
Sandra Pétrus
Du haut de son 1,50m, Sandra Pétrus se présente comme « une femme accomplie, professionnellement et personnellement ».
Publié le 26 février 2025 à 17h44, mis à jour le 26 février 2025 à 17h46
L’affaire Lia Thomas : un révélateur des obstacles à l’inclusion des athlètes transgenres dans le sport ? En mars 2022, la championne de natation Lia Thomas a remporté l’épreuve du 500 yards nage libre lors des championnats universitaires américains. Assignée homme à la naissance, la nageuse avait initialement concouru dans la catégorie masculine avant d’entreprendre une transition de genre et de rejoindre les compétitions féminines. La victoire de l’athlète a suscité une vive controverse, poussant la Fédération internationale de natation (FINA) à adopter, le 19 juin 2022, une politique plus restrictive concernant la participation des athlètes transgenres.
Cette nouvelle réglementation exclut les athlètes transgenres des compétitions féminines, à l’exception de celles ayant entamé leur transition avant la puberté masculine. Dans le but de pallier les exclusions à venir, la FINA a envisagé la création d’une épreuve dite « ouverte », pour les athlètes ne satisfaisant pas le critère précité. Cette catégorie peine toutefois à prouver sa pertinence, comme l’a illustré de manière flagrante la Coupe de Berlin en octobre 2023, où les épreuves de 50 et 100 mètres “ouvertes” ont dû être annulées faute de participants. Face à cette situation, Lia Thomas a porté son cas devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) en janvier 2024.
Cette bataille judiciaire autour de la question du genre rappelle celle de Caster Semenya, l’athlète sud-africaine assignée femme à la naissance et compétitrice dans la catégorie féminine.
Caster Semenya…©Nike
Exclue des compétitions en raison d’un taux de testostérone jugé trop élevé, Semenya a échoué devant le TAS et en appel, avant d’obtenir gain de cause en juillet 2023 devant la Cour EDH, qui a reconnu une atteinte à ses droits fondamentaux (Caster Semenya c. Suisse, 21 juillet 2023).
Tout comme Semenya, Lia Thomas pourrait, après épuisement des voies de recours, saisir la Cour EDH. Dans un tel contentieux relatif à la question trans, la Cour serait amenée à examiner, comme elle l’a fait pour Semenya, si l’exclusion des athlètes transgenres, perçue comme discriminatoire et portant atteinte à leur droit à la vie privée, repose sur des justifications objectives et raisonnables. En particulier, il s’agirait d’évaluer si un éventuel avantage physique attribué à ces athlètes pourrait légitimement justifier une telle exclusion.
La question de savoir si les personnes transgenres disposent d’un réel avantage dans certaines disciplines sportives est complexe et controversée, car elle ne peut être abordée de manière uniforme. Cette problématique s’inscrit dans la notion de « variabilité » propre aux disciplines sportives, chaque pratique reposant sur des exigences physiologiques et techniques spécifiques. Ainsi, l’évaluation d’un éventuel avantage ne peut être généralisée, mais doit tenir compte des particularités de chaque discipline.
Par ailleurs, les données biologiques et les analyses scientifiques sur la performance des athlètes transgenres demeurent extrêmement limitées. En réalité, à ce jour, aucune étude prospective ne s’est penchée sur l’évolution de la performance athlétique transgenre après une transition hormonale. De plus, de nombreuses études établissent « une fausse équivalence biologique entre le rôle de la testostérone dans le dopage et son rôle à l’égard des populations transgenres, notamment des femmes transgenres ». (« Athlètes transgenres féminines et sport d’élite : examen scientifique », E. Alliance Centre de recherche pour l’équité des genres en sport, 2021)
Les constats socioculturels doivent également être pris en compte. En effet, le sport féminin est généralement moins valorisé et bénéficie de ressources plus limitées par rapport au sport masculin. De surcroît, les femmes transgenres sont souvent confrontées à des conditions de vie marquées par une mobilité sociale descendante et des discriminations, notamment un accès restreint à certains espaces ou des expériences de marginalisation dans ces mêmes environnements (« Athlètes transgenres féminines et sport d’élite : examen scientifique », E. Alliance Centre de recherche pour l’équité des genres en sport, 2021).
Ces inégalités structurelles viennent accentuer la complexité des débats autour de la performance sportive, où la génétique n’est qu’un élément parmi d’autres. L’entraînement, la motivation et la maîtrise technique jouent également un rôle déterminant, chacun contribuant à compléter ce puzzle multifactoriel.
Si Valentina Petrillo, première athlète transgenre à participer aux Jeux Paralympiques de Paris en 2024, et Laurel Hubbard, haltérophile ayant concouru aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2021, incarnent des avancées symboliques pour l’inclusion des athlètes transgenres dans le sport international, ces exemples restent rares. Cette situation s’explique, d’une part, par les restrictions imposées par la majorité des fédérations sportives qui, comme mentionné précédemment, excluent souvent les athlètes transgenres des compétitions de haut niveau. D’autre part, elle s’explique par leur très faible représentation dans la population mondiale, estimée entre 0,1 % et 2 %, limitant leur présence sur la scène sportive internationale.
Ironiquement, les performances de ces athlètes trans, bien loin des podiums, tendent à calmer les craintes de ceux qui invoquent un prétendu « avantage compétitif » pour justifier leur exclusion.
Valentina Petrillo…©Facebook
Contrairement à de nombreuses fédérations internationales, celle de surf a opté pour une approche plus inclusive envers les athlètes transgenres. Désormais, les surfeuses assignées homme à la naissance peuvent participer aux compétitions féminines, à condition de respecter certains critères stricts. La principale exigence consiste à maintenir un taux de testostérone inférieur à 5 nmol/L pendant les 12 mois précédant la compétition. Cette politique a ainsi permis à Sasha Jane Lowerson de rejoindre officiellement les épreuves féminines
La problématique de l’inclusion des personnes transgenres dépasse le cadre strictement sportif et reflète les tensions sociétales entourant les identités de genre. Elle illustre les défis auxquels fait face une société encore attachée à des catégories traditionnelles et rigides, souvent considérées comme immuables, face à l’évolution vers une conception plus souple et inclusive des identités.
Ce débat s’inscrit dans un contexte global de polarisation, marqué par la montée des mouvements anti-trans, particulièrement exacerbée depuis la réélection de Donald Trump aux États-Unis. Dans ce contexte, le potentiel du sport à favoriser la démarginalisation demeure limité par des discriminations alimentées par des stéréotypes persistants sur les capacités physiques des personnes transgenres.
D'autres épisodes de "Dans les coulisses du sport au féminin"
Vous aimerez aussi…

Du haut de son 1,50m, Sandra Pétrus se présente comme « une femme accomplie, professionnellement et personnellement ».

Les Jeux Olympiques de 2024 à Paris s’annonce bien pour les Françaises. Parmi les jeunes championnes à haut potentiel, la joueuse de badminton en double dames ou mixte Delphine Delrue a toute sa place. Elle a déposé raquette et volant pour répondre à notre Q&A en vidéo.

Ils sont le sel de cet événement sportif planétaire. Les valeurs olympiques, l’hymne, la devise, la flamme, le serment, les anneaux, la langue, 7 emblèmes qui régissent les Jeux Olympiques, certains depuis l’Antiquité, d’autres depuis les JO modernes. Petite leçon d’histoire pour bien comprendre l’esprit olympique.

Elle a la tête sur les épaules, mais tutoie aisément les nuages. Sept fois Championne de France de saut à la perche, Marion Lotout poursuit sa belle carrière avec application et une grande passion qui devrait lui donner la parfaite impulsion pour s’envoler vers les JO de Tokyo. Rencontre avec une fille qui garde toujours la pe(r)che.

C’est désormais acté par le Comité international olympique : les JO sont décalés de plusieurs mois, « au plus tard à l’été 2021 ».

Alors que Pékin verra se mesurer les meilleurs para-athlètes de la planète à partir du 4 mars, ÀBLOCK! vous propose de jeter un regard dans le rétro avec l’histoire des premiers Jeux Paralympiques d’hiver qui ont eu lieu en Suède. C’était en 1976.

De Jeannie Longo à Pauline Ferrand-Prévot, en passant par les grandes premières olympiques ou les courses mythiques, ce quiz te propose de faire le tour de la question en 10 étapes. C’est pas le moment de lâcher le guidon !

Elles seront deux. Deux Françaises à porter fièrement les couleurs de l’équipe de France lors des épreuves de skateboard qui auront lieu le 25 juillet (street) et le 4 août (park) aux JO de Tokyo. Charlotte Hym et Madeleine Larcheron auront l’occasion de marquer l’Histoire des Jeux Olympiques en s’invitant sur le premier podium consacré à la discipline. Faisons les présentations.

Gym, saut à la perche et maintenant elle fonce sur la piste en s’entraînant au 400m qui lui redonne le plaisir du sport de haut-niveau. Sur ses crampons, Elina Giallurachis ne lâche rien. Elle répond à notre questionnaire de Proust à la sauce ÀBLOCK!

Mission : défendre les couleurs de la France aux Jeux Olympiques de Tokyo. Mathilde Gros, jeune prodige du cyclisme, s’alignera en Keirin et en vitesse individuelle au Japon. Son objectif : la médaille. Rencontre avec une petite reine qui a tout d’une grande.

Ce 16 mai, la piste historique des JO de 1900 sera le terrain de 650 enfants qui parcourront 2 024 mètres de toutes leurs fraîches guiboles. Le départ sera donné par la triple championne olympique d’athlétisme Marie-José Perec, rien que ça !

Pour sa première participation aux Jeux Paralympiques de Paris 2024, elle vise le podium. Tout simplement. Depuis des années, Lucie Hautière, 24 printemps, tape la balle par passion, elle qui s’entraîne sans relâche pour que le para tennis de table français vibre au son de la Marseille.
Abonnez-vous à la newsletter