Il y a des moments dans le sport où quelque chose bascule. Pas un record. Pas une stats. Quelque chose d’autre, d’indéfinissable et d’évident à la fois. Ce quelque chose, il se passe en ce moment dans les stades où jouent les Bleues. Et si vous n’avez pas encore regardé, autant le dire sans détour : vous passez à côté.
Samedi soir à Clermont-Ferrand, le Marcel-Michelin affichait complet. Dans les tribunes, des gens qui criaient, qui se levaient, qui retenaient leur souffle. Sur la pelouse, des femmes qui plaquaient, qui refusaient de lâcher, qui puisaient dans des réserves qu’on n’imaginait pas. L’Irlande avait trois essais refusés. Le score était nul à la pause. La tension était réelle. Personne n’a quitté son siège.
C’est ça que le rugby féminin nous offre : du vrai. Pas de comédie, pas de temps perdu à se rouler par terre. Des joueuses qui jouent. Des femmes qui se coupent en deux pour leur équipe et qui sortent du terrain les larmes dans la voix : « Le public nous a donné du cœur », a soufflé Mathilde Lazarko au micro d’après-match. Pas de posture. Pas de calcul. Juste l’émotion brute de celles qui ont tout donné.
Alors oui, elles ont gagné. Mais ce n’est pas le score qui restera. C’est cette image d’un stade en fusion, d’un sport qui n’a plus rien à prouver sauf à ceux qui ne regardent pas encore. Le 9 mai, les Bleues se déplacent à Édimbourg pour affronter l’Écosse. Et le 17 mai, le choc final contre l’Angleterre à Bordeaux, Grand Chelem en ligne de mire. Le genre de rendez-vous qui se raconte pendant des années.
Alors on vous pose la question une dernière fois : vous serez où, le 9 mai ?