cru voir que tu étais dans l’Armée des Champions ?
Alors non, je ne suis pas dans l’Armée des Champions mais j’ai été prise en équipe de France militaire en 2024 avec un contrat de réserviste. J’ai dit oui parce que ça permet une compétition et une confrontation internationale en plus. J’en avais entendu de très bons échos. Et c’est vrai que ça apporte une rigueur en plus. C’était vraiment une bonne expérience. Pour le reste côté financements, on a des aides personnalisées de la part de la Fédération quand on est qualifié en coupe de France et j’ai une aide de mon département une fois dans l’année. En nage avec palmes, on a des primes à la médaille. Mais sinon, je n’ai pas de salaire fixe. J’ai le soutien de mes parents et mes revenus en tant que kinésithérapeute. Mais cette année, je ne travaille pas, je me consacre exclusivement à la nage. Je n’ai pas de revenus depuis quelques mois, mais j’avais mis de l’argent de côté. C’est très compliqué de faire du sport de haut niveau et de travailler à côté dans tous les cas. Et puis, je trouve que le statut de sportif de haut niveau n’est pas assez mis en avant. J’ai même parfois eu l’impression que ça engendrait du négatif. Moi, pendant mes études, j’ai ressenti ça comme quelque chose de gênant. On était vus comme ceux qui avaient des passe-droits, qui pouvaient rater des cours. Ce n’était jamais valorisant alors qu’en fait, on avait des vies à mille à l’heure. Je sais que, personnellement, j’aurais aimé avoir un peu plus d’aide dans mon parcours. Forcément sur le plan financier mais aussi sur les aménagements d’emploi du temps. Souvent, on nous permet d’être en retard ou d’être excusés si on rate un cours mais on ne nous aide pas à améliorer notre parcours, à améliorer notre qualité de vie.
J’ai dû beaucoup m’organiser seule. C’est quelque chose qui est très contraignant quand on est sportif de haut niveau, c’est une vraie charge mentale. Dans certains clubs, les athlètes n’ont qu’à s’entraîner car tout est organisé. Si on n’est pas dans des structures et dans des gros clubs, on est un peu trop livrés à nous-mêmes. Ou même un peu mis à l’écart. Moi, je trouve ça bien de rester dans son club formateur. En plus, c’est comme ça que les clubs vivent. Tout ça ne nous aide pas à continuer. Si je décide d’arrêter ma carrière prochainement, c’est aussi pour ça. Ça m’a vraiment limitée ces dernières années. Aujourd’hui, je m’en sors seulement parce que j’ai trouvé la bonne personne pour m’accompagner. Mon entraîneur m’a accueillie, chez lui, en Normandie, pour que je puisse m’entraîner. Être bien accompagné, c’est la clé de la réussite dans une carrière.
Qu’est-ce que tu aurais envie de dire, justement, à des jeunes femmes qui sont déjà un peu lancées dans la course et qui ont envie de faire du haut niveau ?
Alors moi, on m’a toujours dit, et même quand j’avais 16-17 ans, « tu es trop vieille », « il faut faire autre chose », « tu n’y arriveras pas ». Moi, je pense qu’il n’y a pas d’âge. Je pense que c’est la détermination qu’on met dans ce qu’on fait qui change la donne. Moi-même, j’ai eu beaucoup de mal à croire en moi et en ce que je faisais. Mais c’est parce que j’étais têtue et que je voulais vraiment le faire que ça a marché.
Tu es définitivement une « wonderwoman ». C’est comment pour les filles dans ces sports aquatiques ?
On est un sport mixte donc on est toujours mélangés, filles, garçons. Sauf sur les épreuves, évidemment, mais, en tout cas, à l’entraînement. Moi, je trouve juste que l’entraînement n’est vraiment pas assez différencié entre les filles et les garçons. Je pense qu’on n’a pas les mêmes besoins et on le sait encore plus aujourd’hui. À mon époque, quand j’étais plus jeune, on ne faisait pas assez attention à ça. On faisait les mêmes charges que les garçons, par exemple. Moi, j’ai eu un développement très tardif. En musculation, je n’arrivais à rien faire parce que j’avais zéro muscle. Et pourtant, l’entraînement est basé sur le fait théorique que les filles sont formées plus tôt que les garçons. Et puis, il y a des profils d’entraîneurs qui marchent mieux avec les filles ou les garçons. Aujourd’hui, moi, ça se passe très bien avec mon entraîneur mais je n’hésite pas à lui faire remarquer quand je vois des problèmes. Quand j’ai les mêmes départs que les garçons, finalement, j’ai moins de temps de repos car j’arrive après eux, par exemple. Plus jeune, je n’aurais pas été capable de dire les choses.
Est-ce que des sportives t’ont inspirée dans ton parcours ?
Quand j’étais petite, forcément, j’étais fan de Laure Manaudou. Et récemment, d’ailleurs, j’ai regardé le reportage sur elle et ça m’a interpellée sur la manière dont les choses ont été gérées pour elle. Nous, on la voyait comme une star, mais ça m’a choquée de voir l’envers du décor.
Aujourd’hui, tu es très active sur les réseaux sociaux, est-ce que tu sens que tu deviens une ambassadrice pour ton sport auprès des « followers » ?
Pas forcément à travers les réseaux, mais plutôt à travers mes clubs, que ce soit en sauvetage ou en nage avec palmes. Je suis assez timide donc je sens que, parfois, on a du mal à m’aborder mais j’essaie de partager au maximum ce que je sais avec les jeunes qui m’entourent, dans mon club. Je trouve ça hyper important de partager. Et je trouve ça dommage qu’on n’ait pas plus l’opportunité de parler de nos expériences de sportives de haut niveau à des jeunes. J’avais proposé à la mairie de ma ville de faire des interventions dans les classes mais je n’ai pas eu de retour.
Comment tu vois la suite pour toi ?
Je pense que j’ai envie d’arrêter parce que je veux passer à un autre chapitre de ma vie. Je veux construire mon avenir. J’ai un diplôme de kiné mais, pour le moment, je n’en ai pas fait grand-chose et je sais aussi que ça inquiète un peu mes parents. Ça fait des années qu’ils me soutiennent, mais il serait temps que je commence ma vie professionnelle. Même si le sport aura toujours une place dans ma vie. Alors, peut-être que je continuerai à transmettre dans le sauvetage. Mais je pense qu’il faut aussi savoir tourner la page. Et je préfère arrêter au bon moment, dans la lumière. J’ai un peu d’ego. Je ne veux pas me retrouver dans un moment où je ne serai plus capable. Éventuellement, si j’accepte de faire l’équipe de France de sauvetage, je pense que ça s’arrêtera vers décembre 2026, pour moi. J’ai besoin de me mettre une deadline. Après, si j’arrive à bien m’organiser avec le travail, peut-être que je reprendrai un peu.
En attendant cette « deuxième vie », quels sont tes rêves sportifs à venir ?
Moi, mon rêve, c’est d’être championne du monde de nage avec palmes au mois de juin ! En sauvetage, j’attends de savoir si je suis sélectionnée pour les championnats du monde. J’avais décidé d’arrêter car je n’avais pas d’endroit où m’entraîner mais après être allée aux championnats de France, récemment, où j’ai fait une troisième place, il est fort possible que je sois retenue. Ça a été tellement inattendu pour moi que je ne sais même pas si j’irais ou pas si je suis sélectionnée. Je pensais faire ma dernière compét’ en sauvetage. À suivre…