Marta Kostyuk L’Ukrainienne qui rebondit sur d’autres terres

Marta Kostyuk, l’Ukrainienne qui rebondit sur d’autres terres
Elle vient de se qualifier pour les demi-finales de Roland-Garros. À 23 ans, l’Ukrainienne Marta Kostyuk s’impose comme l’une des joueuses les plus importantes du circuit — pas seulement pour ce qu’elle gagne, mais pour ce qu’elle dit, ce qu’elle refuse, et ce qu’elle porte sur les épaules chaque fois qu’elle entre sur un court.

Par Titaïna Loiseul

Publié le 02 juin 2026 à 16h47, mis à jour le 25 août 2026 à 17h05

Le matin du 24 mai, Marta Kostyuk a appris qu’un missile russe venait de tomber à cent mètres de la maison de sa mère, à Kiev. Elle avait dix-sept personnes de sa famille là-bas. Elle ne savait rien de ce qu’il s’était passé. Elle est quand même allée jouer son premier tour. Elle a gagné. Et après le match, les yeux rouges, cette joueuse de tennis d’une autre trempe a confié que ça avait été « l’un des plus difficiles de sa carrière ». Et ce n’était pas à cause de son adversaire. C’est ça, Marta Kostyuk. Une demoiselle de 23 ans qui vit en split permanent entre la terre battue de Paris et celle de son enfance où une guerre n’en finit pas.

Née à Kiev en 2002, Marta Kostyuk a grandi dans une famille de tennis, sa mère Talina, ancienne joueuse professionnelle, a été sa première entraîneuse. Mais avant le tennis, il y a eu la gymnastique. Sept ans de discipline absolue, pratiquée en parallèle, jusqu’à intégrer l’équipe nationale ukrainienne et terminer quatrième aux championnats du pays. Elle a arrêté à 11 ans. « Ça m’a beaucoup aidée physiquement, mais j’ai dû gérer beaucoup de conséquences ensuite. C’est un sport extrêmement strict. Dès l’âge de 8 ou 10 ans, je me pesais vingt ou trente fois par jour. Ça laisse des cicatrices mentales importantes. » Le sport n’a jamais été un refuge pour elle. Il a souvent été une épreuve. Mais cette fille-là est une battante et le rire est sans doute son arme la plus redoutable.

©Marta Kostyuk/Facebook

Depuis le début de l’invasion russe en février 2022, Marta Kostyuk a pris une décision : ne plus serrer la main des joueuses russes et biélorusses. Pas par hostilité gratuite. Par refus du silence. Quand elle a été sifflée par le public du Chatrier en 2023, après avoir ignoré la poignée de main d’Aryna Sabalenka, elle n’a pas reculé. Elle a dit : « Les gens devraient avoir honte. » Elle avait 20 ans. Ce qui la distingue, c’est que sa position n’est pas figée. Quand Daria Kasatkina a renoncé à sa nationalité sportive russe et pris position contre la guerre, miss Kostyuk lui a serré la main. « Ce n’est pas de la politique, c’est une question d’humanité. » Nuance, cohérence, courage.

©Marta Kostyuk/Facebook

Sur le court, la saison 2026 est celle de la confirmation. Titrée à Rouen puis à Madrid en WTA 1000 — où elle a célébré sa victoire d’un backflip, salué jusqu’à Nadia Comaneci —, elle a ensuite sorti Iga Swiatek en huitièmes de finale en moins d’une heure quarante. Ce mardi, à Roland-Garros elle s’est offert une place en demi-finale en battant sa compatriote Elina Svitolina. Un duel d’Ukrainiennes sur le court central de Paris, en 2026. Il fallait un moment pour saisir ce que ça signifiait.

©Marta Kostyuk/Facebook

Ce qui frappe, au fond, c’est que Marta Kostyuk ne demande pas à être épargnée. Elle ne joue pas la victime. Elle joue. Tout simplement. Et elle joue avec tout ce qu’elle est, tout ce qu’elle porte. Sa raquette claque comme une déclaration.

©Marta Kostyuk/Facebook

Ouverture ©Marta Kostyuk/Facebook

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