Il aura fallu attendre le dernier des quatre passages du col d’Èze, dimanche 9 août, pour connaître le nom de la gagnante. Sur la Promenade des Anglais, Demi Vollering a fait exploser la course en solitaire, laissant Katarzyna Niewiadoma Phinney à 1 minute et 18 secondes. Une victoire d’étape qui vaut un sacre : la Néerlandaise remporte son deuxième Tour de France Femmes, trois ans après le premier. Mais résumer cette édition 2026 à sa dernière étape serait lui faire injure. Car pendant neuf jours et 1 174,7 kilomètres entre la Suisse et la Côte d’Azur, le maillot jaune a changé d’épaules à cinq reprises, offrant l’un des suspenses les plus intenses de l’histoire de la course.
Tout commence en Suisse, où Lorena Wiebes s’offre le doublé à Lausanne puis à Genève, la Néerlandaise réglant à chaque fois le sprint du peloton. Sur la route de Genève, une attaquante de 20 ans se fait déjà remarquer dans la dernière difficulté du jour : Célia Géry, pour son tout premier Tour de France Femmes. On y reviendra.
Demi Vollering… ©A.S.O.-Billy_Ceusters
La bascule a lieu dans le Jura. Lors de la 3e étape, la Norvégienne Sigrid Haugset, 27 ans et petite nouvelle du World Tour, s’échappe seule à 90 kilomètres de l’arrivée à Poligny. Personne ne la revoit. Elle endosse le maillot jaune, avant de le céder dès le lendemain à Marlen Reusser, intouchable sur le contre-la-montre de Dijon : la Suissesse devient la première championne du monde du chrono à s’imposer sur l’épreuve, et la première coureuse de son pays à porter la tunique jaune.
Le vrai coup de tonnerre survient le lendemain, dans le Beaujolais. Sur les pentes du col de Durbize puis du mont Brouilly, Demi Vollering et sa FDJ United-Suez déclenchent une offensive qui scinde le peloton en deux. Résultat : trois échappées (Vollering, Reusser, Niewiadoma) filent vers Belleville, où Vollering règle le sprint. Mais la vraie perdante du jour se trouve plus loin sur la route : Pauline Ferrand-Prévot, tenante du titre, craque et concède près de trois minutes. Une désillusion qui ne va faire que s’aggraver.
Pauline Ferrand-Prévot… A.S.O. Pauline Ballet
Jeudi 6 août, coup de projecteur sur l’Ardèche et sur Célia Géry. Chez elle, entre Montbrison et Tournon-sur-Rhône, la championne de France électrise un public acquis à sa cause. Battue au sprint (5e), la jeune pousse de la FDJ United-Suez repart tout de même avec le prix de la combativité, sous une ovation. Pendant ce temps, c’est la Mauricienne Kim Le Court-Pienaar qui s’impose, sa deuxième victoire d’étape sur le Tour.
Puis vient le mont Ventoux. Sur les pentes du Géant de Provence, Katarzyna Niewiadoma part seule et ne sera plus revue, s’emparant au passage du maillot jaune. Demi Vollering et Marlen Reusser, elles, se sont neutralisées mutuellement, un attentisme qui va coûter cher à la Suissesse par la suite.
Kim Le Court-Pienaar… ©A.S.O.-Billy_Ceusters
Le sort de Pauline Ferrand-Prévot, lui, se scelle en coulisses. Trop diminuée pour prendre le départ de la 8e étape, la tenante du titre jette l’éponge, alors qu’elle pointait à la 14e place, à un quart d’heure du maillot jaune. Une sortie de route brutale pour celle qui portait, seule, les espoirs tricolores de podium.
Sur la route de Nice, samedi, Demi Vollering frappe une nouvelle fois, s’extrayant du peloton dans le Camin de l’Arieta à 6 kilomètres de l’arrivée pour reprendre le maillot jaune à Katarzyna Niewiadoma, avec seulement 8 petites secondes d’avance avant l’ultime étape. Marlen Reusser, décrochée ce jour-là, recule à la troisième place, à 1’12.
L’étape ne s’est pas terminée sans polémique. Katarzyna Niewiadoma a accusé Célia Géry de l’avoir gênée dans un virage au pied de la dernière difficulté, juste avant que Demi Vollering ne lance son attaque décisive. FDJ United-Suez a fermement démenti toute manœuvre intentionnelle, et le jury de course n’a prononcé aucune sanction. Demi Vollering et la Polonaise ont mis les choses au clair dès le lendemain matin, avant le départ de la dernière étape.
Célia Géry…©A.S.O.Gaetan Flamme
Le scénario final, on l’a dit, a souri à la Néerlandaise. Sur les pentes du col d’Èze, gravi quatre fois, Miss Vollering a placé l’attaque décisive, avant une descente solitaire jusqu’à la Promenade des Anglais. Un joli symbole pour celle qui avait déjà porté le maillot jaune en 2023.
Derrière Demi Vollering et Katarzyna Niewiadoma, la surprise vient d’Elisa Longo Borghini, qui grimpe sur la troisième marche du podium (UAE Team L’IMAD, à 4’29). Marlen Reusser, elle, vit un dernier jour cauchemardesque : décrochée au deuxième passage du col d’Èze, elle chute ensuite dans la descente et s’effondre au classement général, terminant 14e à plus de 25 minutes, loin du podium qu’elle occupait encore la veille. Antonia Niedermaier (Canyon//SRAM), 4e, remporte au passage le maillot blanc de meilleure jeune, devançant de peu Paula Blasi (UAE Team L’IMAD). Lorena Wiebes conserve le maillot vert de la meilleure sprinteuse avec 181 points, quand Puck Pieterse résiste jusqu’au bout aux assauts de Demi Vollering pour conserver le maillot à pois.
Puck Pieterse… ©A.S.O.-Billy Ceusters
Côté français, la satisfaction est venue de Cédrine Kerbaol, meilleure tricolore de cette édition avec une solide 6e place au général, la relève après l’échec cuisant de Pauline Ferrand-Prévot. Mais c’est bien Célia Géry qui restera l’image de ce Tour de France Femmes 2026 côté bleu-blanc-rouge : pour son tout premier Tour, la championne de France de cyclo-cross a multiplié les attaques, animé les étapes charnières et fait vibrer l’Ardèche entière le temps d’un après-midi d’août.
Cinq maillots jaunes, une championne fragilisée et une révélation tricolore : ce Tour de France Femmes 2026 restera comme celui de tous les rebondissements. Rendez-vous en 2027.
Cédrine Kerbaol… ©A.S.O.-Billy Ceusters
Ouverture Katarzyna Niewiadoma ©A.S.O.-Billy Ceusters