Emily HarropLa reine des sommets qui dévale vers l'or olympique

Emily Harrop, la reine des sommets qui dévale vers l'or olympique
À 28 ans, la skieuse-alpiniste franco-britannique domine son sport depuis quatre ans. De ses blessures en ski alpin à son statut de favorite aux JO de Milan-Cortina, l'histoire d'Emily Harrop est celle avant tout d'une renaissance. Portrait d'une championne qui a transformé ses échecs en triomphe.

Par Titaïna Loiseul

Publié le 11 janvier 2026 à 17h00, mis à jour le 05 février 2026 à 17h43

Il y a des parcours sportifs qui ressemblent à des lignes droites, tracées au cordeau depuis l’enfance jusqu’à la gloire. Celui d’Emily Harrop n’en fait pas partie. Son histoire, c’est celle d’une première vie brisée, d’un exil à Londres loin de la neige, et d’une renaissance spectaculaire dans une discipline où elle règne aujourd’hui en maîtresse absolue. À quelques semaines des Jeux Olympiques d’hiver de Milan-Cortina, où le ski-alpinisme fera ses grands débuts, la native de Bourg-Saint-Maurice s’impose comme la grande favorite. Mais ce titre-là, elle l’a conquis à la force du mental, après avoir dû tout reconstruire.

©Emily Harrop/Facebook

Quand le rêve alpin s’écroule

Emily Harrop naît le 27 septembre 1997 à Bourg-Saint-Maurice, en plein cœur de la Tarentaise, cette vallée savoyarde qui avait accueilli les JO d’Albertville cinq ans plus tôt. Ses parents britanniques, installés dans les Alpes françaises, la mettent sur des skis à l’âge de 2 ans. À 6 ans, elle est déjà inscrite dans un club. La montagne, c’est son terrain de jeu, sa normalité. Très vite, elle se dirige vers le ski alpin de compétition, son profil physique et sa détermination lui permettant de grimper les échelons.

De 15 à 19 ans, elle évolue sur le circuit FIS, intégrant le club alpin de Tignes. Spécialiste de la descente, elle décroche même un titre de championne de France junior de descente en 2015. Les résultats sont là, l’avenir semble tracé. Mais son corps, lui, commence à dire stop. Les blessures s’accumulent, chaque convalescence devient plus longue, plus difficile mentalement. Emily Harrop se souvient qu’on lui conseillait de passer du temps en salle de musculation pour prendre de la masse, alors qu’elle préférait le running. Son profil endurant ne colle pas avec les exigences physiques de la descente. En 2017, elle met un terme à sa carrière alpine avec une 26e place en slalom géant aux championnats de France.

À 19 ans, avec un corps meurtri et un rêve brisé, Emily Harrop fait un choix radical. Elle tourne le dos à la compétition et part étudier à Londres, loin des montagnes qui ont façonné son enfance. Pour cette fille des sommets, c’est une forme d’exil. Elle se lance dans des études de management à Grenoble, décidant de privilégier les bancs de l’école à l’incertitude d’une carrière sportive. Dans l’esprit d’Emily, c’est fini. Le sport de haut niveau est derrière elle.

©Emily Harrop/Facebook

La montagne rappelle toujours les siens

Mais voilà, on n’échappe pas à ses premières amours. Ado, Emily Harrop pratiquait déjà le ski de randonnée avec son père, souvent en fin de saison alpine ou pendant les périodes de repos. Cette liberté de mouvement en pleine nature, cette communion avec la montagne sans les contraintes de la compétition, ça lui manque. À Londres, elle est loin de tout, loi d’elle. Elle commence alors à lire des guides du Vieux Campeur, à se documenter sur le ski-alpinisme. Elle s’achète du matériel, presque en cachette, comme si elle n’osait pas encore y croire vraiment.

De retour en France, débrouillarde mais pas encore introduite dans le milieu, la demoiselle navigue sur internet pour comprendre ce sport et trouver des courses aux alentours. Elle commence par ce qu’on appelle dans le jargon « les courses à saucisson », ces compétitions locales où l’ambiance compte autant que la performance. Et là, surprise : elle est bonne. Vraiment bonne. Elle découvre qu’elle possède exactement le profil physique que le ski-alpinisme récompense, ce mélange d’endurance, de technicité en montée et en descente, de capacité à enchaîner l’effort pendant des heures.

En 2019, à 22 ans, après une blessure en trail qui la contraint à solliciter un coach, Lucas Mary, tout s’accélère. Elle intègre l’équipe de France pour la saison 2019-2020 et débute sur le circuit de Coupe du monde. Ce qui devait être une simple reconversion devient une révélation. À l’époque, elle n’imaginait pas en arriver là, mais son ascension est fulgurante.

©Emily Harrop/Facebook

Sept sur sept, la domination absolue

Le 16 décembre 2021 marque le tournant. À Adamello, en Italie, Emily Harrop remporte sa première victoire en Coupe du monde, sur le sprint, cette discipline nerveuse et spectaculaire qui deviendra sa marque de fabrique. C’est le début d’une série historique. La saison 2021-2022 explose tous les compteurs : elle est élue révélation de l’année, s’empare de son premier gros globe de cristal du classement général et du globe du sprint. Elle ajoute à cela le titre de championne du monde par équipe avec Axelle Gachet-Mollaret ainsi qu’en relais mixte avec Thibault Anselmet.

En septembre 2021, Emily Harrop intègre l’Armée des Champions, l’équipe de France militaire de ski, ce qui lui permet de devenir athlète professionnelle à plein temps tout en poursuivant ses études de management. Elle signe son premier contrat avec VISEO, une entreprise qui partage ses valeurs de performance et de responsabilité environnementale. Son mémoire de fin d’études porte justement sur l’implication des marques outdoor dans la préservation de l’environnement, un sujet qui lui tient particulièrement à cœur. Elle n’est pas seulement une athlète, elle est une femme engagée qui pense l’après, qui réfléchit à l’impact de sa pratique.

Depuis 2022, Emily domine le ski-alpinisme mondial avec une régularité impressionnante. Quatre saisons consécutives terminées en tête du classement général de la Coupe du monde, quatre globes du sprint, un globe de l’individuel en 2024, un globe de la verticale en 2025. Sa polyvalence est exceptionnelle, mais c’est sur le sprint qu’elle est devenue quasiment imbattable. La saison 2024-2025 restera comme l’une des plus impressionnantes de l’histoire de la discipline : sept victoires en sept courses de sprint, dont le test-event à Bormio, le site qui accueillera les épreuves olympiques dans quelques semaines. Sept sur sept. La perfection absolue.

Emily totalise huit podiums, dont quatre victoires, en huit courses individuelles cette saison. Elle n’est pas seulement au top physiquement, son mental a joué un rôle crucial dans son ascension. La confiance engrangée au fil des victoires la porte constamment vers les premières places, comme si elle était engagée dans un cercle vertueux.

©Emily Harrop/Facebook

Pierra Menta, la course mythique à domicile

Si Emily Harrop brille sur le circuit mondial, elle règne aussi sur les courses mythiques. La Pierra Menta, organisée chaque année à Arêches-Beaufort en Savoie, est considérée comme l’une des compétitions les plus exigeantes au monde. Quatre jours de course, 10 000 mètres de dénivelé positif, quinze sommets à franchir entre 2 000 et 2 687 mètres d’altitude. Un monument du ski-alpinisme.

En 2023, Emily y participe pour la première fois aux côtés d’Axelle Gachet-Mollaret, la référence absolue du ski-alpinisme féminin français. Les deux femmes s’imposent et réalisent le grand chelem en remportant les quatre étapes. En 2024, elles récidivent. Quatre étapes et quatre victoires pour l’équipe Gachet-Mollaret et Harrop sur la Pierra Menta 2024, avec une confortable avance sur la paire italienne. Deux titres consécutifs sur la course la plus dure du calendrier, c’est l’affirmation d’une domination totale.

Pour Emily Harrop, c’est bien différent des manches de Coupe du monde : AxelleGachet-Mollaret est bien plus qu’une partenaire, elle lui sert quasiment de mentor. Axelle, mère de famille et kinésithérapeute, revient toujours au sommet après chaque grossesse. Respect pour ce modèle de résilience et de détermination.

Avec Axelle Gachet Mollaret…©Emily Harrop/Facebook

Les femmes qui l’inspirent

Depuis toute petite, Emily Harrop s’inspire de femmes comme elle, mais aussi comme Lindsey Vonn, cette championne américaine de ski alpin devenue la première championne olympique de descente de l’histoire des États-Unis lors des JO de Vancouver. « J’avais des étoiles dans les yeux quand je la voyais passer en descente », confiait-elle lors du Festival Femmes en Montagne où elle présentait son film « Reasons to rise » en 2023. Le courage face aux blessures, la capacité à toujours revenir, ça résonne profondément en elle qui a vécu le même calvaire.

Plus tard, quand son intérêt se tourne vers les disciplines d’endurance, ce sont les traileuses Emelie Forsberg, Anne-Lise Rousset avec son record du GR20, ou encore la fondeuse Jessie Diggins qui lui donnent des frissons. Des femmes qui repoussent les limites de l’endurance, qui redéfinissent ce que signifie être forte.

Un mental d’acier sous des apparences tranquilles

Ce qui frappe chez cette championne attachante, c’est ce contraste entre sa douceur apparente et sa force mentale. Elle a une personnalité tout à elle, capable de déclamer chaque ligne d’un titre de rap américain dans le minibus des athlètes, avec cette humeur pétillante qui fédère autour d’elle. Emily Harrop ne monopolise jamais la lumière, s’excuse presque de commencer à battre ses coéquipières. Dans un milieu dominé par des personnalités taiseuses, elle a le contact facile, elle est ouverte à tout ce que le ski-alpinisme moderne lui propose.

Mais sous cette gentillesse se cache une compétitrice redoutable. Ses victoires sont un boost pour la confiance, elle sait qu’elle a bien travaillé avec son entraîneur pour arriver dans cette forme physique, et maintenant il faut juste que tout se mette en place, qu’elle se fasse confiance. Emily Harrop a appris à gérer la pression, à transformer le stress en énergie positive. Sur la ligne de départ, elle est concentrée, déterminée, presque sereine. Elle sait qu’elle est la meilleure, elle l’a prouvé sept fois d’affilée cette saison.

©Emily Harrop/Facebook

Milan-Cortina 2026, l’aboutissement

Dans quelques semaines, le ski-alpinisme fera ses grands débuts olympiques à Bormio, sur les pentes du Stelvio Ski Centre. Pour Emily, c’est le rendez-vous d’une vie. Elle y arrive avec le statut écrasant de favorite, mais aussi de pionnière. Elle sera l’une des premières championnes olympiques de l’histoire de sa discipline. Le sprint femmes et le relais mixte avec Thibault Anselmet, son binôme avec qui elle a remporté les titres mondiaux en 2023 et 2025, sont ses deux chances de médailles.

La pression est énorme, mais miss Harrop l’a déjà prouvé sur le test-event de Bormio en décembre dernier : elle connaît la piste, elle l’a domée, elle est prête. Cette année pré-olympique, elle a su hausser son niveau, comme une preuve que ses trois globes de cristal sont un accomplissement, pas un aboutissement. Elle n’est pas venue pour participer, elle est venue pour gagner. Et dans son sport, quand Emily Harrop est au départ d’un sprint, les autres partent déjà avec un handicap.

©Emily Harrop/Facebook

Après l’or, le sens

Mais Emily Harrop ne se réduit pas à ses performances. Elle a grandi, mûri. Elle pense déjà à l’après-carrière, à l’impact qu’elle peut avoir au-delà des podiums. Son engagement pour l’environnement n’est pas un vernis marketing, c’est une vraie préoccupation. Elle essaie de faire au mieux, d’agir à son échelle. Elle a commencé à faire du VTT électrique pour limiter ses déplacements en voiture vers les montagnes. Un pas après l’autre.

C’est peut-être ça, le plus beau dans le parcours d’Emily Harrop. Ce n’est pas seulement une histoire de médailles et de records, c’est l’histoire d’une femme qui a su rebondir après l’échec, qui a transformé ses failles en forces. À 19 ans, blessée et perdue, elle aurait pu raccrocher définitivement. Elle a choisi de se réinventer. À 28 ans, elle est au sommet de son art, mais elle garde les pieds sur terre, elle pense aux autres, à la planète, à ce qu’elle laissera après son passage.

Son message aux jeunes filles qui rêvent de suivre ses traces ? « Ayez confiance en vous et si vous avez envie, allez-y foncez, rapprochez-vous des bonnes personnes, croyez en votre projet ». Des mots simples, mais qui sonnent juste quand ils viennent de quelqu’un qui a vécu l’échec avant la gloire, qui a dû tout reconstruire depuis zéro.

La force tranquille des Alpes

Il y a quelque chose de profondément alpin dans l’histoire d’Emily Harrop. Cette capacité à encaisser les coups, à tenir dans la tempête, à rester debout quand tout s’effondre. Ces montagnes qui l’ont vue naître, qui l’ont vue tomber et se relever, elles sont inscrites en elle. Quand elle monte à peaux de phoque sur les pentes de Bormio, elle ne fait pas que gravir une montagne, elle remonte toute son histoire, toutes ces années de doutes et de reconstructions.

Le 8 février 2026, Emily Harrop s’élancera dans le sprint femmes de ski-alpinisme des Jeux Olympiques de Milan-Cortina. Elle portera sur ses épaules les espoirs d’une discipline naissante, d’une équipe de France qui compte sur elle, et surtout son propre rêve enfin à portée de main. Emily Harrop n’est pas juste une championne, elle est la preuve qu’on peut toujours se réinventer, qu’aucune blessure n’est définitive, qu’aucun échec n’est fatal.

Et ça, ça vaut tous les ors du monde.

©Emily Harrop/Facebook

Ouverture ©Emily Harrop/Facebook

Vous aimerez aussi…

Manon Hostens

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une kayakiste qui vit au fil de l’eau (Manon Hostens sur notre photo), une Question qui tue spécial grand âge, une cycliste sur les routes de la gloire ou encore une judokate statufiée… c’est le meilleur d’ÀBLOCK! cette semaine !

Lire plus »
Championnat du monde de para athlétisme, le récap'

Mondiaux de para athlétisme 2023, l’heure du récap’

Ils ont quitté la piste. Le 17 juillet, les athlètes handisport ont bouclé, à Paris, leurs Championnats du monde de para athlétisme. Dernière grosse échéance avant le rendez-vous des Jeux Paralympiques de Paris 2024, ces Mondiaux faisaient office de test avant le grand bain. Petit résumé de la compet’.

Lire plus »
Nicole Abar

Nicole Abar : « J’aimerais dire que les filles et le foot, c’est gagné, mais il y a encore beaucoup à faire. »

En 2015, l’ex-internationale de foot Nicole Abar participait au documentaire « Femmes de Foot » réalisé par deux adolescentes. Elle y témoignait de son enthousiasme quant à l’évolution des mentalités pour ce qui est des jeunes filles et du ballon rond. Qu’en est-il presque dix ans après ? Elle nous répond et ce n’est pas aussi « merveilleux » que ça en a l’air.

Lire plus »
Sine Qua Non Run 2025, et c'est reparti pour le show !

Sine Qua Non Run, et c’est reparti pour le show !

Ce samedi 15 mars, la 7e édition de la Sine Qua Non Run débutera à 18 heures. La soirée appartiendra aux participantes et participants, qui seront tous là pour piétiner les violences sexistes et sexuelles subies par les femmes. Le tout dans une ambiance festive, en pleine Ville Lumière.

Lire plus »
Svana Bjarnason : « Sans le sport, l’endométriose m’aurait fait sombrer dans la dépression. »

Svana Bjarnason : « Sans le sport, l’endométriose m’aurait fait sombrer dans la dépression. »

Elle est Franco-Islandaise et grimpeuse semi-pro. Svana Bjarnason, tout juste 34 ans, souffre d’endométriose depuis presque vingt ans. Une maladie qui ne lui a été diagnostiquée que très récemment, après des années d’errance médicale. Depuis, l’ancienne membre de l’équipe de France est entrée en lutte : contre la maladie et contre le silence qui l’entoure. Rencontre avec une fille qui a décidé de faire du bruit.

Lire plus »
Alexia Barrier : « Pendant ce Jules-Verne, on a été capables de rire, de danser, de rester joyeuses quoi qu'il advienne. »

Alexia Barrier : « Pendant ce Jules-Verne, on a été capables de rire, de danser, de rester joyeuses quoi qu’il advienne. »

Elle a bouclé le Trophée Jules-Verne avec un équipage 100 % féminin. Un exploit. Une première. Alexia Barrier, navigatrice et héroïne des temps modernes, a réussi son pari : avec ses sept équipières en 57 jours et 21 heures, elle a bouleversé l’histoire de la voile en multicoque. Et n’a qu’une envie, à peine le pied à terre : repartir !

Lire plus »
Caroline Garcia, la saison n'est pas finie…

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Un triathlon interactif, deux Ultra-Trails à couper le souffle, une tenniswoman qui est de retour au top (Caroline Garcia sur notre photo), une militaire à la force spéciale, une pionnière du ballon ovale et la Question Qui Tue, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! pour cette semaine. En attendant la prochaine…

Lire plus »
La question qui tue : Summer body

Je suis gourmande et je veux un summer body, je fais comment ?

Le summer body…tout un programme ! Mais y a-t-il un seul body ? Celui dicté par les normes commerciales et sociétales ? Ou celui qu’on souhaite à son image ? Bref, ici, le summer body, c’est celui qui se montre sans complexe sur la plage. Et pour ça, la plupart du temps, on essaye de le délester de quelques kilos. Alors, ok, essayons de répondre, une fois pour toutes, à cette interrogation qui vise à faire du corps et de la gourmandise des ennemis. La réponse de notre coach, Nathalie Servais*.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner