Le sport féminin ? En pleine lucarne !

sport feminin
L’été dernier, les records d’audience de la Coupe du monde féminine de foot et quelques mois plus tôt du Championnat d'Europe de handball féminin à la télévision ont prouvé que le public se passionnait de plus en plus pour les compétitions féminines. Et les dernières études ne font que réaffirmer cette réelle tendance. Pour autant, les jeux ne sont pas faits. Décryptage.

Par Valérie Domain

Publié le 27 février 2020 à 11h20, mis à jour le 01 octobre 2024 à 17h03

Et si l’essor du sport féminin à la télévision n’était qu’une histoire de bricolage  ?

« Tout est parti de choix éditoriaux liés à des contraintes, explique Christophe Lepetit, économiste du sport au CDES (Centre de droit et d’économie du sport). Les petites chaînes gratuites ne pouvant s’offrir d’événements sportifs masculins, elles se sont tournées vers des pratiques féminines afin de pouvoir inscrire du sport dans leurs grilles. Elles ne prenaient pas un risque majeur, les droits étaient peu chers. Ça a fonctionné et on a vu d’autres chaînes comme C8 ou W9 s’y intéresser aussi. Aujourd’hui, c’est au tour de grandes chaînes nationales. On est donc passé de la chaîne câblée à la TNT puis en prime time sur France 2 pour l’Euro de foot féminine et sur TF1 qui a acheté les droits de diffusion de la Coupe du monde 2019 en France. On peut alors dire qu’il y a une évolution et qu’elle est positive. »

Jackpot !

Positive mais encore fragile. Certaines chaines tendent de plus en plus à défendre la parité dans leurs grilles, surtout convaincues par les sondages qu’elles surfent ainsi sur une réelle tendance.

L’un d’eux, signé Odoxa, effectué en 2019, révèle en effet que 80 % des Français aimeraient voir plus de sport féminin à la télévision, considérant majoritairement que le sport féminin est aussi spectaculaire et intéressant que son pendant masculin.

Déjà, il y a trois ans, une étude du CSA sur le thème «  Sport et télévision » , révélait qu’entre 2011 et 2015, quatre des dix meilleures audiences des chaînes de la TNT gratuite* étaient des compétitions sportives féminines.  Et qui dit bonnes audiences dit jackpot.

Ce fut notamment le cas en 2015 pour W9 lorsque la petite chaîne du groupe M6 diffusa le Mondial de foot féminin. Le public se passionna pour les Bleues jusqu’à l’apothéose : un quart de finale suivi par 4 millions de téléspectateurs (26,2 % du public), la plus forte audience jamais réalisée par une chaîne de la TNT.

Résultat : le montant publicitaire engrangé battit lui aussi tous les records.

Un cercle vertueux

Equipe de France foot feminine
Défenseure du PSG et internationale de football, la Française Ève Périsset

Quatre ans plus tard, on refait le match  : TF1 enregistre elle aussi l’une de ses meilleures audiences de l’année, grâce au quart de finale de la Coupe du monde féminine de foot 2019 (10,71 millions de téléspectateurs devant France-Etats-Unis).

 Une excellente affaire donc qui fait réfléchir le reste du Paf (paysage audiovisuel français). Qui commence enfin à entrevoir un intérêt à diffuser du sport féminin. Intérêt partagé par les sponsors et les autres médias.

Un cercle vertueux serait-il en train de s’enclencher ?

« Le sport féminin devient attractif et spectaculaire, relève Christophe Lepetit. Les femmes sont plus performantes que jamais mais elles sont aussi les nouvelles représentantes des valeurs du sport. Le sport masculin a connu de très nombreuses dérives qui ont terni son image et tout cela contribue à renforcer l’attractivité des compétitions féminines. »

Les réjouissances attendront

Un sport féminin qui a représenté en 2017 entre 16  % et 20  % du volume horaire de diffusion de retransmissions sportives, contre 14 % en 2014 et 7 % en 2012**.

Pour autant, il y a encore du chemin à faire. S’il y a évolution positive, il n’y a pas parité, loin de là, les réjouissances attendront encore un peu.  

« On peut noter une trajectoire de progression qui est très encourageante, relevait ainsi la secrétaire d’État chargée de l’égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, lors de la troisième édition de « Sport Féminin Toujours » en février dernier. On peut dire aussi que les femmes constituent 52 % de l’humanité et que donc demander 50 % des retransmissions c’est déjà un compromis. Finalement, on pourrait se mettre d’accord sur ce chiffre de 50-50. »

D’autant que les chiffres d’audience démontrent que « le sport féminin dispose d’un public à fidéliser et à développer et que les femmes sont potentiellement des consommatrices de sport dans les médias, il faut maintenant les conquérir  », note l’étude CDES 2017.

Les conquérir en effet car selon Odoxa, le sport au féminin est surtout applaudit par les hommes, ils sont 75  % à  scruter les prouesses des sportives, contre 52 % des femmes. Le sport féminin le plus suivi est le football (52 %), devant le handball (41 %), en progression de 15 points en six mois.

Sport à la télévision

Enfin, soyons clairs, les avancées en matière de parité sportive, que ce soit dans les médias ou dans les priorités des sponsors, reposent sur les épaules des athlètes françaises elles-mêmes.

« Ce qui intéresse le public, c’est l’équipe de France, note Christophe Lepetit. Seul l’effet patriote est capable de booster significativement les audiences. »

Autrement dit : plus les filles sauront prouver ce qu’elles savent très bien faire, plus le sport au féminin fera parler de lui.

* Hors chaînes dites « historiques »

** Selon les études CSA et CDES pour FDJ (2017)

Vous aimerez aussi…

running

Le CIO, l’ONU et l’OMS… healthy together !

Être en bonne santé, oui, mais tous ensemble ! C’est le message que Le Comité International Olympique, les Nations Unies et l’Organisation mondiale de la Santé viennent de délivrer en cette Journée olympique. L’idée ? S’associer pour encourager les populations à agir pour préserver leur santé en ces temps de crise sanitaire. Et pour ça, embaucher les athlètes.

Lire plus »
Elisa De Santis : « Quand je joue au flag football, je deviens un chat sur le terrain. »

Elisa De Santis : « Quand je joue au flag football, je deviens un chat sur le terrain. »

Pionnière du flag féminin en France, ambassadrice à l’international, Elisa De Santis, 34 ans, est bien dans ses crampons. Alors que ce sport méconnu, petit frère du foot américain, court vers la discipline olympique, celle qui est l’une des meilleures joueuses du monde ondoie avec une agilité sans pareille sur les terrains, une décontraction de façade mais une concentration de pro.

Lire plus »
Florian Grill : « Le challenge de la décennie, c'est de voir exploser le rugby féminin ! »

Florian Grill : « Le challenge de la décennie, c’est de voir exploser le rugby féminin ! »

Il est à l’origine d’une (r)évolution dans le rugby féminin. Engagé depuis des années pour le développement de la pratique féminine, qu’elle soit pro ou amateur, Florian Grill, président de la fédé de rugby, compte prouver que les filles en ont sous les crampons, notamment à l’occasion du Six Nations qui se joue en ce moment, mais surtout de la Coupe du Monde de rugby à XV qui aura lieu cet été en Angleterre. À ce stade, on le croit.

Lire plus »
Marie Martinod : « Quand j'ai découvert le ski freestyle, j'avais 8 ans, j'ai été subjuguée. »

Marie Martinod : « J’ai toujours été pote avec mon corps. »

Toujours la plus petite de sa classe, mais qu’à cela ne tienne, sa priorité est le half-pipe depuis un certain hiver 1992, quand les Jeux Olympiques ont fait escale dans sa vallée de la Tarentaise. La skieuse Marie Martinod a fait de sa taille une force dans un sport où il est préférable d’avoir un centre de gravité bas. Et c’est ce qu’elle nous raconte à l’occasion de notre partenariat avec le podcast 1m60max.

Lire plus »
Julie Pujols-Benoit

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Le lancement de la collection d’ouvrages ÀBLOCK! (où l’on commence par Julie Pujols-Benoit sur notre photo), du tennis en plein Open de Melbourne, une femme de rugby engagée, des pionnières sur neige et glace, un témoignage qui nous dévore et un retour de flamme, l’histoire du golf féminin… Récap’ d’une semaine musclée.

Lire plus »
Lauriane Lamperim

Lauriane Lamperim : « Après ma blessure, j’étais presque devenue une autre… »

Elle aimait jouer les acrobates. Tellement qu’elle fut 7 fois championne de France et multi-médaillée internationale en tumbling. Avant de se blesser grièvement. Et de faire son come-back. Mais la flamme n’était plus là. Aujourd’hui, Lauriane Lamperim a quitté le saut pour la vague. Désormais surfeuse, elle profite d’une autre vie de sportive. Rencontre avec une fille qui a su rebondir.

Lire plus »
CrossFit, trop intense pour les mômes, vraiment ? Kids

CrossFit, trop intense pour les mômes, vraiment ?

Trop violent, trop de risques de blessures… Ça, c’est ce que vous avez certainement déjà entendu sur le CrossFit. Alors, du CrossFit pour les p’tiots, on marche sur la tête, non ? Pas de panique, ici on démêle le vrai du faux, on vous explique ce qu’est (vraiment) cette pratique sportive pluridisciplinaire et pourquoi les enfants auraient tort de s’en priver.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner