Analia Pigrée La nageuse guyanaise qui porte les espoirs sur son dos

Analia Pigrée, la nageuse guyanaise qui porte les espoirs sur son dos
La marine bleue compte des torpilles de qualité dans son armada. Parmi les plus rapides, Analia Pigrée, une vraie fusée une fois le top départ donné. Championne d’Europe 2022, la nageuse guyanaise compte bien poursuivre sur sa lancée jusqu’au sommet du mont Olympe...

Par Quentin Haton

Publié le 27 mars 2024 à 17h17, mis à jour le 22 juin 2024 à 17h22

Dans le tableau vivant et aquatique de la natation française, un personnage singulier détonne par son parcours, aussi atypique qu’inspirant. Analia Pigrée, étoile de Cayenne, plonge très tôt dans l’univers de la natation. C’est sur le crawl et le papillon qu’elle fait ses débuts. Sa source d’inspiration est Malia Metella, vice-championne olympique du 100m nage libre à Athènes en 2004 et elle aussi originaire de Guyane. 

Le destin d’Analia Pigrée se dessine dans les eaux de Font-Romeu, sous l’œil expert de Philippe Schweizer. La nageuse quitte son cocon familial à l’aube de ses 15 ans. Un plongeon dans l’inconnu. Loin de sa Guyane natale, elle cherche, dans l’adversité des eaux métropolitaines, une résistance à la mesure de son ambition. 

©Analia Pigrée/Facebook

Très rapidement, elle se hisse au sommet, non sans changer de discipline, se métamorphosant en reine du dos crawlé. « Se transformer chaque jour », telle est la devise de cette championne, sculptant dans l’écume et les vagues son chemin vers l’excellence. 

Toutefois, son épopée n’a pas été sans remous. La saison 2021 s’ouvre sur une note damertume. Analia manque la qualification olympique pour Tokyo. Mais elle ne laisse pas ce contretemps freiner son élan. À Chartres, lors des Championnats de France, trois podiums nationaux la propulsent sur le devant de la scène.

La Guyanaise écrase le record de France du 50 m dos. Puis elle marque de son empreinte les bassins européens lors de sa première sortie internationale. Aux championnats dEurope de Kazan, Analia Pigrée récolte largent et le bronze. 

©Analia Pigrée/Facebook

La finale du 50 m dos aux Championnats du monde en petit bassin 2021 à Abou Dabi, aux Émirats arabes unis, est un spectacle de puissance et de grâce. Analia Pigrée termine au pied du podium. Mais elle brise la barrière des 26 secondes, un exploit inédit pour la France.

Six mois plus tard, elle traverse une épreuve douloureuse en raison d’une blessure à l’épaule, mais elle se jette dans l’arène mondiale, cette fois en grand bassin, à Budapest, pour en revenir auréolée de bronze. Une première historique pour la France sur cette distance. Analia Pigrée, la benjamine du podium, flirte avec l’or à seulement 9 centièmes de la fusée américaine et grande victorieuse des Mondiaux Katharine Berkoff. 

Le graal, elle l’acquiert dans la ville éternelle de Rome, lors des Championnats d’Europe 2022. La veille de la finale du 50m dos, la Française confie, un brin inquiète, qu’elle manque de sensation dans l’eau. Pourtant, le jour J, quelque chose de magique se produit. Alors que le coup de départ retentit, Analia Pigrée plonge dans la piscine avec une seule idée en tête : donner le meilleur d’elle-même. 

©Analia Pigrée/Facebook

L’exploit est immense. Non seulement elle domine ses adversaires, mais elle bat également son propre record de France, arrêtant le chrono à 27,27 secondes. Miss Pigrée s’offre ainsi son premier grand titre international. De l’inquiétude de la veille, il ne reste plus rien, balayée par l’exaltation de la victoire et la douceur d’un record battu.  

La nageuse sort de l’eau, le visage illuminé d’un sourire qui en dit long sur une joie sans limite. Analia Pigrée déclare avec cette humilité et cette fraîcheur qui la caractérisent : « Je fais le record de France, je fais mon meilleur temps… Premiers Championnats d’Europe, premier titre, c’est quelque chose de bien. J’espère pouvoir continuer comme ça. » 

©Analia Pigrée/Facebook

La championne du Canet 66 natation, qui s’entraîne toujours au CNEA de Font-Romeu, brille encore lors des Championnats d’Europe 2023 en petit bassin. Fidèle à sa réputation, elle décroche une médaille d’argent au 50 m dos. De bon augure à quelques mois des Jeux de Paris 2024. La Française a réalisé les minima sur le 100m dos.  

Analia Pigrée est une source d’espoir et de promesse pour l’équipe de France à l’horizon de ces Jeux. Sa discipline, le dos, n’est pas seulement une technique de nage, mais une métaphore de sa démarche : avancer en regardant le monde sous un autre angle, et toujours, malgré les vagues, malgré les tempêtes, rester fidèle à sa voie.

Avec son audace et sa ténacité, Analia Pigrée incarne l’esprit d’une natation française qui ose, qui innove, et qui, surtout, ne craint pas de nager à contre-courant. La Guyanaise, loin des rivages familiers, a déjà conquis les eaux internationales. Et ce n’est que le début, car elle est ÀBLOCK!  

©Analia Pigrée/Facebook

Vous aimerez aussi…

Margot Chevrier

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Des seniors gantées, le retour des VTT, une perchiste ambitieuse (Margot Chevrier sur notre photo), une réponse à une question musclée et l’ultra-trail qui se met au parfum ÀBLOCK!, c’est le meilleur de la semaine. Enjoy !

Lire plus »

JO 1928 : Lina Radke, l’athlète trop « disgracieuse » pour courir

Elle s’appelait Karoline Radke-Batschauer dite Lina Radke. Pionnière de l’athlétisme, cette Allemande qui courait comme un lièvre fut la première médaillée d’or olympique au 800m, mais aussi la dernière jusqu’en…1960. Après sa victoire, l’épreuve fut tout bonnement supprimée. Miss Radke avait manqué de grâce en franchissant la ligne d’arrivée…

Lire plus »
Aliya Luty

Un master d’Escrime 100 % féminin ? Touché !

Un tout premier Master d’Escrime 100 % féminin, c’est ce que propose la station-village de Vaujany, dans les Alpes. En collaboration avec le club d’Escrime Parmentier de Grenoble, elle organise un événement pour que les meilleures épéistes de France et du monde s’affrontent. À vos marques !

Lire plus »
Marie Marvingt, la pionnière du Tour de France

Marie Marvingt, la pionnière du Tour de France

Si on bouclait la (grande) boucle ? Alors que le premier Tour de France Femmes vient de s’achever, place à celle qui a été la seule, en 1908, lorsque les femmes n’étaient pas autorisées à participer au Tour de France, à s’engager sur cette course avec les hommes. Marie Marvingt se passera de permission pour prendre le départ de la plus renommée des compétitions cyclistes. L’Auvergnate, 33 ans, fera partie des trente-sept coureurs à venir à bout des cinq-mille kilomètres du parcours. Sans que son nom ne soit inscrit au palmarès.

Lire plus »
Nouchka Simic : « Quand j’ai passé la ligne d'arrivée d'un marathon pour la première fois, j’ai cru renaître. »

Nouchka Simic : « La première fois que j’ai passé la ligne d’arrivée d’un marathon, j’ai cru renaître. »

Elle a d’abord été rameuse et a pratiqué le sport à haut niveau. Avant de connaitre une période difficile, marquée par des troubles du comportement alimentaire. Nouchka Simic, nutritionniste, spécialisée dans l’alimentation des sportifs, entretient à présent un rapport pacifié au sport et à son assiette. Et vient en aide à toutes celles et ceux qui souhaitent suivre son exemple via les réseaux sociaux et son tout premier livre. Rencontre.

Lire plus »
Sarah Hauser

Sarah Hauser : « Le windsurf, c’est un mélange de peur, de chaos mais aussi de beauté. »

Ce petit bout de femme n’a pas froid aux yeux, même au creux de la vague. La windsurfeuse Sarah Hauser vient de faire une entrée fracassante dans le Guinness Book des Records après avoir dompté une vague de presque 11 mètres, la plus grosse jamais prise par une femme. Une étape plus qu’un aboutissement dans le parcours singulier de cette Néo-Calédonienne dont l’ambition est d’inspirer les filles qui n’osent pas se mouiller.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner