Zoé : « Le sport n’est pas que performance, c’est aussi un moyen de connaître son corps. »Ex-danseuse professionnelle, yogi, 28 ans, ostéopathe

Zoé : « Le sport n’est pas que de la performance, c’est aussi un moyen de connaître son corps. »
Toute petite, elle a chaussé ses pointes dans le rude monde de la danse professionnelle. Mais c’est par le soin du et des corps qu’elle a trouvé du sens à la pratique sportive. Aujourd’hui ostéopathe, Zoé tente de transmettre une autre vision du sport : moins dans la performance, plus dans l’écoute de soi. Mens sana in corpore sano !

Propos recueillis par Claire Bonnot

Publié le 12 octobre 2021 à 18h05, mis à jour le 20 octobre 2021 à 18h21

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« On peut dire que la danse est dans mes gènes, ma mère étant danseuse. J’ai commencé avec elle par des cours d’initiation.

J’avais à peine 4 ans et je voulais déjà entrer au Conservatoire. J’y suis allée dès l’âge de 6 ans, à Paris, puis à Bordeaux où nous avions déménagé, lorsque je suis entrée au collège.

J’avais des horaires aménagés pour pratiquer le contemporain et le classique. Mon projet était donc d’être danseuse. À 16 ans, j’intégrais le conservatoire régional de Paris.

Cette passion chevillée au corps m’a poussée à prendre des décisions très fortes dans ma vie en général. Je savais déjà pourquoi je me battais dès le lycée. Je pense que c’est assez porteur.

Dans ma vie de femme, la danse a été à double tranchant. D’un côté, en tant qu’adolescente, ça m’a poussée à avoir une conscience de mon corps plus développée et à m’exprimer, à me pousser dans mes retranchements, à avoir de l’exigence et de la fierté pour ce que j’étais corps et âme.

En revanche, même si je ne m’en suis pas trop mal sortie, j’ai subi les travers de l’exigence quant à l’image corporelle de la danseuse.

Ce n’est pas forcément facile à gérer quand on est jeunes. Concernant le sport en général, je crois vraiment que ça a été un pilier dans mon parcours de femme et de découverte de moi-même. Je crois n’avoir jamais dissocié ce qui concerne mon corps de ce qui concerne le reste de ma vie.

Pour moi, la danse, c’est une énergie qui résonne. Je me sens libérée et puissante quand je danse. Pas dans le sens d’un ego qui s’exprime avec force, mais plutôt qui s’épanouit dans la confiance en soi.

Puis, j’ai découvert le métier d’ostéopathe. Pendant mes études de danse puis lorsque j’ai été danseuse professionnelle, j’ai été suivie par un ostéo régulièrement.

J’avais déjà fait mon stage de troisième au sein d’un cabinet d’ostéopathie. Ça m’intéressait. Plus tard, en bossant dans des théâtres comme danseuse, j’ai fait une rencontre décisive avec un professionnel du secteur. Il ne mettait aucune barrière et nous transmettait, à nous danseurs, des outils pour notre pratique au quotidien.

Je pense que c’est extrêmement important de prendre conscience de son corps et de développer une autonomie avec sa propre sensibilité corporelle.

La limite du sport est d’en faire sans être connecté à ses sensations. Je suis intimement convaincue que tout le monde peut être à l’écoute de son corps. Si faire du sport est là pour répondre à une image un peu superficielle et en dehors de soi, le risque est d’aller trop loin et de se faire mal.

Ma volonté de devenir thérapeute a grandi au fur et à mesure des années et de ma pratique de danseuse professionnelle.

Je recherchais des outils pour moi-même et j’avais toujours envie d’en savoir plus, de connaître les subtilités de l’anatomie, ma curiosité était très forte.

Et puis, l’idée d’avoir un rôle d’aidant m’a beaucoup plu et c’est ce qui m’épanouit le plus aujourd’hui dans mon métier d’ostéopathe.

En sport, je n’ai pas le mental de l’échec. J’ai donc accumulé beaucoup de frustrations pour les choses qui ne marchaient pas pour moi sur le plan de la danse. Je ne savais pas aborder les opportunités de la bonne manière en tant que danseuse professionnelle.

Au-delà du talent et de la technique, il faut savoir se créer un réseau, être stratégique… je n’y parvenais pas assez bien et je trouvais que ça m’éloignait de ce que je recherchais, à savoir le plaisir de danser.

J’ai donc bifurqué à l’âge de 22 ans. J’ai suivi une formation d’ostéopathe et j’ai pu continuer à danser professionnellement avec une chorégraphe qui me convenait bien, à Nantes.

Rien n’arrive par hasard : la toute première chorégraphe avec qui j’ai travaillé le plus longtemps était aussi ostéopathe ! Nous avons bien accroché toutes les deux, ça a été l’une des rencontres les plus spontanées qu’il m’a été donnée de vivre dans ce métier. Tous les projets que nous avons montés ensemble étaient transversaux, entre la danse et le soin.

Par exemple, j’ai longtemps travaillé avec elle sur une partition dansée sautée très intense, mais qui prend soin du corps. Une partition qui a pour but de s’adapter aussi aux non-danseurs, de manière à faire l’apprentissage de la performance artistique sans se blesser.

Quant au yoga, j’en faisais déjà à titre d’échauffement de temps en temps avant de danser. Mais j’en avais une approche très physique et je me suis intéressée à l’univers spirituel du yoga sur le tard.

Et plus je « lâchais » la danse, plus j’allais vers le yoga… Ce qui m’a tout de suite plu, c’était de sentir comment, avec une posture, on entrait dans un travail illimité à faire sur soi. C’est une pratique très prospective comme la danse. J’ai aussi aimé le type d’exigence et de dépassement que demande le yoga.

J’ai vraiment envie de transmettre mon parcours et mes découvertes aux filles qui s’interrogent sur les bienfaits du sport dans leur vie. Par exemple, j’ai fait mon mémoire à l’école d’ostéopathie sur le périnée des sportives qui n’ont pas encore eu d’enfants. Il est important de parler de l’inconfort féminin dans la pratique sportive.

C’est un travail de sensibilisation que j’adorerais faire : j’aimerais dire aux jeunes sportives de ne pas pousser sur leur périnée et de faire du sport en cohésion avec leur corps, pour le côté technique.

Et d’un point de vue global, je voudrais leur dire que le sport n’est pas que de la compétition ou de la performance, mais aussi un moyen de connaître son corps, d’être à l’écoute de ses sensations, de trouver des outils pour être bien avec soi-même. En tant que danseuse, yogi et ostéo, c’est le message le plus fort que je puisse transmettre.

©SimonJourdan

Aujourd’hui, avec mon compagnon qui est prof d’EPS, nous aimerions transmettre cette vision du sport aux collégiens. Le sport peut être blessant, inadapté et inadéquat s’il n’est pas en lien avec un peu de connexion à soi.

J’aimerais pouvoir apporter ce regard-là. En plus, mon conjoint a une vision de la transmission du sport qui est moins dans la compétition que dans l’apprentissage, à la fois social, de solidarité, de fonctionnement en groupes, de dépassement de soi et permettant de construire ses propres objectifs.

Je crois qu’il y a donc quelque chose à faire avec lui autour du fait d’accepter qu’on a tous un corps qui fonctionne différemment et que notre rapport au sport n’est pas le même.

Je veux sortir du cliché du sportif qui a le corps pour, qui a l’envie et qui y arrive et celui du sportif pour qui c’est moins évident et qui, donc, abandonne. »

Ouverture ©Simon Jourdan
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