Justine Pedemonte : « Je fais de la moto, je suis une fille… au lycée, ça fait parler. »

Justine Pedemonte : « Je fais de la moto, je suis une fille… au lycée, ça fait parler. »
En période de compétition, si la course a lieu le samedi, on doit partir le mercredi ou le jeudi. À chaque fois, je loupe presque une semaine de lycée et je dois rattraper les cours, mais je m’arrange, je rattrape quand je suis dans le camion, sur la route, sur les circuits...

Par Justine Pedemonte, pilote moto, 16 ans au compteur

Publié le 23 janvier 2024 à 18h26, mis à jour le 10 septembre 2024 à 11h45

Je vous raconte ma vie ? Je suis en première dans un lycée sportif. C’est du 8h-18h et comme j’habite en montagne, il faut ajouter une heure de bus. Direct, vers 19h, j’enchaîne avec mon entraînement du soir pendant une heure et demie voire deux heures. Je suis à la salle, au CrossFit, je peux aussi aller courir, ça dépend. Et puis après c’est classique : douche, dîner, devoirs et au lit !

La moto, c’est particulier en termes d’entraînements. On va s’exercer sur les circuits sur lesquels il va y avoir une compétition prochainement, on ne peut pas s’entraîner toutes les semaines comme au foot. Par exemple, au mois d’avril, je vais aller rouler au Mans une semaine avant la course de ce circuit, afin d’être prête pour le jour J (je vous raconterai !).

C’est ça qui est compliqué, notamment par rapport aux cours. Les entraînements en amont de la compèt’, les roulages, sont très souvent en semaine. Et quand c’est une période de compétition, si la course a lieu le samedi, on doit partir le mercredi ou le jeudi. Donc, à chaque fois, je loupe presque une semaine de lycée et je dois rattraper les cours, je le fais quand je suis dans le camion, sur la route, sur les circuits…

C’est une habitude à prendre, mais ça change par rapport au collège. Je suis en Première, donc j’ai les épreuves du Bac, mes spécialités à assurer… C’est plus compliqué, mais bon, il faut gérer tout ça quoiqu’il arrive.

Au collège, c’était différent, mon proviseur était un ancien sportif, donc il me comprenait bien. Lors du Brevet, il avait appelé le rectorat pour que je puisse louper une épreuve afin d’aller faire une course ! Et vu que j’avais eu mention Bien aux épreuves que j’avais déjà passées, il a même réussi à m’éviter les rattrapages.

Mon lycée est plutôt pour les sports d’hiver, donc au début ça faisait bizarre, j’étais la seule à ne pas faire ça ! Et en plus, je fais de la moto, je suis une fille… Donc, ça fait parler. Mais, en fin de compte, l’ambiance est vraiment très sympa : quand je reviens d’une course tout le monde me demande comment ça s’est passé, dès que j’ai besoin de rattraper des cours, on m’aide… C’est important pour suivre le rythme de l’école.

Malgré tout, je n’arrive pas tout le temps à rattraper l’intégralité des cours. Quand j’ai des entraînements importants, mes journées sont vraiment chargées, alors je travaille le soir comme je peux.

©C’est qui en pole ?

Récemment, après avoir obtenu une deuxième place lors de mon championnat, j’ai été placée sur liste ministérielle, je suis sportive espoir désormais. Les profs vont devoir un peu s’adapter et davantage m’aider, ça va sûrement faciliter les choses : je vais pouvoir avoir les cours en avance, des rattrapages de contrôle… Ça va me faire du bien, parce que les spécialités ne sont vraiment pas faciles… Être inscrite sur liste ministérielle comme sportive espoir était d’ailleurs un objectif, je m’étais renseignée sur le sujet. C’est un soulagement d’avoir ce nouveau statut, ça va clairement être une aide supplémentaire.

De toute façon, je me donne toujours au maximum, mon esprit de compétition marche aussi pour l’école. Quand je suis en cours, je suis à fond, je pose beaucoup de questions pour rattraper tout ce que je peux. Mais ça reste un travail et une pression supplémentaire, surtout que j’ai envie de réussir ! Je veux avoir les meilleures moyennes possibles, bien comprendre… Ce n’est pas simple, ça peut vraiment être fatiguant. Avec le sport tous les soirs, quand j’ai de gros contrôles, je me couche tard, et ça peut devenir une sorte de cercle vicieux.

Mais quand je suis sur les circuits, je me concentre uniquement sur ça, je me dis que c’est mon moment de compétition et que je dois à être à 100 % sur la moto. J’essaye de ne pas me prendre la tête avec les cours en compétition et de m’en occuper une fois la course passée. Et j’y arrive plutôt bien, surtout pour les compétitions importantes.

Je comprends que beaucoup trouvent ça très compliqué et pourraient avoir envie d’abandonner mais, moi, j’ai toujours voulu m’accrocher. Et puis, ma mère est très claire : « S’il n’y a pas d’école, pas de moto ! » En fin de compte, je prends le lycée comme une deuxième compétition.

Allez, je m’arrête là ! Promis, je vous en dirai (encore) plus dans quinze jours. On se donne rendez-vous ici le 7 février pour la suite ? En attendant, soyez ÀBLOCK!

*Justine Pedemonte a 16 ans et est pilote moto, engagée en championnat de France de Superbike (FSBK), Championnat de France SuperSport 300. Après avoir remporté plusieurs podiums, elle a terminé en octobre 2023, vice-championne de France. Vous pouvez la suivre sur son compte Instagram @justinepedemonte 

Vous aimerez aussi…

Jessi Combs

10 femmes de sport, 10 récits de pionnières

On n’a pas attendu le 8 mars pour parler des femmes. On est ÀBLOCK! avec elles depuis trois ans, vous avez remarqué ? Mais, ok on joue le jeu, en redonnant à quelques pionnières du sport la place qu’elles méritent, à l’instar de Jessi Combs sur notre photo. Grâce à elles, les femmes ont pu (peuvent), peu à peu, changer le monde et leur monde.

Lire plus »
Clarisse Agbegnenou

Clarisse Agbégnénou : 5 infos pour briller en kimono

Porte-drapeau de la délégation française aux JO de Tokyo 2021 au côté du gymnaste Samir Ait-Saïd, la judokate est multiple médaillée en trois couleurs, et surtout de la plus belle… l’or. Mais sa soif de titre est loin d’être apaisée ! Aujourd’hui en bronze aux JO de Paris 2024, Clarisse Agbégnénou continue d’écrire l’histoire sur les tatamis. Retour sur 5 infos marquantes de la carrière de cette championne d’exception.

Lire plus »
Hazal Nehir, folle de toits

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une acrobate de la street (Hazal Nehir sur notre photo), une batteuse d’exception, du paddle pour la bonne cause, une marathonienne aux souliers d’or ou encore une arbitre qui ouvre la voie, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! pour cette semaine. Enjoy !

Lire plus »
JOP 2024 : la France s’enflamme

Jeux Olympiques 2024 : la France s’enflamme

Plus de 400 communes, 65 villes étapes, 100 sites historiques et 10 000 relayeurs. Après le projet de cérémonie d’ouverture qui vise déjà très grand, c’est au tour du parcours de la flamme olympique de nous en mettre plein la vue à travers une épopée titanesque de 68 jours.

Lire plus »
Trophées FemixSports

Les Trophées Femix’Sports, 4e !

5 catégories pour 15 prix. L’asso Femix’Sports vient de lancer la quatrième édition de ses Trophées récompensant sportives, arbitres, bénévoles et fédés, autant de personnalités engagées dans le sport féminin. À vous de voter !

Lire plus »
Domitille Kiger : « La seule façon de dépasser la peur quand tu fais du Freefly, c’est de… sauter. Une parfaite métaphore de la vie. »

Domitille Kiger : « Le Freefly est une métaphore de la vie : pour dépasser sa peur, il faut sauter. »

Rencontrer Domitille Kiger est une bouffée d’oxygène. La Française, championne du monde et recordwoman de freefly, cette discipline artistique technique du parachutisme, a décroché en novembre 2024, son dixième record mondial de saut en grande formation synchronisé. Engagée pour le freefly au féminin, cette aventurière insatiable partage avec gourmandise sa vie en l’air !

Lire plus »
Paola Calvo : « À Juárez, toutes les femmes sont des combattantes. »

Paola Calvo : « À Juárez, toutes les femmes sont des combattantes. »

La lutte comme outil d’émancipation. Dans son film « Luchadoras », tout juste récompensé d’un prix spécial aux Sportel Awards à Monaco, la réalisatrice vénézuélienne, Paola Calvo, filme des combattantes de ‘Lucha Libre’ dans l’une des villes les plus dangereuses au monde. Trois catcheuses pour qui monter sur un ring aide à rester femme. Interview d’une cinéaste engagée qui veut faire changer le monde.

Lire plus »
Alexia Barrier : « En course au large, les multicoques, c’est le dernier bastion des hommes. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une athlète en pleine renaissance, la conclusion d’un défi inédit, une navigatrice qui s’attaque au grand large comme aux préjugés (Alexia Barrier avec sa team sur notre photo) et le portrait d’une pilote historique qui n’a pas connu que la gloire, c’est le meilleur de la semaine sur ÀBLOCK!. Et c’est pour vous !

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner