Aurélie Lévêque« Le short-track m'a permis d'apprendre et d'évoluer sur tous les plans. »

Aurélie Lévêque : « Le short-track m'a permis d'évoluer, sur tous les plans. »
Talent brut de la vitesse sur glace, la short-trackeuse Aurélie Lévêque, 24 ans, cumule les médailles avec l’équipe de France depuis ses débuts. Solaire, dynamique, passionnée, elle partage avec feu son épanouissement, patins aux pieds et Jeux Olympiques en ligne de mire.

Par Claire Bonnot

Publié le 29 janvier 2026 à 13h58, mis à jour le 29 janvier 2026 à 14h48

Tu es l’une des membres de l’équipe de relais féminin française qui vient de décrocher sa qualification pour les JO de Milan-Cortina. Une qualif’ historique puisque ce n’était pas arrivé depuis vingt ans pour le relais féminin français. Ça t’a fait quoi ?

Il faut savoir qu’avec les filles, on est vraiment allées jusqu’à la dernière course des sélections olympiques pour aller chercher cette place. Sur le moment, on était forcément encore un peu dans la pression parce qu’on était vraiment focus sur la finale face aux deux autres équipes contre qui on se battait. Notre course, on l’a menée d’une main de maître. On était devant avec les filles. Les deux filles des équipes adverses sont tombées et on a entendu notre coach sur le banc nous dire « Restez debout, il faut rester debout ! ».

On savait qu’en finissant deuxième de notre finale B, on avait mis assez de points pour aller qualifier le relais aux Jeux Olympiques 2026. Quand on a su, lorsque Cloé (Cloé Ollivier, ndlr) a passé la ligne d’arrivée, on s’est toutes fait un câlin. Les Italiennes – avec qui l’on s’entraîne à Bormio – étaient là aussi tout le long du process à nous encourager. Elles nous ont félicitées, c’était très joyeux tout ça. Ça formait une sorte de grande équipe.

Quel est ton rôle et ton énergie dans ce relais féminin ?

Moi, j’aime bien être à l’écoute des autres. Et je sais que même si je n’ai pas une grande carrière derrière moi, je peux aider les autres à comprendre quelque chose. J’aime donner des conseils. Comme on est une équipe assez jeune et que je suis la plus âgée, les filles sont un peu comme des petites sœurs pour moi. Dans le relais, je suis généralement sur le départ donc j’essaie de prendre une fille ou deux d’avance pour être bien placée aussi dans le peloton.

Les entraînements sont intenses, j’imagine, peux-tu nous raconter une journée type en tant que short-trackeuse de l’équipe de France ?

Ah oui, c’est du quotidien et deux fois par jour ! Après, le plus gros des entraînements, c’est-à-dire là où on va mettre le plus d’intensité, c’est surtout dans la période d’été. Sinon, tout au long de la saison, quand les compétitions commencent, on est plus dans le maintien de la forme physique donc on réduit l’intensité des entraînements même s’ils restent quand même durs. On démarre à 9h avec 1h15 d’entraînement sur la glace. Ensuite, on rentre pour la pause du midi puis petite sieste et rebelote avec l’entraînement l’après-midi à 14h sur la glace ou un entraînement en aérobie – vélo, course à pied – et on enchaîne avec de la musculation et les abdominaux.

Tu es athlète de haut niveau en short-track à seulement 24 ans. La petite Aurélie était déjà sur les patins ?

Eh bien non, moi, j’ai commencé par le judo. C’est ma mère qui en faisait jeune et elle a voulu nous y mettre avec mon frère et mes deux sœurs pour nous inculquer les valeurs de ce sport. J’ai été la seule à continuer, mais comme mon frère est parti faire du rugby, j’ai voulu tester. J’ai donc arrêté le judo et j’ai été sur le terrain du rugby pendant deux ans. J’ai commencé le short-track à l’âge de 9 ans. Après avoir rencontré la présidente de mon club actuel qui était aussi ma professeure d’EPS en primaire. Elle savait que j’étais assez sportive et elle m’a invitée à essayer le short-track. Et depuis, je n’ai jamais quitté les patins de vitesse.

Tu as donc connu ce sport grâce à ta prof de sport qui avait repéré tes capacités en quelque sorte ?

Oui, c’est ça, elle a été ma prof de sport mes deux premières années de primaire et elle me connaissait bien car elle était amie avec ma mère. Et puis, ma meilleure amie faisait du short-track aussi donc ça a aidé. J’avais les trois premiers entraînements gratuits pour essayer. Et, après ça, j’ai foncé ! Habitant à Grenoble, j’avais eu l’habitude d’être sur les patins à glace, on avait des initiations en primaire et j’allais un peu à la patinoire publique aussi avec mon frère et mes sœurs. Mais jamais je n’avais entendu parler du short-track !

Est-ce que tu avais déjà un rapport particulier au sport, c’est-à-dire une envie de performer, d’en faire à haut niveau ?

C’est vrai que j’ai longtemps persévéré dans le judo. J’en ai fait quand même pendant huit ans. Et côté rugby, je me donnais à fond, oui. Mais quand j’ai découvert le short-track, je n’avais pas cette idée de sport de haut niveau en tête. C’est plutôt en progressant au fur et à mesure et en voyant que je pouvais faire des compétitions à l’international que ça m’est venu. Mais de façon très naturelle. Je n’avais rien programmé. Quand tes efforts paient, ça t’encourage encore plus. Et quand, en plus, ton entourage fait tout pour que tu évolues, c’est un tremplin de plus. Ça donne vraiment envie de ne rien lâcher et de persévérer, oui.

Est-ce que tu peux me décrire avec tes mots ce qu’est le short-track ?

Pour faire simple, ce sont des courses sur la glace. Et le but, c’est clairement d’arriver premier sur la ligne. Il y a les courses en individuel et les relais, féminin ou mixte.

Quelle course préfères-tu ?

J’aime beaucoup le 500 mètres parce que c’est là où tu vas chercher le plus de vitesse. Mais c’est vrai que ces dernières années, je me suis un peu découverte sur le 1000 mètres. J’ai l’impression que j’ai la capacité de gérer la vitesse et la tactique en même temps, à savoir faire les dépassements. Du coup, c’est l’une des distances que j’aime le plus en ce moment. En fait, on commence ce sport pour performer en indiviuel mais quand tu découvres les relais, tu prends autant de plaisir voire plus car tu partages des moments inoubliables sur la glace avec tes coéquipiers et coéquipières.

Ressens-tu une différence entre le relais féminin et le relais mixte, le fait d’être exclusivement entre filles ou d’être mélangées avec les garçons ?

Le relais mixte et le relais féminin, c’est assez différent parce que du coup, tu n’as pas la même distance. Sur le relais féminin, il y a, au total, 27 tours. Donc, avec les filles, on fait 4 ou 5 passages. C’est quand même assez long et il y a ainsi plus d’observations, de tactiques mises en place et donc pas mal de dépassements parce que le but, c’est quand même d’arriver dans les deux premières pour passer au prochain round et finir première. Sur le relais mixte, ce qui est différent, c’est que c’est vraiment deux passages chacun. Donc, c’est vitesse à fond sur les deux passages. En fait, le relais mixte, en soi, c’est vraiment comme si tu faisais un 500 mètres toute seule où tu vas à fond tout le temps et où tu ne dois pas réfléchir.

Quand tu as débuté sur les patins, en course de vitesse, qu’est-ce que tu as tout de suite aimé ?

Ah moi, c’est vraiment la vitesse et la tactique ! Tu connais l’adrénaline à chaque dépassement parce que tu ne sais jamais si ça va passer. Et puis, il faut vraiment avoir une prise d’informations constante, ça c’est génial.

Tu t’es découvert des atouts assez vite pour ce sport ?

Je sens que j’ai vraiment de l’explosivité donc j’arrive à faire de la distance de vitesse. Mais je suis aussi endurante, ou, en tout cas, j’ai appris à l’être avec le temps. Du coup, j’essaie d’être un peu polyvalente sur toutes les distances. Surtout qu’aujourd’hui les meilleures courent les trois distances (500, 1000 et 1500). Donc, il faut être polyvalente.

Tu n’as jamais eu peur en short-track parce que tu vas jusqu’à 50 km/h sur une paroi glissante tout de même ?

Oui, forcément, parce que tu ne peux pas vraiment contrôler une chute et que tu peux vraiment décrocher d’un seul coup avec la glace. Il peut aussi y avoir un contact entre deux patineurs et on peut te tomber dessus. Et les lames restent assez tranchantes quand même. La peur, c’est de se prendre une lame au mauvais endroit. Mais bon, honnêtement, souvent, c’est plus de peur que de mal. En plus, en dessous de notre combinaison, on a une combinaison Kevlar, une matière qui permet de ne pas trop se couper, même si ça arrive quand même parfois.

Tu es une vraie fonceuse, à ce que je vois. Ça a été pareil dans ton ascension ? À 18 ans seulement, tu deviens championne de France U18 …

J’ai démarré le short-track à l’âge de 9 ans en club, j’ai fait des compétitions nationales, des Coupes d’Europe. Ça m’a permis de devenir meilleure, de courir contre d’autres personnes, de me mesurer au niveau d’autres pays. Et puis, j’ai été sélectionnée par la Fédération lors de stages. Je suis donc allée une première année à Font-Romeu au Pôle France, à l’âge de 15 ans, en 2015-2016. Mais suite à ça, ils ont décidé de réduire le nombre de personnes au Pôle. Ils ont donc renvoyé beaucoup de jeunes chez eux, dont moi. J’ai alors continué à m’entraîner dans mon club. Ma coach me soutenait dans ma voie, elle était là pour moi. Et à ce moment-là, j’avais quand même un groupe d’entraînement dans mon club donc ça m’aidait à garder le niveau.

Quand tu es sélectionnée au Pôle, qu’est-ce qu’on te dit de tes atouts pour le short-track ?

En fait, je suis du genre à persévérer dans ce que je fais et je suis très à l’écoute lors des entraînements. Je veux vraiment bien faire et évoluer. Ça se savait. La chance que j’avais aussi, c’est que l’une de mes coachs en club était aussi au pôle, elle m’a vite prise sous son aile.

À ce moment-là, tu te dis que tu veux en faire une carrière ?

J’ai envie d’être dans le haut niveau, oui. En fait, là-bas, tu apprends à t’entraîner davantage. Tu t’entraînes deux fois par jour et c’est pas le cas en club, où c’est du trois fois par semaine. Donc la différence est assez énorme.

Tu as donc vécu à l’internat très jeune, loin de ta famille, c’était comment ?

J’ai aimé ça parce que tu apprends à être plus autonome. Tu apprends à découvrir d’autres gens. Tu découvres le monde, un peu. Mais ça n’a duré qu’un an car après j’ai dû rentrer chez moi pour trois ans. J’ai donc continué à m’entraîner dans mon club, comme je le disais. C’est pendant ces trois ans que j’ai fait ma première sélection en équipe de France où j’ai fait le festival olympique de la jeunesse européenne (FOJE), en 2017. Puis, 2018, ma première sélection pour les championnats du monde junior et mon titre. C’est après, pour l’année 2018-2019 que j’ai postulé de nouveau pour rentrer au Pôle.

Comment tu avais été approchée pour intégrer l’équipe de France ?

C’est la Fédération qui propose les noms qui peuvent entrer et c’est par catégorie d’âge. Là, c’était justement pour la pré-sélection du FOJE et on était quatre filles à pouvoir y aller. Il s’avère qu’à ce moment-là, j’étais la meilleure, ça m’a donc permis d’être sélectionnée. Quand je rentre au Pôle, je suis en première. Je vis en internat pendant deux ans, le temps du lycée et, après le Bac, j’ai pris mon appartement à Font-Romeu. Et là, tu acquiers aussi pas mal d’autonomie, parce qu’il faut savoir gérer son temps, se faire à manger, tout ça.

En 2021, après ta première médaille à 18 ans, tu deviens championne d’Europe du relais féminin sur 3000m avec tes acolytes. Tu as 20 ans, c’est une médaille historique, la première fois que l’équipe de France monte sur le podium des mondiaux et, en 2025, tu es championne d’Europe du relais mixte. Qu’est-ce que ces victoires ont créées en toi ?

Ça a créé une sorte d’encouragement. Parce que tu vois que les efforts mis en place tout au long de ta carrière et tout au long de la saison ont payé. Quand tu restes régulière dans tout ce que tu fais, dans toutes tes routines. Ça te pousse encore plus à vouloir te donner sur chaque entraînement, sur ta récupération, sur le fait d’avoir une heure de coucher, une heure de lever, etc. Quand tu as cette médaille entre les mains, tu sais que tu travailles pour quelque chose en fait. C’est gratifiant et ça t’encourage à aller plus loin.

Tu as donc glissé vers les succès assez rapidement mais as-tu vécu une blessure ou un moment difficile qui t’a presque fait raccrocher les patins ?

Je suis rentrée au Pôle France en 2018, à l’âge de 16 ans et j’ai fait mon petit bonhomme de chemin jusqu’à mes premières médailles à l’international avec le relais féminin en 2021. On a fait championnes d’Europe et vice-championnes du monde. Et suite à ça, l’année d’après, c’était déjà mes premières sélections olympiques. Il y avait pas mal d’attente sur notre relais mais ça ne s’est pas du tout passé comme prévu. Cette année-là, pour les sélections olympiques, je sentais que physiquement, ça n’allait pas. Et je pense aussi qu’avec les médailles, j’avais été mise sous le feu des projecteurs et que je n’arrivais pas à gérer ça aussi jeune.

En décembre 2021, j’ai complètement craqué. En fait, je faisais un burn-out. J’en ai parlé aux coachs. Je leur ai dit : « Là, il faut que j’arrête, que je prenne une pause ». Six mois de pause m’ont fait le plus grand bien. En revenant, j’ai vraiment repris du plaisir à faire ce sport et à m’entraîner. Si je n’avais pas eu ce repos salutaire, j’aurais pu être dégoutée du short-track et arrêter définitivement. Et ce n’était vraiment pas ce que je voulais. J’ai pris la décision au bon moment. Après, quand j’ai repris, les coachs essayaient vraiment d’être aux petits soins avec moi, pour que je retrouve le plaisir de m’entraîner.

Est-ce que tu saurais dire aujourd’hui pourquoi tu as craqué ?

Comme la saison d’avant, j’avais fait les médailles avec les filles, j’avais beaucoup de pression pour les Coupes du monde sélectives pour les Jeux Olympiques. Et je ne me sentais vraiment pas assez au top physiquement : j’enchaînais des petites blessures qui m’empêchaient d’être à 100 % à l’entraînement. J’étais très souvent fatiguée. J’allais même parfois jusqu’à me poser la question de pourquoi je me levais, pourquoi aller à l’entraînement ? Je n’avais plus de plaisir à m’entraîner. Le cœur n’y était pas… Il fallait que je change cet état-là avant que tout explose. J’avais 20 ans, j’étais encore jeune pour une sportive de haut-niveau.

Comment tu gères ta santé mentale justement ?

Ce moment où j’ai perdu un peu les pédales, on avait quand même de la préparation mentale. Mais c’était plus en groupe. J’ai appris au fur et à mesure à travailler mon mental dans toutes les situations de course, en cas de défaites, des contre-performances. Ce qui m’a aidée ces derniers temps, c’est mon copain, qui est un ancien short-trackeur qui a été au Pôle France lui aussi.

Depuis que je suis avec lui, je ne me pose même plus la question de prendre un préparateur mental pour moi. Car il a une très bonne vision sur tout ça. Donc je travaille beaucoup avec lui. Il me dit que lorsque j’arrive en compétition, je dois être confiante. Car, de toute façon, les entraînements, je les ai déjà faits donc je sais que ma forme physique sera bonne au moment des compétitions. Il m’apprend à être vraiment plus positive là-dessus. Et donc à avoir ce mindset, cette rage de gagnante. Surtout quand tu n’es pas la favorite de la course : il faut quand même se dire que les autres filles ont peur de toi.

À quoi tu penses quand tu patines, qu’est-ce qui se passe dans ta tête quand tu es sur la glace ?

Généralement, sur les entraînements, je pense beaucoup à des points techniques que j’ai envie d’améliorer. En ce moment, par exemple, je travaille beaucoup sur le fait d’être plus compacte dans ma position parce que j’ai vraiment cette tendance à aller sur l’avant et sur l’arrière quand je patine. Et après, sur les courses, on a travaillé la tactique en amont avec le coach donc je suis plus dans ma course que dans ma tête même si mon esprit reste concentré.

Après, forcément, ça reste un sport où tout peut arriver, où l’on ne sait pas ce que les adversaires vont faire. Du coup, tu dois toujours t’adapter. Donc probablement changer de tactique en pleine course. Mon esprit est donc aussi dirigé vers la prise d’informations. Il faut anticiper, penser aussi aux potentielles fautes de tes adversaires et profiter de ça.

As-tu un rêve sportif ?

Bah, le rêve, je pense que c’est comme tout le monde, décrocher la médaille olympique. Forcément, c’est un peu le graal de toute athlète. Et ce serait encore mieux de le faire aux Jeux Olympiques à la maison en 2030.

Comment tu vois la suite pour toi ? Est-ce que tu fais des études en parallèle ?

Non, je ne fais pas d’études. Je me suis arrêtée au bac. En fait, je travaille beaucoup sur mes réseaux sociaux pour décrocher des contrats avec des sponsors. J’aimerais être payée pour faire mon sport. J’ai appris à m’exposer sur les réseaux sociaux pour aller chercher de la visibilité, des sponsors. Et les Jeux, ça m’aidera. J’essaie de sortir des vidéos tous les jours dans lesquelles je partage mon quotidien de sportive de haut niveau et où je parle de la discipline pour la mettre en avant. Parce que je trouve qu’elle est quand même assez spectaculaire et, pourtant, elle est très peu connue. Je montre qu’il y a de l’action, des dépassements, des chutes ! Ça peut peut-être donner envie à ceux qui me suivent et nous apporter de nouveaux licencié(e)s.

Comment tu fais concrètement pour vivre ?

On a quand même des aides en étant en équipe de France – on peut se faire rembourser du matériel qu’on achète, notamment l’Agence Nationale du Sport (ANS) qui donne une enveloppe financière d’aide à la Fédération qui dispatche ensuite. Et après, grâce aux réseaux sociaux, j’ai eu un petit partenariat avec une marque qui fait des boissons d’effort et de récupération. Ça aide aussi un peu.

Est-ce que tu as été inspirée par des sportives en particulier, que ça soit en short-track ou peut-être dans d’autres sports ?

J’ai vite été très fan du short-track dès que j’ai connu ce sport donc c’est ma première et ancienne coéquipière qui a été mon inspiration, celle avec qui j’ai fait la médaille de championne d’Europe et de championne du monde, Aurélie Monvoisin. Plus jeune, j’étais totalement fan d’elle. Je voulais être comme elle. Et puis, il s’avère qu’en grandissant, j’ai été sa coéquipière et j’ai décroché des médailles avec elle, ce qui est quand même incroyable.

Est-ce que, toi, tu as envie d’inspirer justement d’autres jeunes filles à se lancer dans ce sport ?

Ah oui ! Peut-être que voir ce que je fais – grâce aux réseaux sociaux, peut entraîner d’autres jeunes filles à vouloir se dépasser ou à vouloir encore plus progresser dans ce sport. Je leur dirais surtout de faire tout ça pour le plaisir, avant tout. Moi, c’est ce qui me pousse tous les jours même si c’est dur, même si parfois, on pleure. On prend du plaisir dans tout ça parce qu’on sait qu’à la clé il y a des compétitions, des challenges contre d’autres pays, d’autres filles qui veulent tout autant gagner que nous. Et qu’il faut donc se dépasser et persévérer parce qu’au bout d’un moment, ça finira par payer.

Est-ce que tu es du genre « superstitieuse » avant de rentrer sur le terrain, as-tu un rituel ou un grigri avec toi ?

Généralement, je fais toujours la même chose, je fais toujours le même échauffement. Après, je l’adapte selon si c’est de l’endurance, si c’est de la vitesse. Mais quand je me prépare pour aller sur la glace, je mets toujours le patin droit avant, je vais toujours m’habiller de la même façon, je vais faire mon chignon à tel moment et j’essaie toujours d’être la première sur la glace, surtout aux entraînements.

As-tu un mantra qui t’accompagne ?

Je n’ai pas vraiment de phrase fétiche mais pour moi, tout réside dans le fait de rester positif, même si ça va mal. C’est ce qui me permettra d’avancer et d’évoluer dans tous les cas. Il faut savoir passer à autre chose quand c’est négatif et se dire qu’il y aura d’autres entraînements, d’autres compets’, c’est comme ça. C’est le sport de haut niveau, il y a des hauts et des bas.

Si tu devais prendre du recul sur ta jeune carrière, tu dirais que ça t’a apporté quoi le sport de haut niveau, en tant qu’individu, et puis aussi en tant que femme ?

En tant qu’individu, je sens que ça m’a appris à être vraiment plus calme, à savoir gérer le stress, par exemple. Quand j’étais plus jeune, j’étais quelqu’un d’assez stressé. Je restais très souvent près de ma mère. Avec le temps et l’expérience, j’ai appris à être plus autonome, à avoir des responsabilités. Je dois clairement gérer mon projet sportif, ma carrière. Quand tu es sportive de haut niveau, tu apprends à évoluer en tant qu’être humain, mentalement, psychologiquement et physiquement aussi, tu sens que tu changes. Je me sens très épanouie quand je fais du sport.

En tant qu’individu et en tant que jeune femme, ça m’a appris à avoir plus confiance en moi. Le sport fera toujours partie de ma vie. Je n’arrive pas à vivre sans. Même quand il y a des jours de pause, je fais quand même du sport. D’ailleurs, j’ai découvert récemment, grâce à mon copain, une nouvelle discipline, l’Hyrox. J’ai trop envie de faire ça avec lui parce qu’en termes de dépassement, on est au top, c’est du lourd !

Est-ce que en tant qu’adolescente puis jeune femme, tu as pu avoir l’impression que tu te sacrifiais un peu pour ton sport ou pas du tout ?

C’est vrai que, parfois, on se pose la question, forcément. Parce qu’on voit certaines familles qui font des anniversaires, qui font les fêtes de fin d’année. Et toi, en fait, tu ne peux pas être là parce que tu dois t’entraîner. Moi, par exemple, je suis tata, ma petite sœur a eu un enfant. Mais je ne peux pas passer beaucoup de moments avec lui, je ne peux pas le voir grandir. Donc, j’essaie de l’appeler le plus souvent possible au téléphone.

Tu te dis que ce sont des moments que tu sacrifies. Mais tu sais que si tu fais ça de toi-même, ce n’est pas pour rien, c’est toi qui prends ta vie en main. Là, par exemple, je suis en Italie, donc je suis très loin de mon copain aussi. Je sais que je sacrifie des moments avec lui mais je sais aussi qu’il me soutient à fond dans mon aventure, tout comme ma famille.

  • Si vous voulez tout savoir sur le short-track et découvrir un talent brut de la vitesse sur glace, c’est par ici sur Instagram @aurelie_leveque
  • Le palmarès d’Aurélie Lévêque : Championne de France – U18 18 ans, Championne d’Europe 2021 en relais féminin, Vice-championne du monde 2021 en relais féminin, 5e aux championnats d’Europe sur 500m en 2025, Championne d’Europe 2025 en relais mixte. 

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