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Marjorie Delassus et Camille Prigent  « Aux Jeux Olympiques, on sera là l'une pour l'autre, pour se soutenir et partager nos émotions. »

Les 2 Insta bis
Elles sont amies et sont parvenues, toutes deux, à décrocher leur place pour Paris 2024. Marjorie Delassus et Camille Prigent tenteront de se hisser sur la première place du podium olympique de slalom canoë monoplace pour l’une et de slalom kayak monoplace et kayak cross pour l’autre. Rencontre avec deux filles qui aiment les remous et l’eau vive.

Publié le 04 juin 2024 à 11h22, mis à jour le 04 juin 2024 à 14h35

Marjorie, tu as 25 ans et dix-sept années de pratique de canoë et de kayak derrière toi. À l’époque, tu habites Bourg-Saint-Maurice et, un jour, tu participes à une journée découverte au club La Plagne Eaux vives dans le cadre de l’école. Est-ce que c’est une journée que l’on peut qualifier de fondatrice dans ton parcours ?

Marjorie Delassus – J’ai effectivement commencé à l’école avec mon institutrice de l’époque.  La première fois, c’était une initiation et je m’en rappelle très bien. C’était sur le plan d’eau de Mâcon, j’étais avec ma petite sœur Natacha. Je me souviens d’un jeu que l’on avait fait, un jeu que l’on appelle le jeu du radeau : tous les bateaux étaient côte à côte et le but c’était de marcher sur la plus longue distance sans tomber dans le lac.

On avait adhéré au fait que ce soit un sport hyper ludique, un sport un peu famille, on avait également vraiment adhéré à l’ambiance. Par la suite, on s’est inscrite toutes les deux au club et nos autres frères et sœurs, les deux plus jeunes, nous ont suivies quelques années plus tard.

©Romain Bruneau

Camille, toi tu as 26 ans et tu es issue d’une famille de sportifs de haut niveau, tous dans ta discipline, même ta cousine, Romane, avec qui tu remportes l’or en K1 par équipes aux Europe de slalom en 2022. Lorsqu’on grandit dans une famille comme la tienne, est-ce que l’on se sent libre de choisir une voie différente ?

Camille Prigent – Moi, j’ai commencé par de la danse et de la gym. En ce qui concerne le kayak, j’ai testé durant une année parce que j’ai baigné dans ce milieu depuis toute petite mais, au début, je n‘ai pas trop aimé.

Par la suite, on a fait pas mal de stages durant l’été avec la région Bretagne. Je m’y greffais dans le sillage de mes parents qui, eux, les encadraient. Ça se passait dans les pays d’Europe de l’Est – l’Allemagne, la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénieon allait de bassin en bassin, on passait la journée sur l’eau et on le soir, on campait, c’était super fun, j’adorais cette ambiance et c’est ça qui m’a fait continuer le kayak.

©Romain Bruneau

Et toi Marjorie, tu as également pratiqué d’autres sports ?

Marjorie Delassus – Oui, j’ai fait beaucoup, beaucoup de ski parce que j’ai grandi en Savoie. J‘ai également fait un peu de judo, de la danse aussi pendant une année mais ce n‘était pas trop mon truc, et puis pas mal de vélo, de sorties en rando… Surtout des sports de pleine nature en somme. 

Tu n’as jamais eu envie d’aller plus loin en ski ?

Marjorie Delassus – Je me suis longtemps questionnée à rentrer au club de ski, tous mes copains en faisaient et, finalement, je crois que j’avais envie de faire un truc un peu différent et d’essayer quelque chose qui serait un peu mon truc à moi.

Marjorie Delassus

C’est ça qui t’as donné envie de poursuivre dans cette voie toi aussi Camille ?

Camille Prigent – Je pense que, comme je me suis fait des amis au kayak, c’est ça aussi qui m’a fait accrocher. J’avais envie de les retrouver sur les week-ends de compétition, sur les stages. Au début, c’était plus pour le côté ambiance, mais j’aimais aussi déjà beaucoup la compétition donc je pense que ces deux facteurs ont joué.

C’est vrai qu’en ce qui concerne le sport en lui-même, c’est dur quand on est petit, qu’il fait froid l’hiver et qu’on n’est pas très bien équipé mais tout cela ça passait à partir du moment où je me suis éclatée dans ce milieu. 

Camille Prigent

Il va y avoir un évènement qui va te conforter dans ta voie Marjorie, c’est votre déménagement avec ta famille à Pau où tu vas trouver une structure le Pau Canoë Kayak Club Universitaire – qui va te permettre de poursuivre tes activités en eau vive 

Marjorie Delassus – Ma maman a été mutée dans le Sud-Ouest et c’est à ce moment-là qu’avec mes frères et sœurs nous lui avons dit que nous voulions vivre à Pau. Pau, c’est un peu la Mecque du canoë-kayak, c’est là qu’est le club de Tony Estanguet.

À cette époque, on commençait tout juste à faire de la compétition et à nous projeter doucement vers le haut niveau, tout cela nous faisait rêver forcément ! Ma mère a donc accepté de faire un sacrifice pour nous : elle était mutée à Toulouse et, tous les jours, elle faisait les allers-retours Pau-Toulouse pour que puissions, nous, vivre notre passion.

©Bence Vekassy

Camille, à quel moment a eu lieu la bascule entre pratique de loisir et une pratique plus orientée vers le haut niveau ?

Camille Prigent – Lorsque j’étais en 3e, j’ai intégré le CED, le centre départemental d’entraînement, et j’ai commencé à m’entraîner un peu plus sérieusement : ce n‘était plus les deux fois par semaine avec le club, j’ai commencé à venir sur des séances avant et après mes cours quand mon emploi du temps me le permettait tout en sachant que mon collège n’était pas du tout à côté et qu’il me fallait faire pas mal d’allers et retours en bus.

L‘année suivante, je suis rentrée en pôle espoir à Cesson et là c’était deux entraînements par jour, et puis j’ai décroché ma première sélection en équipe de France junior quand j’étais cadette ce qui a été, je pense, un petit déclic. J‘adorais ce mode de vie : on prenait nos vélos entre le pôle et le lycée, on allait sur l’eau avant d’aller en cours, on était toujours à bloc et on ne s’arrêtait pas de la journée.

©Romain Bruneau

En franchissant ce cap entre loisir et pratique sérieuse, vous n’avez jamais eu la sensation que ce qui était pour vous, au départ, un amusement devenait peu à peu une obligation et donc quelque chose de plus contraignant ? 

Marjorie Delassus – En ce qui me concerne, lorsque j’étais en pole espoir, j’étais encore très jeune, encore beaucoup dans l’insouciance et il y avait beaucoup d’envie. J’allais à l’entraînement parce que ça me faisait délirer, j’étais avec mes potes, j’étais toujours motivée à 200 %, ce qui fait que je me demande parfois maintenant comment j’arrivais à tenir ce rythme ! 

Il fallait s’entraîner, aller au lycée, suivre les cours, faire les devoirs en rentrant… mais quand tu es dans ce rythme, l’ambiance est tellement porteuse que, pour ma part, je n‘ai jamais ressenti d’obligation, je ne me suis jamais mis de pression par rapport aux résultats, c’était uniquement de l’envie.

Camille Prigent – Moi, c’est pareil que « Marj ». J‘ai vraiment ce souvenir de l’ambiance en pole espoir c’est trop l’éclate : tu es dans une classe avec plein de sportifs, tu es avec tes potes toute la journée. Pour moi, au début, c’était un peu comme être en stage toute l’année et c’était juste un régal. Je n‘ai jamais eu l’impression de me forcer même si, oui, par moment, c’était dur car on se levait tôt le matin pour aller s’entraîner, parfois de 7h à 8h avant que les cours ne commencent à 8h30 mais le kayak était tellement une passion qu’en plus, pratiquer avec ses amis, ça passait toujours bien.

Marjorie Delassus C’était tellement un rêve de rentrer en pole espoir, c’était tellement un objectif que moi non plus je ne me disais jamais que c’était dur, c’était que du positif.

©Romain Bruneau

Camille, tu fais tes premiers pas en équipe de France en 2013 et tu vas commencer à collectionner les distinctions : tu es sacrée championne olympique de la jeunesse en 2014, championne du monde des moins de 23 ans en 2018 et championne du monde senior par équipe en 2018. Elles valident quoi ces premières récompenses ?

Camille Prigent – Elles sont toutes différentes les unes des autres. En 2013, lorsque je décroche ma première médaille en Championnat du monde, je ressens de la fierté parce que c’était ma première course sur le circuit international avec les juniors et je ne pensais pas faire cette performance. Quand on goûte à cela on a encore plus envie de retourner à l’entraînement afin de revivre ce genre de choses.

Ce que je retiens de ces titres aussi, ce sont tous les moments de partage avec l’équipe. En 2018, par exemple, quand je gagne les Mondiaux, j’ai encore le souvenir de tout le monde qui vient me checker à l’arrivée, celui d’avoir fêté ça avec mon frère et mon père qui étaient là Il y a de la fierté bien entendu, mais il y a aussi tous ces moments d’émotions, d’euphorie après la course que l’on ne retrouve dans aucune autre situation de la vie, ça n’arrive qu’en sport. 

©Romain Bruneau

Marjorie, ta première en équipe de France, c’est en 2016 et toi, tu joues sur les deux tableaux parce que, deux ans plus tard, tu es sacrée en moins de 23 ans en K-1 par équipes aux Europe et l’année suivante, tu deviens championne d’Europe en C1, catégorie moins de 23 ans, le titre par équipe est pour toi également tout comme celui de K1 par équipe. Comment fait-on pour performer dans deux spécialités qui ont des spécificités très différentes ?

Marjorie Delassus – De manière générale, les gens choisissent en effet l’une ou l’autre des embarcations et il est vrai que chacune a des spécificités qui lui sont propres mais, pour ma part, j’ai toujours eu du mal à me décider parce que j‘ai toujours aimé le kayak plus que le canoë. Le canoë, c’est super dur quand on débute, ça demande beaucoup de force et quand on est une fille, il est difficile de faire avancer son bateau.

Ceci étant, comme j’étais aussi performante en canoë, je menais les deux de front et je pense que cette polyvalence, ça m’a apporté plein de choses :  j’ai pris de l’expérience en compétition et les deux bateaux m’ont servie à m’améliorer dans l’une et l’autre discipline.  Maintenant que je suis sélectionnée en canoë pour les Jeux Olympiques, je me focalise un peu plus sur cette spécialité, mais je pratique encore le kayak pour le plaisir.

©Romain Bruneau

Quand et comment vous êtes-vous rencontrées toutes les deux ?

Camille Prigent – Assez tard finalement. On a fait des stages juniors ensemble mais, même si on est de la même génération, pour ma part, j’étais plus avec les gens de 96/97 et « Marj » avec les 98/99. On ne se souvient pas trop d’avoir traîné ensemble lors de ces occasions, on ne se souvient pas trop de l’une et l’autre

Les premiers souvenirs que j’ai avec « Marj », c’est en 2018 aux Mondiaux lors desquels j’ai été sacrée championne du monde des moins de 23 ans. On était dans la même chambre et dans la même équipe de kayak avec ma cousine, c‘est à cette occasion que j’ai appris à la connaître et ce sont de bons souvenirs parce qu’on s’est super bien entendues direct.

©Instagram

En canoë et en kayak, il y a un versant solo et un versant par équipe mais on ne choisit pas ses coéquipiers. Entre vous, visiblement, il y a une alchimie personnelle mais aussi une alchimie sur l’eau. Elle consiste en quoi ?

Marjorie Delassus – Ce que ce que j’adore chez « Cam », et ce qui fait aussi que ça fonctionne entre nous, c’est d’abord son énergie. Elle est toujours de bonne humeur, toujours motivée pour aller de l’avant, elle a soif d’apprendre. Il y a toujours une ambiance hyper dynamique aux entraînements parce qu’elle a la frite sur l’eau et que ça donne envie de se surpasser avec beaucoup d’humilité Après, c’est quelqu’un de très équilibré sur leau, de très légère et moi qui ai une navigation un peu plus « olé, olé », j’essaie de m’inspirer de son calme, de son équilibre, de la simplicité avec laquelle elle réalise des figures difficiles.

Camille Prigent – « Marj » a toujours la balle d’énergie. Je dis parfois que c’est un petit rayon de soleil parce quelle est souriante, partante pour tout et c’est génial de partager son groupe d’entraînement avec quelqu’un comme elle. Il n’y a pas un jour qui se passe sans qu’on rigole, sauf peut-être en ce moment parce que les entraînements sont vraiment durs et encore, on trouve toujours matière à rire.

Pour ce qui est de Majorie sur l’eau, je dirais que son côté un peu « olé-olé » comme elle dit a à voir pour moi avec l’utilisation qu’elle fait du bateau, des mouvements d’eau pour toujours accélérer. C’est ce que j‘adore dans sa navigation. Et puis « Marj » n’a jamais peur d’essayer des choses nouvelles, elle va se lancer sans trop réfléchir parfois, mais c’est aussi ce qui fait sa force parce que, comme ça, elle progresse et elle passe des caps.

©Armelle Courtois

Vous validez votre association sportive en 2020 en décrochant l’argent en kayak monoplace par équipe avec Lucie Baudu lors des Europe de Prague. Cette médaille, ça a été un moment charnière dans votre amitié ?

Marjorie Delassus – Pour moi, il y a eu deux titres par équipe qui ont été beaucoup plus marquantset notamment, celui des Championnats du monde jeune en 2019. On était avec Romane, la cousine de Camille, et dans l’équipe, on était hyper fusionnelles. Je pense que l‘on avait envie d’aller chercher le titre pour la médaille mais aussi pour nous, notre équipe.

C’était hyper porteur et ça m’avait vachement plus marqué que la médaille de 2020 parce qu’il y avait énormément de motivation d’équipe et que la force du collectif était hyper importante.

Camille Prigent – Pour moi, il y a eu aussi 2019. « Marj » avait rejoint l’équipe kayak parce qu’il y avait eu des petits changements dans les règlements ce qui fait que Lucie Baudu n’avait pas le droit de faire et kayak et canoë pour des histoires de quotas olympiques. Avec « Marj», on avait partagé notre chambre aux Mondiaux de Seu et je me souviens que ça avait direct matché. On n’avait pas ramené de médaille mais ça avait été une belle semaine de compétition.

©Instagram

En 2021, il y a les Jeux Olympiques de Tokyo, Marjorie tu te qualifies, Camille, toi, le billet t’échappe. Comment avezvous vécu ce moment et en quoi votre amitié vous a aidées ?

Camille Prigent – Pour moi, ces sélections ont été un moment difficile parce que je savais que j’avais quelque chose à jouer mais j’étais passée complètement à côté de de toutes les finales. J‘y avais cru jusqu’au dernier jour parce que rien n‘était fait jusqu’à la dernière course et si je la gagnais, ça pouvait encore le faire, mais ça n’a pas été le cas.

En revanche, j’étais super contente pour « Marj ». En ce qui me concerne, j‘ai vite basculé sur l’objectif de Paris 2024 et, assez vite, je pense qu’on a eu toutes les deux ce petit rêve d’y participer ensemble. Maintenant qu’on est sélectionnées, c’est une bonne première étape de franchie.

Marjorie Delassus – Pour moi, ces Jeux de Tokyo, ce n‘était que du bonheur, une expérience de dingue emmagasinée pour préparer la suite. J‘étais outsider à ce moment-là et je les ai appréhendés avec insouciance et beaucoup de motivation. Je ne m’étais pas vraiment mis d’objectif, rentrer en finale c’était déjà un truc super truc. J‘ai terminé 4e, c’était une grosse performance pour moi et j’ai eu zéro regret de rester au pied du podium parce que j’avais donné mon meilleur le jour J et que les autres avaient été plus rapides.

Avec « Cam », à ce moment-là, on était déjà très amies mais on ne s’entraînait pas ensemble et il y a eu un petit moment de bascule à partir du moment où on a eu le même entraîneur et où on a été au quotidien à l’entraînement en même temps. On s’est un peu fait ce pari et lancé ce défi de se qualifier toutes les deux pour Paris, c’était un peu notre rêve, on en parlait parfois.

Camille Prigent – Je me souviens que quand « Marj » était aux Jeux de Tokyo, on était en stage à Prague avec notamment ses deux sœurs. On était toutes dans le même Airbnb et ils diffusaient les courses sur un écran géant au bassin de kayak. Tous les matins, on y allait super tôt à cause du décalage horaire et c’était super intense de regarder ses courses avec ses sœurs qui étaient archi stressés. C‘étaient des bons moments et, même si on n’était pas là-bas, on a vécu l’expérience à fond derrière elle.

©Romain Bruneau

Marjorie, à Tokyo tu es alignée en canoë, une nouvelle épreuve féminine qui remplace le canoë biplace masculin pour aller vers plus de parité. Est-ce que le fait de supprimer des épreuves est la bonne recette pour tendre vers moins de différence de traitement entre hommes et femmes ?

Marjorie Delassus – Je ne sais pas si c’est la bonne recette mais, pour moi, c’était une grande fierté d’être la première à représenter la France en canoë. C‘est une avancée qu’il y ait désormais la parité sur les épreuves de canoë slalom et je suis hyper contente que ça aille dans ce sens-là même si, bien sûr, je pense que ça aurait pu être fait plus tôt.

Le canoë est une discipline que l‘on a longtemps pensé non adaptée pour les femmes comme s’il y avait des contre-indications anatomiques qui ne leur permettaient pas de pratiquer alors que ce n‘est pas du tout le cas. On a pris un peu de retard là-dessus mais maintenant, j’espère que, quand les petites filles me voient pratiquer le canoë, elles se disent que c’est à leur portée aussi et quil n’y a aucune raison qu’elles ne puissent pas en faire.

Camille Prigent – Ça me rend fière que la France soit le premier pays à proposer des Jeux paritaires, je trouve que c’est la base et ça montre quon va dans le bon sens. Ça aurait pu arriver plus tôt mais c’est une belle avancée.

©Romain Bruneau

Ce rêve de participer ensemble aux Jeux Olympiques de Paris est désormais une réalité. Quels ont été vos sentiments lorsque vous l’avez appris ?

Camille Prigent – Les sélections ont été un moment particulier : on avait quatre courses, il y avait slalom et kayak cross aux Championnats du monde de Londres et à la Coupe du monde de Vaire-surMarne, ce qui fait qu’à chaque fois, il y a eu des ascenseurs. Je me souviens d’un moment à Londres où on n’allait plus très bien. « Marj » était passée un peu à côté de sa finale, moi de ma demie et je n‘étais même pas en finale en slalom. Après, en kayak cross je suis allée chercher une médaille donc ça a un peu reboosté notre groupe mais en même temps, « Marj » avait loupé une bouée sur la course…

À Vaire, lorsqu’on était toutes les deux en finale et qu’on est allée chercher la 4e place pour « Marj » et la 5e pour moi, on sentait quand même que c’était en train de tourner dans le bon sens pour nous. On n’était pas euphoriques parce qu‘on n’était pas sûres encore de la sélection mais ça sentait plutôt bon et d’ailleurs, ma mère nous avait offert des petits bobs Paris 2024 parce qu’elle croyait en nous

Marjorie Delassus – Pour moi, c’est pareil. La saison a été longue et il y a eu beaucoup de revirements de situation. Ça n’a pas été facile pour nous deux mais on est allées chercher notre sélection jusqu’au bout. Je me rappelle un moment hyper marquant pour moi : après la médaille de Camille aux Mondiaux, mon entraîneur est venu me voir et m’a prise entre quatre yeux en me disant : «, c’est à vous de décider ce que vous voulez faire de votre vie. C‘est la dernière ligne droite, il faut se ressaisir, peu importe ce qui s’est passé, vous vous êtes préparées, vous êtes les meilleures donc allez-y ! ». C‘était hyper fort et quand on s’est vues ensuite avec Camille, on s’est dit qu’on n’avait plus le choix, qu’il fallait aller chercher de belles perfs le week-end d’après si on voulait gagner notre ticket. À l’annonce de notre sélection, j’ai ressenti plutôt du soulagement mais après, ça a été un peu l’euphorie lorsqu’on a imaginé l’aventure qui nous attendait.

Camille Prigent – Quand on a eu l’annonce de notre sélection, on n’a pas trop réalisé mais juste après, la petite sœur de « Marj » nous a appelées, elle était en pleurs, trop contente pour nous et là, on a réalisé et on s’est mises à pleurer aussi. Pour ma part, les nuits d’après je n‘ai quasi pas dormi alors que je suis une grosse dormeuse parce que j’étais surexcitée d’imaginer tout ce qui nous attendait.

©Romain Bruneau

Participer ensemble aux Jeux Olympiques de Paris est un rêve qui va se réaliser. Vous qui vivez intensément vos courses respectives, comment allez-vous faire pour gérer et votre stress, et celui de l’autre ?

Marjorie Delassus – J‘ai presque plus de stress pour les autres que pour moi parce que tu ne maîtrises pas la prestation que vont faire tes collègues sur l’eau. Ceci étant, on a une hyper bonne équipe, avec les deux garçons qui sont avec nous, on est tous les quatre super soudés et je pense qu’on a tous super envie de réussir et pour le groupe, et pour nos perfs individuelles bien sûr.

On sera là pour se soutenir, on sera là pour discuter et communiquer dans les moments de stress parce que c’est important de dire ce qu’on ressent et de partager nos émotions mais il est évident que je vais beaucoup plus stresser pour les courses de Camille. Elle part avant moi, mais je n‘ai aucun doute sur le fait qu’elle va faire une perf et ça va nous booster pour la suite de la semaine, ça va lancer tout le monde dans une grosse dynamique.

Camille Prigent – Moi, je suis contente de passer la première parce que je stresse trop pendant leurs courses et ça me prend vachement d’énergie. Pendant la demie de « Marj » aux Mondiaux l’an dernier, j’ai pleuré pendant toute la manche parce quelle loupe une porte qu’elle retourne chercher.

Ce n‘est pas plus mal que je passe la première, comme ça je pourrais vivre le truc après avec eux et j’aurai le temps de me reposer avant le kayak cross. Ça me motive aussi parce que j’ai envie de lancer l’équipe sur une dynamique positive, de bien démarrer la semaine. 

Lorsque vous vous projetez dans ces Jeux, quelle image vous vient à l’esprit ?

Camille Prigent – Pour moi, le kiff ce serait que quand je passe la ligne d’arrivée, je vois Nico, notre entraîneur, et « Marj» qui pètent de joie au bord parce que j’ai éclaté une manche et moi aussi qui pète de joie à l’arrivée. Souvent, quand je pense aux Jeux, je m’imagine dans les blocs de départ avec la tribune remplie et tous les supporter français qui sont là pour nous encourager.

Marjorie Delassus – Moi, j‘ai envie de vivre justement chaque instant de cette expérience de fou et l’image que j’ai, c’est vraiment le partage d’émotions fortes comme disait Camille que tu ne peux ressentir que dans le sport. Je nous vois partager des moments de joie, d’excitation avec tous les supporters, avec ma famille. C‘est comme un soleil, un truc hyper lumineux, hyper rayonnant, ça me donne envie de ne voir que du positif.

©Romain Bruneau

Des Jeux Olympiques réussis en termes de résultats, ce serait quoi pour vous ?

Camille Prigent – Je suis alignée dans deux catégories donc forcément, j’aimerais ramener deux médailles d’or. C‘est un objectif super ambitieux mais à partir du moment j’arrive à être moi-même sur l’eau, à faire ma « nav » le jour J, je serai contente parce que le résultat final dépend des autres, ce n‘est pas de mon contrôle.

Marjorie Delassus – Mon objectif, c’est de devenir championne olympique ou au moins de ramener une médaille mais avant ça, j’ai envie de réussir à naviguer comme je l’ai décidé le jour J, à respecter le projet qu’on a choisi avec mon entraîneur et à me faire plaisir sur l’eau, à être libérée. J‘ose espérer que, si j’arrive à mettre ça en place, le résultat va suivre et j’espère qu’au bout, ce sera la médaille d’or.

Ouverture ©Instagram

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