« Le sport, chez nous, c’est un truc de famille. Mon père a toujours été très sportif. Il a fait de la pirogue, pratiqué la musculation, la course à pied. Mais il ne nous a jamais forcés, plutôt montré l’exemple. Pour moi, le sport est un mode de vie depuis toujours : si on est en colère, on va courir ; si on est en forme, on va pratiquer. Je pense vraiment que c’est un cadeau que nous ont fait nos parents. On n’a pas appris à faire du sport, c’est dans notre ADN. Le sport faisait partie de la journée, point barre. On ne réfléchissait même pas, c’était naturel de se mettre en mouvement. J’ai un frère de 32 ans qui est coach de sport et prof de yoga. Un autre petit frère de 18 ans qui est champion de lutte. Et ma grande sœur fait aussi du sport tout le temps.
Moi, je pratique le foil. Tous les enfants de Tahiti ont une planche de surf ou un truc qui flotte. L’île est tellement petite que, le week-end, on se retrouve tous à la mer. Mon père nous emmenait toujours surfer le week-end. Mais je n’ai jamais pratiqué dans un club. J’étais une adolescente girly et, étudiante, j’ai surtout fait de la marche pour m’entretenir, être belle.
Le foil est arrivé dans ma vie il y a tout juste cinq ans. C’est un copain qui, un jour, m’a dit : « Viens, on part en bateau, c’est le sunset. Et on va tester le foil ». J’ai dit non, j’avais peur. En fait, j’ai peur de la noyade. Parce que plus jeune, à 14 ans, lorsque j’ai appris à faire du surf avec mon père, je suis tombée dans une suite de vagues et mes voies respiratoires se sont bloquées à cause du stress. Je me suis dit : « Ça y est, je vais mourir ». Mais j’ai réussi à remonter sur ma planche et à prendre une mousse pour retourner au bord. Et à partir de là, je me suis assise sur la plage et j’ai dit : « Le surf, plus jamais ! ». C’était une crise de panique. J’étais traumatisée. Ce qui m’a permis d’y revenir, ce sont les cours d’apnée. Je devais réapprendre à respirer dans l’eau et ainsi faire la paix avec la mer.
Donc, le foil, j’ai fini par essayer. La première fois, je suis tombée, la deuxième, pareil. Galérer comme ça pour un sport qui a l’air tellement fun, ça rend humble. Mais moi, quand je rate quelque chose, je deviens acharnée et alors je n’ai plus eu qu’une envie : rider ! Je voulais absolument réussir. Ça a vite marché parce que je suis assez athlétique, je gère bien mes appuis. À partir de là, j’ai découvert une communauté de jeunes foilers extra, un environnement hyper sain. C’était coucher de soleil, mer, sport. Je suis devenue accro à ce mode de vie.
Je pratique le foil tractée derrière le jet ski et on nous lance sur des vagues de récifs. On va au large attraper les vagues de l’océan et rider de vague en vague. On va, comme ça, de Tahiti à Moorea, l’île qui est en face. Il y a un petit chenal de 45 minutes de navigation en foil. Je fais aussi de la wing foil, où l’on surfe avec un foil et une aile de deltaplane. Ce n’est pas ma discipline préférée en foil, mais j’y arrive. J’adore ce sport parce que, peu importe la météo, qu’il y ait du vent, de la pluie, des vagues, de l’eau plate, ce que tu veux, il y aura toujours un moyen de faire du foil. Quand la mer est calme et qu’il n’y a pas de vagues, on va rider derrière le bateau. Ensuite, s’il y a de la houle, le jet-ski va nous poser sur la vague, il suffit de lâcher la corde et tu rides comme un surfeur. Ensuite, il y a le downwind au large. C’est quand il y a du vent et de la houle dans l’océan, en dehors du lagon. Pour le pratiquer, il faut du vent à fond la caisse parce que tu n’as pas de moteur sur le foil. Dans ce cas-là, tu rides pendant des heures de bump en bump, c’est comme ça qu’on appelle les vagues de l’océan. Bref, c’est la régalade à chaque fois !
Le foil, c’est une pure sensation de liberté, tu voles comme un oiseau. Et il y a la glisse aussi évidemment car tu es sur une vague mais il y a vraiment cette sensation de voltige. C’est très impressionnant même si tu n’es pas très haut au-dessus de l’eau, ça équivaut environ à 50 centimètres. Ce n’est pas tellement différent du surf, du wakeboard et des autres disciplines de glisse.
Avoir réussi à faire du foil et à prendre ma place en tant que fille dans ce milieu, ça a été hyper fort pour moi. Je n’ai rien lâché. Et c’est à partir de là que j’ai voulu créer une communauté de femmes autour du foil. Pour s’entraider. Je voulais leur dire : « Écoutez, on va se trouver un bateau, on va aller rider ensemble, on va tomber ensemble, et moi, je vous donnerai tous mes tips ». C’est comme ça que j’ai créé « Elle Foil ».
J’ai fait pas mal d’initiations de jeunes femmes et jeunes filles pour qui les sports de glisse étaient complètement inconnus. Certaines n’avaient jamais mis les pieds dans l’eau ! L’idée, c’était de les mettre à l’aise car le foil peut être un sport intimidant. Parce qu’il y a la peur de se blesser. C’est au bout d’un an de pratique que j’ai pensé à créer ce safe space pour les femmes. « Elle Foil », c’était pour un clin d’œil au magazine Elle. Et j’ai créé un compte Instagram pour les filles qui cherchaient des conseils, de l’aide, et une communauté féminine et bienveillante autour du foil. Ça n’existait pas. C’est vite devenu une association parce que je me suis mise à organiser des initiations. Depuis, il y a de plus en plus de rideuses à Tahiti.
Mais les filles ont encore peur de participer en compétition, de montrer leur performance devant les garçons. Moi, je dis aux filles qu’on s’en fout de ce que les mecs pensent. L’idée étant de passer un moment ensemble, de se créer une journée sympa. Avant ça, les filles ne venaient pas faire du foil parce qu’il y a surtout des groupes de mecs et quand ils apprennent le foil aux filles, ils n’ont aucune patience, ils passent leur temps à dire : « Ce n’est pas comme ça qu’on fait »… Ce qui a tout changé pour moi, c’est que j’ai grandi avec des frères, j’ai appris avec des garçons et puis j’ai un petit caractère de cochon. J’ouvre ma bouche ! Mon idée avec « Elle Foil » a été la touche féminine : être dans l’attention, utiliser des mots différents pour faire comprendre comment poser son pied, être sur ses appuis etc. Et surtout, montrer qu’on est là pour faire ça de manière safe, parce que tu peux facilement te couper ou te ramasser une planche en plein visage. J’ai toujours insisté sur les règles de sécurité. Les mecs, eux, ils s’en foutent. Ce sont des casse-cous.
Et puis, il y a la connexion féminine, ça, c’est immédiat. On se parle, on se raconte nos trucs. Ça fédère direct et ça crée un climat de confiance. Il n’y a qu’une femme qui peut comprendre une femme. Ça, ça brise la glace, direct ! Comme je suis coach, je leur explique quel muscle contracter, sur lequel appuyer, elles se sentent bien encadrées. Je leur apprends à rester dans l’eau, à ne pas craindre de tomber. Certaines ont honte de chuter parce que le bateau doit faire un tour pour les récupérer. Quand c’est le cas, j’essaie de mettre une bonne ambiance sur le bateau. Parce qu’avec toute cette logistique, la sortie est longue pour faire pratiquer tout le monde, on passe cinq heures dans l’eau.
J’aime l’idée d’aider les gens. Devenir coach, c’est la solution que j’ai trouvée pour ça. Je fais la même chose en foil qu’en yoga aujourd’hui. Il y a un an et demi, je me suis formée pour être prof de yoga, discipline que je pratique depuis plusieurs années. Ça m’a énormément aidée à gérer une période difficile pendant laquelle j’ai appris à méditer et à respirer. Je me suis dit qu’en prenant de l’âge et en devenant maman, il était logique de se diriger vers quelque chose de plus doux et de plus orienté vers la spiritualité. Donc aujourd’hui, je fais les deux : je suis coach de sport le matin et prof de yoga l’après- midi. Mon vrai marché, ce sont les femmes. Pourquoi les femmes en particulier ? Parce qu’en tant que femmes, on va généralement avoir du mal à aller dans des salles, c’est un endroit très masculin, il y a de la fonte partout. Tu ne sais pas trop quoi faire. Tu ne sais pas où te mettre. Moi, je propose des cours à des femmes de tous les profils : des jeunes filles, des mamans, des femmes ménopausées, des plus de 60 ans.
Le yoga, d’ailleurs, m’a aidée à réguler le stress que j’avais face à l’océan. Mais aussi face aux millions de bestioles qui se trouvent dans l’eau quand on va au large. Parfois, il y a des orques, des requins-tiges ou des requins-marteaux qui font deux mètres de long. Tu es obligée de te dire que c’est l’habitat naturel de ces petits animaux. Nous, on n’a presque rien à foutre là ! C’est pour ça que tu dois ne faire qu’un avec l’océan. Parce que tu as décidé de faire un sport qui est un peu à risque. Moi, je me mets dans un temps méditatif pour gérer ça et je me dis que si l’univers me laisse faire mon sport en paix et en sécurité, tant mieux, mais que si je rencontre une bestiole, il ne faudra pas que je panique parce qu’elle est dans son habitat naturel. On en a déjà rencontré des grosses bestioles ! Et franchement, je le dis posément parce que, maintenant, j’ai les pieds sur terre : si tu me mets dans l’eau et que tu me demandes : « Alors, du coup, tu fais quoi avec le requin ? », je peux te dire que je pleure !
Aujourd’hui, je suis à cinq mois et demi de grossesse, j’arrive sur mon sixième mois. Donc là, ça commence à… prendre de la place, à prendre du volume. Je n’ai pas du tout l’habitude, c’est mon premier. C’est une aventure hyper enrichissante. Je continue à faire mon sport mais moins intensément. Ça me permet de vivre plus sereinement chaque jour de ma grossesse et le fait que je prends du poids, ce qui est inévitable. Mon corps est en train de carburer pour créer la vie et c’est déjà un entraînement physique de toute la journée.
Maintenir une condition sportive aide, c’est certain, parce que plus tu entretiens tes petits muscles, plus tu peux continuer à bouger ton corps et l’entraînement sportif procure, en plus, les hormones du plaisir. Se forcer un petit peu à faire du sport adapté à ton corps quand tu es enceinte, c’est gagnant-gagnant. À chaque fois que je termine mes séances de sport, je me dis merci. En résumé, le sport, c’est toute ma vie. Sous toutes ses formes. Le coaching est mon métier de base. Ensuite, avec le yoga, je retrouve l’équilibre, ma féminité et la spiritualité. Et pour la partie loisir, c’est l’eau, le foil et le surf. Le week-end avec mon copain, c’est synonyme d’activités physiques. On aime ça, bouger. »
- Pour vivre par procuration des sunsets de rêve et se mettre réellement au sport, suivez le guide depuis Tahiti sur le compte Insta de Kohotu @kohotu
Ouverture ©megane.s.photography