À partir de ce 13 août, tu entres sur le terrain des Championnats du monde 2026 de flag Football à Düsseldorf, en Allemagne. L’équipe de France féminine, dont tu fais partie, y affrontera la Grande-Bretagne, l’Autriche et la Chine, trois nations qui comptent dans le monde du flag. C’est la première étape du parcours olympique vers les JO 2028 de Los Angeles puisque le flag a été intégré au calendrier olympique en 2025. C’est donc un sacré rendez-vous car les deux meilleures équipes féminines obtiendront directement leur qualification pour les JO. Qu’est-ce qui se passe dans ta tête ?
Je suis très impatiente de commencer ! Cette saison, je me familiarise à ces moments d’euphorie mêlés de pression. Ce qui fait que j’attends plus que ça arrive que je ne le redoute. Je commence vraiment à apprécier ce niveau de pression en tant qu’athlète de haut niveau. Et pour le gérer, j’ai toutes mes petites routines d’avant-match. Je me mets dans ma bulle, je joue avec des balles de tennis pour travailler ma coordination, j’écoute ma musique… En ce moment, je suis sur de la musique classique, j’écoute « Les Quatre Saisons » de Vivaldi, je trouve que ça me met dans un rythme que j’aime bien. Tout de suite après, je me dis : « Ok, c’est parti ! ». J’ai vraiment besoin de ces moments à moi, et les filles de l’équipe le savent. Mais on a aussi des moments de cohésion en groupe comme le fait de respirer toutes ensemble. Après ça, c’est la guerre !
Qu’est-ce qui rend l’équipe de France féminine ÀBLOCK! pour ce championnat ?
C’est la « touche française », c’est ce que je dis souvent. Le fait qu’on soit une vraie famille et l’énergie de ce groupe ! On est tout le temps là les unes pour les autres, sur le terrain comme dans la vie. Cette année, une de nos joueuses s’est blessée assez gravement et ce moment dur a ressoudé l’équipe encore plus fort. Sinon, on part parfois en vacances ensemble. On a vraiment une alchimie entre nous toutes. Et on nous dit que ça se voit sur le terrain.
À quel poste joues-tu dans l’équipe et comment décrirais-tu ton rôle dans la dynamique de l’équipe sur et hors terrain ?
Sur le terrain, je joue en défense en tant que « blitz », c’est mon poste principal. En gros, c’est la joueuse qui va aller à fond et qui est en duel contre le quarterback. Mais cette saison, je joue aussi parfois en attaque, en tant que receveuse aussi. J’ai la double casquette pour être prête s’il y a besoin de remplacer une joueuse. Hors terrain, il faut dire que je suis un peu dans ma bulle et que je suis un peu la rigolote, mais c’est malgré moi. Et je suis aussi la petite jeune du groupe. Pour autant, sur le terrain, on m’entend ! Parce que je mets beaucoup de cœur dans le jeu, j’ai besoin d’extérioriser. Notamment en défense, je parle beaucoup aux filles, je leur rappelle les enjeux même si je sais qu’elles sont extrêmement focus sur ce qu’elles doivent faire. Mais je vais souvent avoir la petite phrase pour dire : « Bon, les filles, là, on les enterre ! ».
Comment en es-tu venue à jouer au flag football, ce sport encore assez méconnu, alors que tu te préparais un avenir dans le tennis professionnel pour lequel tu as treize ans de pratique ?
J’ai commencé le tennis à 7 ans et j’ai l’impression d’en avoir fait toute ma vie. J’étais dans le pôle fédéral. Mais, en plus d’être un sport très exigeant, c’est un sport très coûteux. À un moment, c’est devenu frustrant d’avoir cette envie de progresser mais d’être bloquée par autre chose, le côté financier en l’occurrence. Ça me torturait l’esprit et je prenais de moins en moins de plaisir sur le court… À 20 ans, je me suis dit que c’était le moment de changer de sport. Comme j’étais en STAPS, je suis allée voir les sports des copains. L’une d’entre eux faisait du cheerleading, j’ai donc aussi assisté à un match de football américain. Et c’est là où j’ai entendu parler du flag, un dérivé de ce sport. Un an après, je lâchais le tennis pour ce nouveau terrain inconnu qui m’a offert plus de liberté dans mes mouvements.
Qu’est-ce qui te plaisait dans le tennis et qu’est-ce que la rencontre avec le flag a créé en toi ?
Côté tennis, c’était vraiment l’idée de faire du sport en général et la compétition. J’ai adoré gagner. Le tennis m’a appris la persévérance et la rigueur dans le travail, le fait que pour arriver à ce résultat-là, il faut s’entraîner de telle manière. Et j’ai adoré, aussi, être confrontée à moi-même. J’étais un peu dans ma bulle quand j’étais sur le court et, ça, j’appréciais vraiment. Il y a donc eu besoin d’une petite transition quand je me suis mise au flag, un sport co… La première saison, les filles pensaient que j’étais timide parce que ma routine pré-entraînement ou match, c’était de m’isoler un peu avec mes écouteurs dans les oreilles. C’était comme ça que je vivais le sport de haut niveau. Donc c’était compliqué pour moi de rigoler avec les filles avant un match. J’avais besoin de mon rituel de concentration. Mais, petit à petit, j’ai changé mes routines, et ça m’a permis de grandir en tant que personne. Dans le flag, c’est ça qui me plaît, le côté humain. La mentalité des gens est très très saine. Je pense que c’est parce que c’est un sport de niche et un petit milieu où tout le monde se connaît et a à cœur de donner tout ce qu’il peut aux nouveaux arrivants. Moi-même, ça ne fait que deux ans que j’en fait et, dès les premiers mois, j’ai été extrêmement bien accueillie, tout le monde était adorable. C’est en grande partie ce qui m’a fait rester dans ce sport.
Et quels atouts de ton jeu et de ton mental tennistique sont venus t’aider sur le terrain du flag ?
Ça a vraiment été le mental de la tenniswoman. Le fait que j’étais seule sur un terrain à devoir me battre. Aujourd’hui, il est très difficile de me faire sortir d’un match parce que je me sens carrément invincible avec mes coéquipières.
Le flag football est mixte. Qu’est-ce que ça apporte cette mixité dans le jeu, selon toi ?
Je trouve que les filles peuvent apporter plus de tactique parfois. Parce que, nous, on va moins jouer sur la partie physique, on va plutôt chercher des zones où esquiver. Et s’entraîner avec des garçons, ça permet d’être beaucoup plus à l’aise sur les contacts, à prendre la balle beaucoup plus fermement. En résumé, la mixité crée une bonne dynamique. Je sais qu’en équipe de France, j’aime bien échanger avec les garçons parce qu’ils me donnent des conseils sur certaines choses. C’est un apprentissage riche pour les deux parties.
Elisa De Santis, la capitaine de l’équipe de France féminine, nous racontait, en 2023, qu’elle était la seule fille sur le terrain de son club quand elle a commencé le flag et qu’aujourd’hui, les joueuses pros n’étaient pas encore assez nombreuses. Est-ce que tu sens une évolution positive sur ce plan-là en ce moment ?
C’est sûr qu’il manque encore des filles, mais il y en a plus qu’à l’époque d’Elisa. Et puis, il y a au moins deux clubs aujourd’hui en France pour qui la place des filles est une priorité. Dans le sens où, pour l’équipe mixte, on prend un seul garçon et quatre filles alors que c’est souvent l’inverse. La mixité est respectée sans dévaloriser les filles. Avec une équipe comme celle-là, les Juggernautes de Paris sont arrivés en phase finale. Donc ça marche !
Avec la capitaine de l’équipe de France, Elisa De Santis… ©Aliyah Elong
Ta progression est incroyable quand on pense qu’en deux ans, tu es devenue membre de l’équipe de France féminine. Comment ça s’est fait ?
Alors, j’ai commencé dans le club des Gones de Lyon car je viens de la région lyonnaise (cette saison, Aliyah a joué avec les Fenris de Dijon et sera, la saison prochaine, avec les Juggernautes de Paris, Ndlr). Au départ, pour moi, le flag était un sport complémentaire au tennis, ma pratique loisir. J’ai eu à faire un tournoi pour dépanner un peu les copines qui avaient besoin de filles. Or il s’avère que le coach m’a repéré à ce moment-là et m’a proposé de venir faire les tryouts, les camps de sélection de l’équipe de France. Il m’avait bien dit qu’il ne fallait pas que je me fasse d’idées, mais que ça me permettrait de voir un peu ce qu’il en était. C’était très intense d’ingurgiter tous les anglicismes du flag et de réaliser les tests physiques. Mais je me suis bien débrouillée là-dessus et je crois que ce qu’ils ont apprécié, c’est ma personnalité – je suis quelqu’un de très souriant en dehors des terrains et j’ai une très bonne écoute – ainsi que ma façon d’aborder le stage. J’étais décomplexée, je n’étais pas stressée dans le sens où je ne pensais pas du tout y arriver dès la première fois. Je pense que tout ça a été un atout dans ma sélection car ils se sont dit que j’étais « coachable ». On était trente joueuses au début et, de fil en aiguille, je me suis retrouvée dans l’équipe des douze joueuses qui allaient disputer l’Euro 2025. Où on a eu une médaille en chocolat… mais bon, c’était quand même une belle quatrième place.
Alors, quels sont tes points forts sur le terrain ?
Je dirais le mental, puis ma vitesse et, enfin, ma créativité. Je suis drôle malgré moi, comme je le disais, et ça se ressent aussi sur le terrain. Ce qui fait que je peux être un peu imprévisible. Ça passe ou ça casse mais c’est une force. Sur le terrain, je suis un peu comme dans la vie, je cherche toujours une solution quand c’est la galère. Je vais faire des changements de direction pour sortir d’une situation complexe.
Tu as été couronnée meilleure joueuse – MVP – sur le championnat de France D2 en 2025, ça t’a confortée dans ton projet ?
À cette époque-là, j’étais encore avec Lyon et je jouais sur les deux postes, en attaque et en défense. On a joué contre les garçons aussi, en mixte. Je crois qu’ils ont été très étonnés que j’arrive aussi vite sur les échanges. Je me suis vraiment amusée sur le terrain. Mais j’ai été surprise de ce titre parce que je n’étais pas dans une équipe qui a fait un très gros résultat. Mais ça veut peut-être dire que j’ai quand même tapé dans l’œil par mon jeu et ça, ça fait vraiment très plaisir !
Dans ce parcours fulgurant avec le flag football, quel moment fort a tout changé pour toi ?
L’Euro, ça c’est sûr, parce que même si j’avais déjà vécu beaucoup d’émotions en tennis, vivre un évènement comme ça et en plus à la maison, avec le public qui était avec nous… j’avais jamais connu ça. J’ai vraiment ressenti l’amour du public, une ferveur. En tennis, c’est différent car c’est très calme. Et puis, je me suis sentie pleinement dans l’instant présent et tellement vivante ! À la fin de la compétition, je me suis carrément effondrée parce que j’avais mis toute mon énergie dedans. Je me suis dit tout de suite que je voulais revivre ça. Et c’est un peu ce qui m’a drivée cette saison : je voulais faire partie des douze dernières qui allaient aux Championnats du monde. C’est pour ça que je suis impatiente pour les World Games. Impatiente de revivre toutes ces émotions.
Tu es aussi mannequin. Le look sur le terrain a l’air important pour toi comme le mentionne ta bio insta : « Inspire little girls to be strong, to wear sneakers and lip gloss » (Inspirer les filles à être fortes, à porter des baskets et du rouge à lèvres). Qu’est-ce que ça apporte à ton jeu sportif le fait de poser ? Et as-tu un look qui te porte chance ?
Ça m’apporte de la confiance en moi. Puisque, lorsqu’on pose, il faut se ficher du regard des autres voire même exagérer un peu pour que la pose soit jolie… Au tennis, j’étais assez réservée et avec le mannequinat et le flag où il faut exploser, y aller, j’ai découvert une autre facette de moi, plus confiante. C’est vrai que sur le terrain, moi, j’ai mes flags personnalisés. Ça fait un peu rire certaines filles, mais de façon très bienveillante car elles m’acceptent pleinement comme ça. Et ça a même fait ressortir ce côté-là chez d’autres. Par exemple, pour le mondial, on s’est préparé un mélange de paillettes pour nos cheveux. Pour celles qui veulent bien sûr ! Côté look porte-chance, moi, ça va être dans les cheveux là encore, ou sinon, en ce moment, j’aime bien mettre des petites étoiles sur les joues.
Quelle est, dans ce cadre, ta vision de la femme sportive ?
Montrer justement qu’on peut être féminine et ultra athlétique. Je ne dirais pas que j’en ai souffert, mais ça a toujours été un sujet quand j’étais au collège. Certaines filles me disaient que j’étais trop musclée mais, en fait, je n’avais besoin de l’avis de personne ! Ce qui était important pour moi, c’est d’être performante grâce à ça donc mon physique était créé pour ma performance. Mon corps me permettait de faire ce que j’aimais, il n’était pas là pour plaire à d’autres forcément. Et puis, oui, je veux montrer que ce n’est pas parce qu’on fait du sport qu’on se néglige. Moi, j’aime bien m’habiller, m’apprêter, que ce soit sur le terrain ou hors terrain.
Qu’est-ce que tu aimerais transmettre au travers de son parcours d’athlète de haut niveau pour les jeunes générations de filles ?
Qu’elles se battent vraiment. Qu’elles donnent le meilleur d’elles-mêmes. Et le sport te force à avoir cette discussion avec toi-même. Le sport, c’est vraiment un tremplin pour sa confiance en soi. Et comme pour les petites filles, malheureusement, le manque de confiance en soi est un sujet qui revient souvent, je conseille de se confronter au sport et à tous ses bienfaits ! C’est trop important qu’elles fassent du sport et elles peuvent très bien être hyper athlétiques avec les cheveux roses ou des paillettes sur le visage ! Je trouve que les femmes sont trop fortes, j’ai beaucoup de respect pour mon genre. Et je souhaite vraiment que les petites filles s’ouvrent au monde et qu’elles cassent toutes les barrières possibles.
Est-ce que tu fais des études à côté pour ta « seconde carrière » et comment finances-tu tout ce parcours d’athlète de haut niveau ?
Je viens tout juste de valider mon diplôme en management du sport. Donc toute la saison sportive, j’étais en plein dans mes études, c’était vraiment intense. Par exemple, le lendemain de l’Euro, j’avais un rendu et j’étais dans un état un peu second. C’était vraiment dur de jongler entre les études et le sport de haut niveau. Là, je vais devoir trouver un emploi, possiblement à temps partiel pour gagner un peu d’argent et avoir du temps pour l’entraînement. Sinon, l’Agence Nationale du Sport nous aide un peu et nous sommes défrayées par la Fédération sur certaines choses, mais si je ne travaille pas l’été, c’est compliqué…
Et le flag football n’est pas professionnalisé…
Oui, c’est ça, mais il y a des choses qui bougent quand même, en parallèle de son intégration au programme olympique. Je sais, par exemple, que pour les JO 2028, ils veulent créer une ligue professionnelle du flag aux États-Unis. C’est un espoir auquel je me rattache, vu que je suis jeune. Et puis, l’accent est de plus en plus mis sur les femmes dans le flag. Des bourses universitaires sont données aux filles, par exemple, et pas forcément aux garçons. C’est cool pour nous, enfin ! Mais moins pour eux…
Quel est ton rêve aujourd’hui ?
Déjà, aller aux Jeux Olympiques de Los Angeles, en 2028. Et intégrer une ligue professionnelle. Mon rêve absolu serait de pouvoir vivre du flag football.
- Pour suivre « au flag » Aliyah dans sa course aux JO 2028, c’est sur son compte Insta @aliyahelong
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Ouverture ©Aliyah Elong