Le 5 mars dernier, la Confédération africaine de football (CAF) annonçait, sans trembler, le report de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) féminine à deux semaines du coup d’envoi. Motif officiel : des « circonstances imprévues ». Motif réel, que tout le monde connaissait déjà : le Maroc venait d’enchaîner l’organisation de la CAN masculine et n’avait ni le temps ni l’énergie d’accueillir un deuxième grand tournoi dans la foulée.
Le championnat national avait pris du retard, les stades étaient encore chauds de la finale des hommes. Quelques semaines plus tôt, l’Afrique du Sud s’était même positionnée en recours, avant que le Maroc ne soit reconfirmé comme hôte. Résultat : les femmes décalées à l’été, sans qu’on ait jamais vraiment cherché d’alternative pour éviter d’attendre.
Rentrer dans l’ordre, c’est le mot juste. Parce que l’ordre, c’est précisément le problème : celui d’un calendrier où le tournoi féminin se pousse, se décale, s’ajuste. Jamais l’inverse.
Le 22 juillet, quelques jours avant le coup d’envoi, good news : Patrice Motsepe, Président de la CAF, annonce que la prime du vainqueur double, passant à deux millions de dollars, et que l’enveloppe globale du tournoi grimpe de 67 %. Sur le papier, c’est un signal fort. Dans les faits, c’est un chèque qui arrive après l’humiliation, comme si l’argent pouvait effacer le mépris du calendrier qui l’a précédé.
On ne dira pas que cette hausse n’est pas bienvenue. Les joueuses et les fédérations en ont besoin, et il serait malhonnête de bouder l’effort. Mais la générosité de dernière minute n’est pas une politique. Elle ressemble surtout à une manière de se faire pardonner sans jamais reconnaître le fond du problème : tant que le foot féminin africain restera la variable qu’on décale quand les hommes ont besoin de la place, les chèques, même à deux millions, ne changeront rien à l’ordre des priorités.
Les joueuses n’ont pas demandé une prime. Elles ont demandé qu’on cesse de les traiter comme un problème de logistique.