Lyca Mobile, c’est quoi au départ ?
C’est l’histoire d’un migrant sri-lankais, Subaskaran Allirajah, arrivé en France à la fin des années 1990. Installé dans le quartier de la Chapelle à Paris, il a observé le besoin autour de lui : rester en contact avec les familles demeurées au Sri Lanka. Appeler l’international, c’était cher et compliqué. Il a ouvert des call shops, puis créé des cartes téléphoniques, puis saisi l’opportunité des opérateurs mobiles virtuels aux Pays-Bas. Lyca a couvert toute l’Europe en une dizaine d’années. En France depuis 2012, on est aujourd’hui le cinquième opérateur, totalement indépendant, appartenant encore entièrement à notre actionnaire fondateur.
Et pourquoi choisir de vous associer au sport ? Pourquoi le foot ?
Lyca est un opérateur de proximité. J’ai soixante commerciaux qui tournent partout en France, dans plus de dix mille boutiques installées dans les quartiers populaires. On est présents partout, tout le temps. Mais Lyca n’a jamais eu dans son ADN de communiquer. On fait des choses parce qu’on y croit, sans objectif immédiatement mercantile. Depuis quelques années, on veut s’ancrer davantage dans chacun de nos marchés. Et le football, c’est l’ADN commun à toute notre clientèle. Le plus populaire, le plus fédérateur.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet Paris FC ?
Plusieurs éléments. Un club populaire, ancré dans l’est parisien, pas élitiste. Une ambition de montée qui faisait écho à la nôtre : on était en Ligue 2 tous les deux, et on voulait monter ensemble. Et surtout un élément décisif : Pierre Ferracci a toujours mis l’équipe masculine et l’équipe féminine comme les deux jambes de son projet. D’une manière honnête, sans washing. Il y croyait vraiment. Et le fait est qu’il a réussi plus vite avec les filles qu’avec les garçons.
Sans l’équipe masculine, auriez-vous dit oui au PFC féminin seul ?
Évidemment, il faut les deux. Si on était une marque de produits féminins, la question ne se poserait pas. Lyca est agnostique du point de vue du genre — on sert des hommes et des femmes de manière équivalente. Cela dit, le sport féminin a des qualités que j’ai découvertes en y étant confronté. Un jeu plus franc, plus fair-play, sans comédie. Les joueuses ne restent pas par terre un quart d’heure. C’est vraiment très agréable.
Comment ce partenariat s’est-il concrètement activé ?
Au début, il était passif. Un logo sur un maillot, de l’argent versé, mais pas d’implication opérationnelle. Depuis un an, j’ai repris les choses. Une action concrète : avant chaque match important, filles comme garçons, on envoie des SMS à notre base parisienne de clients pour les inviter au stade. Couplé à la gratuité instituée par Ferracci, ça a contribué à créer un engouement. On est passé de quelques centaines de spectateurs à un stade plein pour les garçons, moitié plein pour les filles. C’est une vraie différence.
Avec l’arrivée de LVMH au capital, vous n’avez pas eu peur d’être éclipsés ?
C’est maintenant que ça prend tout son sens. On a parié tôt, sur le long terme, sans retour immédiat attendu. Beaucoup de gens se découvrent aujourd’hui une passion pour le Paris FC. Nous, on était là avant. Ça nous permet de regarder ça avec distance et satisfaction. Notre vocation : y rester. On veut monter en Ligue 1 ensemble. On est les petits qui viennent gratouiller les gros.
Qu’est-ce qui ferait vraiment bouger les lignes pour le sport féminin ?
Des résultats. La victoire de Yannick Noah à Roland-Garros a fait exploser les licenciés en tennis. Il faut des marqueurs de réussite. C’est un cercle vertueux : la réussite amène de l’intérêt, qui amène des droits télévisés, de la publicité, des moyens. Et pour avoir de la réussite, il faut des partenaires qui croient au projet avant que ça brille. C’est exactement ce qu’on a essayé de faire.
Vous avez cité Gaétane Thiney comme un vrai rôle modèle. Pourquoi elle ?
C’est une personnalité remarquable. Gaétane Thiney aurait pu avoir une carrière bien plus médiatisée, financièrement notamment. Elle a refusé. Elle a dédié sa vie sportive au développement du club, au modèle qu’elle voulait porter. Elle a tiré cette équipe pendant des années comme une grande sœur — avec quinze ans de plus que la plupart de ses coéquipières. Elle a de l’autorité naturelle, une intelligence du propos. Tenir sa carrière jusqu’à 38 ans, c’est exceptionnel. Elle mérite des portraits. Elle mérite d’être mise en lumière.
Qu’est-ce que Lyca représente finalement dans le sport féminin ?
Un petit qui essaie d’embêter les gros. C’est notre ADN. Celui du Paris FC aussi. On n’a pas les budgets des grandes marques. Pas de communication massive. Mais on est là dans la durée : on invite nos clients au stade, on flèche nos taxes professionnelles vers la formation du club, on pousse les portraits des joueuses qui le méritent. Ce n’est pas spectaculaire. Mais c’est honnête.