
Julia : « Le trail, c’est une école de la vie, qui apprend à ne rien lâcher. »
Elle a découvert la course (presque) par hasard. Devenue accro aux chemins escarpés, Julia est aujourd’hui une fan de trails que rien n’arrête. Elle raconte.
Publié le 24 juillet 2023 à 14h53, mis à jour le 29 juillet 2023 à 12h53
« Le Tour de France, c’est cet air du pays que l’on respire même à son insu », écrivait Antoine Blondin. La grande boucle ne dure plus trois semaines mais bien quatre. Dans le sillon de l’effervescence populaire qui a traversé le pays depuis le début de ce mois de juillet, le dessin d’un nouveau tour se dresse à nos yeux. Le Tour de France est devenu pluriel et avec lui nos cœurs battent à l’unisson.
Si la ferveur des bords de routes nous met en joie, elle ne doit pas nous faire oublier que le Tour est avant tout une course cycliste. L’épopée des forçats de la route se poursuit sous les coups de manivelle des forçates. 154 femmes se sont élancées le 23 juillet pour la première boucle étape, Clermont-Ferrand — Clermont-Ferrand, longue de 124 kilomètres.
Cette année, le Tour de France fête ses 120 ans et avec lui, dans le centre de Clermont-Ferrand, la statue de Vercingétorix de la place de Jaude. Le glaive haut, dressé sur un cheval cabré, la gloire triomphante avec à ses pieds ce soldat romain, Vercingétorix nous rappelle qu’il n’y a pas de célébration sans bataille, d’éclats sans sacrifice et de succès sans courage. C’est sous les yeux du chef des Avernes que les coureuses ont pris la route.
La longue attente du départ rompu, les jambes affûtées entrent en danse et se meuvent sous la houlette des voitures des directeurs sportifs. La mythologie moderne, c’est la rencontre des corps à l’effort face au progrès technique des machines, rigides et impardonnables.
Une modernité sertie de doutes lorsqu’au kilomètre 112, le pied de la côte de Durtol se présenta face aux coureuses. Répondre présent, ne pas manquer le moment, être dans le faire plutôt que dans le penser à faire.
Lotte Kopecky…©ASO/Thomas Maheux
La petite reine du jour, celle qui ira chercher le premier maillot jaune a pour nom Lotte Kopecky. La Belge ne le sait pas encore, mais elle va remporter la première étape du Tour de France Femmes, ce dimanche 23 juillet. Au prix de quels efforts ? Si on imaginait un instant ce qu’il se passe dans sa tête, dans son corps, ça donnerait peut-être ça :
« À l’abri dans les roues de la meute qui fend l’air à vive allure, tapie dans l’ombre, je me fais oublier et j’use de l’aspiration de ces louves en ordre de marche. Mes mouvements sont mesurés, sous contrôle, et la patience accompagne ma détermination. La pente s’élève sous nos roues et je sens mon cœur qui s’accélère. Je maîtrise mon art sous l’aide millimétré de mon capteur de puissance. J’ajuste ma cadence, comme celle du tourneur à musique, lorsque le papier entre et sort de la machine. Je suis un métronome, sans demi-mesure, sans temps mort, j’enroule et je déroule ma partition. Les fourmis me montent. Je l’avais dit aux filles ce matin dans le bus. La stratégie était là, couchée sur le papier. Mais je sais trop bien que l’acharnement ne trouve pas toujours récompense.
Pourtant, je sens qu’aujourd’hui est mon jour. “La tête et les jambes. La tête et les jambes.” Il reste à peine 400 mètres pour rejoindre le sommet de la côte et, en un battement, mon instinct s’empare de moi. Ma rage surgie, je m’élève sur les pédales et je ne suis plus qu’une avec mon vélo. Un mètre, deux mètres, trois mètres. L’enveloppe de la masse compacte dans mon dos s’éloigne. J’assigne un léger coup d’œil par-dessus mon épaule pour me rassurer. Penser ne suffit plus, c’est ce supplément d’âme qui parle. »
Lotte Kopecky…©ASO/Thomas Maheux
« Mes muscles brûlent, j’ai le souffle court et c’est un combat psychologique que je mène à présent. Je bascule en tête dans la descente. Je deviens la funambule de mes ambitions. Comme Philippe Petit, je sais que le chemin entre les deux tours est long : 9,4km, c’est la distance qui me sépare de ma tour d’arrivée. Je descends comme une caisse à savon et derrière moi en chasse patate fonce l’armada des équipes adverses.
Dans l’oreillette, Lars Boom, mon directeur sportif me braille “Come on Lotte, you got this”. Je me rappelle à mes souvenirs heureux du Tour des Flandres, j’y puise l’assurance de mon savoir-faire. Dans ceux du décès de mon frère Seppe, le courage de vivre à la hauteur de mes rêves. Ce soir, je suis en jaune. Je suis la première fleur de juillet. »
Lotte Kopecky écrivait sur son Insta, le 13 juillet, « Wherever life plants you, bloom with grace » (Où que la vie te plante, fleuris avec grâce).
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