Cléopatre Darleux« On dit souvent que la retraite, c'est la petite mort du sportif. Moi, je ne ressens pas ça. »

Cléopâtre Darleux : « On dit souvent que la retraite, c'est la petite mort du sportif. Moi, je ne ressens pas ça. »
Elle est fraichement retirée des parquets et profite désormais de son temps pour s’occuper d’elle et de sa famille. À 36 ans, Cléopatre Darleux, gardienne emblématique de l’équipe de France de handball, savoure sa deuxième grossesse tout en suivant une formation pour devenir manager de club.

Par Sophie Danger

Publié le 19 décembre 2025 à 12h04

Tu as pris ta retraite sportive à la fin de la saison dernière. Quel goût a ce début de vie de jeune retraitée ?

J’ai arrêté ma carrière en juin dernier. Au début, j’étais en vacances, je ne me rendais pas trop compte de ce que ça allait être mais, quand la saison a repris, je me suis sentie bien, tout simplement. On dit souvent que la retraite, c’est la petite mort du sportif mais moi, je n’ai pas ressenti ça, du moins pour le moment. Je suis enceinte et il est vrai que ça aide à penser à autre chose, à avoir d’autres projets, j’ai également commencé une formation… Et puis, j’ai fini ma carrière sur une note super positive. Je suis contente de ce que j’ai fait pendant toutes ces années et je termine tout cela d’une belle manière, ce qui fait que je me sens épanouie.

©Cléopâtre Darleux

Ton quotidien qui, pendant des années, a été dicté par tes activités sportives, ne l’est désormais plus. Tu as du temps pour toi. Comment est-ce que tu l’es approprié ? Qu’est-ce que tu peux faire aujourd’hui que tu ne pouvais pas faire avant ?

Ça concerne surtout la vie sociale. Quand on est sportive de haut niveau, on a un planning hyper dense et on n’est jamais maîtresse de notre temps : il y a les entraînements en semaine, des matches tous les week-ends. Or maintenant, c’est moi qui fais mon planning et c’est chouette de pouvoir prévoir, je ne sais pas, un week-end par exemple. Pour tout dire, c’est même bizarre de se dire que j’ai le temps, que j’ai la maîtrise de mon temps, c’est quelque chose de chouette et que je n’ai jamais connu.

©Cléopâtre Darleux

Ce temps qui désormais t’appartient, est-ce que tu l’avais appréhendé avant ? Est-ce que ça a été vertigineux au début de ne plus vivre d’abord pour le hand ?

Non, parce qu’avant même d’arrêter, j’avais déjà d’autres choses à côté, une vie de famille avec mon mari et ma fille. Ma vie ne tournait pas uniquement autour du handball, même si c’était mon quotidien et que ça prenait énormément de place. Et puis, même si j’ai arrêté, j’ai toujours un rythme : je me lève à 7h pour emmener ma fille à l’école, je la récupère… Tout cela aide à être structurée, à ne pas se lever à pas d’heure tous les jours car on n’a rien. Je n’ai pas du tout de sentiment de mal-être, je ne me sens pas déboussolée.

©Cléopâtre Darleux

Le sens de ma question était plutôt de comprendre ce que ça te faisait de vivre désormais pour toi d’abord et non plus pour le hand avec les obligations, les contraintes que cela implique.

C’est vrai que maintenant, c’est moi la priorité même si j’ai décidé de prendre un peu de temps et de me mettre sur pause parce que la vie que j’ai vécue a été une vie à cent à l’heure et, là, l’objectif est aussi de souffler, de me poser et de prendre le temps de trouver ce qui m’anime au quotidien.

Je me suis malgré tout lancée dans une formation, j’ai officié en tant que consultante sur beIN Sports ce qui fait que ma vie est encore assez rythmée, mais c’est quand même beaucoup plus calme. Moi qui ai connu la vie de sportive de haut niveau, j’ai aussi ce côté hyperactif, ce qui veut dire que, quoi qu’il se passe, je ne ferai pas rien de mon quotidien mais, d’avoir le choix de me dire que c’est moi qui décide de ce que je fais, ça c’est cool.

Avec l’équipe de BeIN Sports…©Cléopâtre Darleux

Tu as tiré un trait sur la pratique du sport à haut niveau, pas sur le sport en lui-même. Comment on appréhende le sport quand on l’a toujours pratiqué à haut niveau et qu’il va désormais devenir un simple loisir ?

Pour moi, le sport, c’est vraiment un besoin, je sens que ça me fait du bien dans mon quotidien. J’ai pris conscience également que, pouvoir pratiquer tous les jours est vraiment une chance car, dans la vie quotidienne, il est souvent difficile de trouver le temps si on n’est pas bien motivée, organisée. Lorsque j’ai arrêté ma carrière, j’ai essayé d’aller faire du sport tous les matins mais, quand on a une activité professionnelle à côté, ça devient parfois complexe de trouver des moments pour ça et on se rend vite compte que ça fait deux semaines qu’on n’a pas pratiqué.

Mettre le sport dans mon quotidien fait partie des objectifs de ma vie d’après, je sais et je sens dans mon corps que c’est vraiment un élément clé de bien-être et de santé. Aujourd’hui, je suis dans mon huitième mois de grossesse donc j’en fais un peu moins, mais ce qui est certain, c’est que je vais m’orienter vers de la pratique loisir.

©Cléopâtre Darleux

Dans le handball ?

En ce moment, je fais de la course à pied parce que c’était plus simple niveau organisation, mais je suis ouverte à tout : je suis sportive et j’aime à peu près tous les sports. Je vais peut-être essayer de trouver une discipline pour pratiquer avec mon mari, ça nous permettra enfin de faire du sport ensemble ! Je ne suis pas fermée aux sports collectifs, pourquoi pas du volley, du futsal par exemple ou du rugby à toucher.

Je n’ai pas encore d’abonnement en salle, mais je trouve qu’un peu de muscu, c’est bien aussi même si dans le sport Co il y a une autre dimension, le collectif que j’aime beaucoup et que j’aimerais retrouver.

Et la compétition, même amateur, tu penses que tu vas y goûter de nouveau ?

Je vais faire du sport loisir, mais je vais quand même me donner à fond parce que j’aime ça. Ce sera la compet’ dans le loisir parce que j’aime gagner, mais je ne pense pas que j’irai chercher la performance. Ça va être le sport comme je ne le connais pas encore, pour prendre du plaisir, se dépenser… Ce sera un peu comme mon ancien quotidien mais sans les objectifs et la pression.

Passer à autre chose ça ne signifie pas ne plus s’intéresser à… Tu as travaillé pour beIN Sports pour le récent Mondial ? Ça t’a fait quoi de voir l’équipe de France en lice sans toi ?

J’étais consultante durant tout le mois de la compet’et j’étais à fond dedans. J’ai envie de continuer à rester dans ce milieu. En ce moment, je fais une formation à l’université de Limoges pour manager des clubs sportifs professionnels, ça me permet de garder un pied dans le sport et on verra par la suite où tout ça me mènera.

©Cléopâtre Darleux

Est-ce qu’il n’y a pas eu de moments où tu t’es dit que tu aurais bien aimé en être malgré tout de ce Mondial ?

Pour moi, ce chapitre de ma vie est vraiment terminé. Ce que j’ai ressenti n’a rien à voir avec les émotions qui ont pu me traverser lorsque je n’étais pas sélectionnée ou que j’étais blessée. Là, il n’y a vraiment pas eu d’affect. Je sens que j’ai tourné la page. Ça me fait plaisir de regarder les matches, d’échanger avec les filles, de pouvoir peut-être les aider, les conseillers si j’en ai l’opportunité, mais je n’ai aucune envie de retourner sur les terrains !

Ce qui signifie que le moment était le bon. Soigner sa sortie est souvent source d’inquiétude pour les sportifs de haut niveau, est-ce que, de ton côté, tu as muri cette décision longtemps avant de l’acter ?

Je m’étais dit que j’arrêterai après les Jeux de Paris or j’ai eu deux ans compliqués, notamment à cause d’une commotion cérébrale. Je me suis dit que j’allais repousser ce projet d’un an et faire une dernière saison en essayant d’être sur le terrain jusqu’à la fin. Il s’avère que j’ai fait une super saison et ça, c’était le top. Il n’en reste pas moins que l’arrêt de ma carrière était déjà au cœur de mes réflexions depuis deux ou trois ans.

©Cléopâtre Darleux

L’idée était de ne pas finir sur une frustration.

C’est exactement ça. J’ai eu une proposition pour revenir en équipe de France après les JO mais je n’avais plus envie. Je n’avais pas le sentiment d’avoir quelque chose à gagner en plus, pas forcément en ce qui concerne les titres, mais sur le plan personnel. Je trouve que ça aurait été plus de sacrifices qu’autre chose parce qu’il y avait ma famille qui est aussi importante pour moi.

Faire une dernière saison durant laquelle je me sens bien, je suis épanouie, ça oui, mais gagner un titre de plus, ce n’était pas quelque chose qui me motivait. J’ai vu tout ce que j’avais à voir et j’avais envie de passer à autre chose. Aujourd’hui, je le vois. Quand je regarde la compétition, ça ne m’attire plus. Je sens que j’ai déjà tout expérimenté et qu’il n’y a rien que je vais pouvoir apprendre de plus.

©Cléopâtre Darleux

Toi qui as longtemps incarné le poste de gardienne, tu as pu passer le relais sans aucun regret.

Il est vrai qu’il y a des filles qui arrêtent beaucoup plus tard, on a vu Katrine Lunde prendre part au Mondial et elle a 45 ans mais c’est un cas extrême. Ceci étant, chacun est différent. J’ai presque vingt ans de carrière et c’est surtout le côté familial, les générations qui passent… On sent, au bout d’un moment, qu’il faut laisser la place. Ce n’est pas une question d’âge, ça, on ne le sent pas, mais on sent quand même qu’on est complètement décalée.

C’est donc un arrêt ferme et définitif, rien ne pourrait te faire rempiler ?

Je vois beaucoup de joueuses qui font de petites piges ou qui reprennent après un arrêt, mais pour moi, ce n’est pas une volonté. Ceci étant, il ne faut jamais dire jamais, on ne sait pas ce qui peut arriver même si, aujourd’hui, ce n’est pas du tout ce que j’ai en tête.

©Cléopâtre Darleux

Cette nouvelle vie qui a débuté cet été est déjà bien chargée et notamment sur le plan personnel. Vivre une seconde grossesse sans la perspective de devoir retrouver son niveau et sa place après, ça change la façon dont on la vit ?

Ça change un petit peu en ce qui concerne les objectifs : je ne me mets pas la pression. Même si j’ai fait beaucoup de sport tout au long de ma grossesse, ça doit faire dix jours que je n’ai rien fait et ce n’est pas grave ! je n’ai pas cette peur de me dire qu’après, je ne reviendrai peut-être pas au niveau. Là, je vis ma grossesse à la cool. Même si j’étais assez détendue lors de la précédente, il y a une certaine sérénité parce que je suis déjà passée par là, parce que j’ai vu ce que c’était.

Ceci dit, j’ai envie, quand la petite sera là, de retrouver un corps d’athlète parce que je trouve que c’est bien pour l’estime de soi. Je sais que je vais reprendre une activité sportive et essayer de perdre tout le poids que j’ai j’aurais pris, mais sans la pression et c’est ça qui est appréciable.

©Cléopâtre Darleux

Tu évoquais la formation que tu suis actuellement, celle de manager générale au Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges. Tu n’es pas encore fixée sur ton avenir professionnel, mais ce sera dans le sport et dans une structure sportive quoiqu’il arrive ?

C’est l’intitulé de la formation, mais si je me suis engagée dedans c’est en premier lieu pour rester dans le milieu du sport parce que j’aime le hand et qu’il y a tellement de choses à faire que ce soit dans les clubs, la Fédération, la Ligue. Je voulais m’imprégner du milieu, me former avant de voir ce qui peut se présenter à moi comme opportunités, comme projets. Ça me plairait d’être dans un club et d’exercer en qualité de manager sportif.

©Cléopâtre Darleux

Pros, amateurs, hommes, femmes… peu importe ?

Je viens du handball féminin et c’est intéressant parce qu’il y a une belle marge d’évolution possible : il manque un peu de structures, il y a beaucoup d’hommes à la tête des clubs, des fédés ou des Ligues et ça me plairait d’essayer d’apporter quelque chose à ce niveau-là. Mais si ce n’est pas ça, ce sera autre chose. Je n’ai pas forcément un objectif précis, je ne me mets pas trop la pression, je verrai bien ce qui arrivera.

En octobre 2022, Cléopatre Darleux signait un livre très personnel sur sa vie, « Vivre selon ses valeurs comme Cléopatre Darleux » (éditions Leduc).

Ouverture ©Cleopatre Darleux/Facebook

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