Amelia Earhart Certains l’appelaient « Lady Lindbergh »…

1-GettyImages-1161352_resultat-e1558456048616-1140x421
Elle affirmait voler « just for fun ». Mais l’aviatrice américaine qui enchaîna les exploits, dont la traversée de l’Atlantique en 1932, seulement cinq ans après celle de Charles Lindbergh, a bravé le ciel et son époque pour prouver que les femmes pouvaient s'envoler aussi haut et aussi loin que les hommes. Un destin de légende bâti dans les cieux !

Par Claire Bonnot

Publié le 16 juin 2020 à 21h04, mis à jour le 12 mars 2022 à 16h57

Décembre 1920, aérodrome de Long Beach. Une jeune femme de vingt-trois ans monte pour la première fois dans un avion. La tête dans les nuages, les yeux dans l’immensité, elle rêve tout haut  : « Je serai pilote ».  Une révélation, une évidence.

Elle s’appelle Amelia Earhart et l’Histoire l’attend.

Née dans le Kansas le 24 juillet 1897, Amelia n’a jamais été élevée comme une «  gentille petite fille » et fait preuve d’une détermination sans faille. La première fois qu’elle a vent de l’aviation, c’est en 1916 alors qu’elle soigne des pilotes pendant la Première Guerre mondiale. Ils partagent avec elle leur plaisir de voler, l’excitation du danger…

À travers ces confidences exaltantes, elle prend de la hauteur. Et décide de fendre les airs coûte que coûte. Pour cela, miss Earhart travaille tous azimuts pour s’offrir des leçons de pilotage.

Amelia Earhart

Dès 1922, l’intrépide jeune fille bat un record, du jamais vu chez les aviatrices, en se hissant à 4 300 mètres d’altitude. Amelia Earhart parvient ainsi très vite à se faire une place dans le monde de l’aviation, pourtant très machiste à l’époque.

Une première traversée de l’Atlantique qui n’est que du vent…

«  Aimeriez-vous être la première femme à traverser l’Atlantique en avion ? », lit-on à la une des journaux.

Après la prouesse ultra-médiatisée de Charles Lindbergh entré dans la légende en devenant le premier pilote à relier, sans escale et en solitaire, New York à Paris en 1927, les éditeurs recherchent la perle rare qui saura égaler l’homme, fasciner les foules et booster leurs ventes.

Amelia Earhart, auréolée de son exploit, est alors engagée pour représenter une milliardaire de Philadelphie qui cherche à soigner ses bonnes relations avec l’Angleterre. Elle accepte de se mesurer à l’Atlantique dès 1928, mais seulement en tant que… spectatrice.

Amelia Earhart

Amélia n’a pas l’autorisation de prendre les manettes  ou, du moins, le fera durant à peine quelques secondes. À l’arrivée, elle n’hésitera pas à déclarer qu’elle n’a été qu’un « sac de pommes de terre » mais se fait la promesse de voler seule un jour.

Après ce vol médiatisé, elle devient tout de même une icône de l’air, une aviatrice célèbre qui inspire ses semblables.

« Avec le début de l’intérêt pour l’aviation à cette époque, on peut dire qu’Amelia Earhart arrive au bon moment, note François-Joseph Vassal, passionné des grandes figures de l’aviation. Mais elle a aussi bénéficié de cet engouement parce qu’elle était une femme  : c’était un peu « Regardez ! Même une femme peut accomplir cet exploit ! ». Et les exploits, elle les a enchaînés. On lui mettait peut-être un peu la pression. Est-ce que, dans le fond, elle était vraiment demandeuse pour faire le tour du monde ?  »

Une femme libre comme l’air…

Alors qu’en 1929, les Etats-Unis comptent plus de 9 000 pilotes hommes licenciés contre 117 femmes, Amelia Earhart devient l’égérie parfaite pour promouvoir l’aviation féminine.

Elle écrit des articles sur sa passion de l’aviation et crée une association de femmes pilotes dans l’idée de féminiser la discipline  : « Je voulais prouver que je méritais au moins une petite part de toutes les choses gentilles que l’on a dites à mon sujet. Mais il y avait d’autres raisons plus fortes que celle-ci… Simplement prouver que les femmes peuvent accomplir la plupart des choses que les hommes accomplissent.  »

Amelia Earhart

Parfaite garçonne des Années Folles, elle porte les cheveux courts et revendique l’émancipation féminine.

Peu conventionnelle, elle n’acceptera que la sixième demande en mariage de l’éditeur Georges Putman, refusant notamment la notion de fidélité.

Celle qui l’incarnera à l’écran en 2010 dans Amelia, l’actrice oscarisée Hilary Swank, exprime à merveille cette volonté de fer pour réaliser ses rêves de voler et de se surpasser  : « J’ai essayé de comprendre qui elle était vraiment, pas seulement le personnage public. Comprendre cette femme qui a vécu sa vie de la manière dont elle voulait la vivre, qui n’a pas baissé d’un cran ses ambitions, et qui ne s’en est jamais excusée. C’est une attitude encore rare aujourd’hui, en particulier chez les femmes. »

Une traversée mythique !

L’exploit, elle le réalise en 1932, cinq ans jour pour jour après Charles Lindbergh, ce qui lui vaut le surnom de « Lady Lindbergh ».

Elle réussit la traversée de l’Atlantique en solitaire en battant le record de vitesse de son prédécesseur et en devenant la première femme à se mesurer à ce « baptême de l’air ».

Celle qui affirme voler « just for fun ! » (juste pour le plaisir) se place ainsi en figure de proue des pionnières de l’aviation qui fleurissent à cette époque-là.

Hilary Swank
Hilary Swank dans la peau d'Amelia Earhart

François-Joseph Vassal loue le courage de la rebelle de l’air, Amelia Earhart  : «  Si elle n’est pas la seule femme aviatrice à cette époque, traverser l’Atlantique en solo a fait d’elle une figure inspiratrice. Et elle l’a fait sur un engin qui, malgré son avancée technique, était une bombe volante. En plus, elle en avait parfaitement conscience ! C’était un monomoteur, donc cela n’excluait pas une panne en vol. Pour décoller, il faut être bien courageuse. De plus, l’avion était bourré d’essence à fort indice d’octane. Résultat : au moindre accident, l’avion était une boule de feu. Donc, chapeau ! »

D’autant que cette passion la transporte au septième ciel, mais aussi vers une résolution encore plus folle :  le tour du monde en solitaire.

Un destin brisé en plein vol

« Voler est devenu quelque chose de tellement commun, aujourd’hui… et je pense qu’Amelia serait heureuse de voir cela. Mais à son époque, voler était un sport dangereux. C’était risqué et rare », expliquait Hilary Swank à l’époque de la sortie du biopic.

La pionnière rentrera définitivement dans l’Histoire lorsqu’elle disparaîtra au cœur de son tour du monde en solitaire.

Le 2 juillet 1937, la star du ciel se perd au-dessus du Pacifique avec, à son bord, son navigateur Fred Noonan. L’audacieuse avait lancé, avant de décoller : « Chers amis, proches comme lointains, laissez-moi vous dire que vous allez avoir de mes nouvelles dans moins de quinze heures…  » Mais elle s’est volatilisée…

Amelia Earhart

Le président Roosevelt, très proche de l’aviatrice, lancera une opération titanesque pour tenter de retrouver sa trace. Sans succès.

Aujourd’hui encore, le mystère reste entier sur cette tragédie participant un peu plus à la légende d’une femme qui ne recula devant rien pour repousser les limites des airs…et des hommes.

Vous aimerez aussi…

Philippe Herbette/ Podcast

Philippe Herbette : « Aujourd’hui, les salles de sport donnent naissance à des fitness-models. »

Il a été champion de France de culturisme en 1993, avant de lancer l’une des enseignes de salles de sport les plus connues, Fitness Park. De ces salles encore considérées comme des temples de la masculinité, certaines femmes n’osent toujours pas pousser les portes. Pourquoi ? Tentative d’explication au micro d’ÀBLOCK! avec Philippe Herbette, grand patron et grand sportif.

Lire plus »

Bouger, j’aimerais bien, mais…

Avec le confinement, beaucoup tentent de saisir l’occasion de remettre leur corps en mouvement. Pas facile pourtant, surtout lorsqu’on est seul et que l’espace sportif se limite à ses quatre murs. Alors, généralement, on commence fort puis on se fatigue.
Mais pourquoi si peu d’enthousiasme, même en sachant que le bien-être est au bout de la séance ? Explications.

Lire plus »
Laura Georges : « Je ne me suis jamais dit que le football n’était pas fait pour moi. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une footeuse engagée (Laura Georges sur notre photo), une Question Qui Tue essentielle, une histoire du breakdance conjugué au féminin, des femmes musclées et fières de l’être ou encore un zoom sur du handball écolo, c’est le meilleur de la semaine sur ÀBLOCK! Enjoy !

Lire plus »
« Passe Décisive » : la success story d'un documentaire de Vinci

« Passe Décisive » : la success story d’un documentaire de Vinci

De la commande initiale d’un témoignage vidéo de 10 minutes pour Vinci à la diffusion sur Canal+, M6 et Orange TV : le documentaire réalisé par ÀBLOCK!Studio et WomanUp sur Gaëtane Thiney et le Paris FC Féminines a largement dépassé son cadre initial. Retour sur une production qui transforme un brief corporate en succès télévisuel.

Lire plus »
Gabriella Papadakis

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une fille à couettes qui soulève plus lourd que Hulk en personne, une espionne qui ne lâche pas le sport, même en prison, une « mère indigne » championne olympique, des patineuses d’hier et d’aujourd’hui (comme Gabriella Papadakis sur notre photo) ou encore une sportive dingue de windsurf, demandez le programme !

Lire plus »
Il était une fois le softball…féminin

Il était une fois le softball…féminin

En 2024, la Fédération Française de Baseball et Softball (FFBS) fêtait ses 100 ans et aux prochains JO de Los Angeles, le softball fera partie des sports additionnels. L’occasion de zoomer sur un sport méconnu en France et de s’interroger : quand a-t-on laissé les femmes s’emparer de la batte ?

Lire plus »
Aloïse Retornaz

Aloïse Retornaz : « J’ai beaucoup de mal à rester loin de la mer, loin de l’eau. »

Une tête bien faite dans un corps bien entraîné. Championne de France Elite, Championne d’Europe, médaillée d’or en Coupe du monde de 470, la Brestoise Aloïse Retornaz vient de remporter la médaille de bronze sur 470, avec sa coéquipière Camille Lecointre, aux JO de Tokyo. Nous l’avions rencontrée en mai dernier. Échanges passionnants avec une fille qui mord la mer à pleines dents, sans prendre la tasse.

Lire plus »
Camille : « Le sport outdoor me permet de revenir à l'essentiel.»

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une Question qui tue pour la fin de séance, le parfait alliage entre sport et bronzage, une fan du sport outdoor (Camille sur notre photo) et une gymnaste qui a l’Europe dans la peau, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! de la semaine. Bon récap !

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner